‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 46 sur 224 · Marignv a Soufflot · texte numérisé non relu

Marignv a Soufflot

A Versailles, le 7 juin 1758.

J'ai reçu, Monsieur, votre lettre du 4 de ce mois dans laquelle vous m'exposez que les ouvriers des Gobelins vont bientôt manquer d'ouvrage dans la haute lisse, et que la basse lisse se trouvera aussi bientôt dans le même état. Vous me représentez qu'on n'a monté jusqu'à présent que deux tableaux de la tenture de M. Natoire, qu'on pourrait faire le trait (2) du troisième pour le monter, — à quoi je consens — , mais que cela n'occupera qu'un métier. Vous me proposez, dans cette disette de tableaux, ou une cinquième tenture de Jason, ou une sixième d'Esther, toutes deux de sept pièces. Je

(1) Cf. Nouvelles Archives de l'Art Français, tome VI, p. 287 : « Inler- « rogatoire de Grignon, âgé de 21 ans, apprenti du Roi chez M. Gozette « pendant six ans, et depuis trois ans ouvrier chez M. Neilson (mai 1752). « A fait hors de la maison une bordure pour Rançon l'aîné, il y a en- « viron trois ou quatre mois, au Grand Louis » (11 existait à Paris, concurremment avec la manufacture royale, des ateliers particuliers qui fabriquaient des tapisseries et dans lesquels travaillaient des ouvriers des Gobelins). — « Si Grignon veut passer en Angleterre, il faut le faire « enfermer à Bicêtre, » écrivent les trois entrepreneurs des Gobelins c dans une lettre collective à Marigny, le 21 septembre 1752.

(2) Le contour du modèle, calqué sur l'original, était reporté sur le fil de la chaîne au moyen d'un « trait » noir indiquant la silhouette des figures et des accessoires.

-vous laisse l'arbitre du choix de l'une des deux. Les ouvriers, parce moyen, ne resteraient pas dans l'inaction. Cependant, sur la réflexion que vous me faites que dans les nouvelles copies du Vatican (1) ordonnées on a eu en vue de remplacer les anciennes des Gobelins, et qu'on en pourrait faire usage au lieu de les laisser roulées, pesez et examinez s'il ne vaudrait pas mieux présentement en faire une nouvelle tenture qui donnerait du travail pour longtemps aux ouvriers, d'autant mieux que vous m'assurez que ces copies ont été pour la plupart faites avec exactitude et par de bons peintres.

A l'égard delà basse-lisse il faut bien nécessairement, pour que ces ouvriers ne manquent pas de travail, leur donner la tenture des Indes ou de l'Ancien Testament à faire, puisque ces tableaux peuvent encore servir, ou les occuper aux Portières des Dieux, les tableaux étant encore en assez bon état, il la réserve de celui de Diane qu'il faudra nécessairement repeindre. Voyez quel sera pour la basse lisse celui de ces trois objets que vous croirez le plus utile à faire. Vous m'en rendrez compte à mon premier voyage à Paris, et je vous donnerai mes ordres ultérieurs.

Vous aurez agréable de vous transporter aux Gobelins dans les salles des ateliers et lire Tordre que je vous envoie de dé-' fendre de ma part à Robxj et Girard, ouvriers de haute lisse, et aux nommés Grignon et Ruyer, ouvriers de basse lisse, de porter l'épée. Vous ferez la même défense de ma part à généralement tous les ouvriers des différents ateliers. Tenez la main à l'exécution du présent ordre, et si quelqu'un y contrevenait informez m'en aussitôt, afin que jele fasse punir comme il le mériterait. Je suis, etc.

Le Marquis de Marigny.

P. -S. — M. le duc des Deux-Ponts m'avait dit, ce me sem-

(1) Des nouvelles copies des tableaux originaux de Raphaël aux Loges -du Vatican venaient d'être faites par les pensionnaires de l'Académie de France à Rome.

ble, qu'il avait demandé aux Gobelins une tenture d'Esther.. A-t-il envoyé contre-ordre?

Archives Nationales, 0* 2044.

Page 1