‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 49 sur 224 · SOUFFLOT A MARIGNY · texte numérisé non relu

SOUFFLOT A MARIGNY

Paris, le 14 juillet 1758(1).

Monsieur, dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 11 du courant, vous me faites celui de me dire que je ne vous ai pas envoyé le sujet d'aucune des tentures des tapisseries des Gobelins faites pour MM. les chanceliers et garde des sceaux depuis 1716 jusqu'en 1731, dans une lettre où je vous en rendais compte datée du 8 novembre 1756. Gela est juste, mais elle avait été précédée d'une autre du 20 octobre que j'avais eu l'honneur de vous écrire sur le même sujet en conséquence des ordres que vous m'en aviez donnés datés du 18 du même mois. Dans cette première dont je joins ici la copie, j'expliquais, comme vous le verrez, Monsieur, ce dont

. (1) Les deux lettres de Marigny et de Soufflot ont été publiées par Fenaille, op. cit., p. 142 et 14 ^

vous m'ordonnez aujourd'hui de vous rendre compte ; par une lettre du 23 vous eûtes la bonté de m'accuser la réception de cette lettre contenant l'e'tat des pièces qui avaient été livrées à MAI. les chanceliers, et des tableaux d'après lesquels elles avaient été faites qui se trouvaient hors de service ; vous m'ordonnâtes de nouvelles recherches dans les registres et auprès de M. de Cotte ; elles exigèrent du temps, et je n'eus l'honneur de vous en envoyer le résultat que le 8 novembre ; mais il n'y devait plus être fait mention de ce dont vous étiez déjà informé. Le 21 novembre vous me fîtes l'honneur, Monsieur, de me marquer que vous aviez examiné avec soin les recherches que j'avais faites, etc., et que quand vous auriez pris les ordres du Roi à cet égard vous m'enverriez les vôtres ; comme vous ne m'avez plus fait celui de m'en écrire j'ai pensé que c'était une affaire différé (1) ; cependant je ne l'ai pas négligée et, après avoir fait rassembler les parties des anciens tableaux, j'en ai demandé une esquisse à M. Jacques qui a fait les tableaux de vos fauteuils; elle est exécutée avec précision; je la ferai porter chez vous quand vous le jugerez à propos.

(1) Le chancelier de Lamoignon, en juin, se plaint à Marigny de n'avoir pu, depuis sept ans qu'il est chancelier, obtenir la tapisserie dite de la Chancellerie à laquelle il a droit. Si les Gobelins trop occupés ne peuvent la lui fournir, il ne demande pas mieux que de l'avoir de Beauvais ou de toute autre manufacture ; ce qu'il regrette, c'est d'en avoir été privé si longtemps. Il est trop vieux maintenant pour espérer l'obtenir et en jouir ; aussi cessera-t-il de la réclamer.

Le 15 juin, le marquis de Marigny répond au chancelier qu'il y a seulement un an qu'il a réclamé la tapisserie pour la première fois. Aussitô1 il s'en est occupé, et il espère avec toute la France que le chancelier en sera en possession durant de longues années. 11 fera, pour sa paît, tout son possible pour hâter l'achèvement du travail : « Je donnerais tous « mes soins et toute mon app'ication, ajoute-t-il, pour maintenir la rn.i- « nufacture des Gobelins avec le même zèle et la même attention que « M. de Colbert apporta dans son établissement, et la conserver par ce « moyen dans tout le lustre qu'elle s'est acquise chez l'étranger, et dont « elle a si fort excité l'envie. » (A. N. O1 1157). — Il écrit en conséquence à Souftlotle 31 juillet.

J'ai prié aussi M. Boucher,'ù y a déjà du temps, d'imaginer quelque chose de plus agréable pour cette tenture sans que le prix augmentât de beaucoup ; on pourrait, je crois, Monsieur, faire un fond de mosaïques dans lesquelles seraient des fleurs de lys, enfermé dans une belle bordure à laquelle serait attaché un tableau de moyenne grandeur qui ferait le milieu de la pièce, et représenterait quelque acte de justice, différent dans chacune (1).

J'attendrai vos ordres pour l'un ou l'autre parti ; mais je crois qu'il est avantageux pour la manufacture que cette tenture s'y puisse exécuter, parce qu'elle peut occuper des ouvriers inférieurs en exceptant la partie des figures, et aussi parce que le Roi dépensant pour le soutien de cette manufacture une somme annuelle fort considérable, il paraît naturel que le produit puisse procurer de quoi faire des présents qui occasionneraient de nouvelles dépenses à Sa Majesté, s'ils étaient d'une autre espèce ou si, étant de la même, ils se faisaient dans une autre manufacture. Il me semble même, Monsieur, que pour soutenir fructueusement celle des Gobelins, il serait très bon que l'on fit, lorsque cela serait possible, des présents de nos belles tentures aux ambassadeurs ou ministres étrangers (2). Nous en avons beaucoup d'exécutées, les frais en sont faits, le garde-meuble en est fourni, et le travail se continue ; il ne pourrait cesser sans renvoyer des ouvriers (3), et ce serait un grand inconvénient ; par conséquent tout emploi convenable et qui éviterait d'autres dépenses serait fort avantageux ; celui que j'ai l'honneur de vous proposer pourrait

(1) En marge de ce passage Marigny écrit : Non, la tapisserie d'aujourd'hui comme autrefois. Dans les chancelleries le centre du fonds fleurdelisé était occupé par les armes de France entourées de figures allégoriques et d'attributs.

(2) En marge de ce passage Marigny écrit : A en parler en temps et ieu.

(3) Dans son travail avec le Roi, le 6 août suivant, Marigny fait accor-

faire naître le goût de ces ouvrages dans différents pays, et nous en procurer le débit.

Archives Nationales, Ol 2044.

5i. SOUFFLOT A MARIGNY

Paris, le 15 juillet 1758 (1).

Monsieur, vous avez vu à la manufacture royale des Gobelins, sur les métiers, les bordures qui s'y exécutent pour Mme la marquise de Pompadour; elle en a fait payer les traits pris sur les tableaux par M. Doisot et qui étaient nécessaires à M. Cozette pour l'exécution ; comme ces tableaux sont considérables et riches de fleurs et d'ornements faits avec beaucoup de soin, ils pourront servir longtemps pour les ouvrages du Roi, et par cette raison je pense, Monsieur, \ qu'ils seront payés par les Bâtiments. Ils ont occupé longtemps M. Jacques qui a suivi avec zèle les conseils de M. Boucher et fait avec plaisir les changements qu'il a pu désirer dans le cours de l'ouvrage; j'ai prié ce dernier de me dire ce qu'il pensait du prix ; après y avoir réfléchi, il m'a dit que le moins qu'on put payer pour ces huit tableaux c'était deux mille livres. 11 a fait avant cela tous les tableaux de vos fauteuils et du sopha, et travaille à la portière de Diane que vous m'avez ordonné de faire copier pour pouvoir compléter des suites où elle manque parce que le tableau était hors d'état de servir (2) ; il a reçu quelques acomptes, mais il lui sera encore

« der à Monsieur le chancelier la tenture de la tapisserie des Gobelins « que Sa Majesté a coutume d'accorder à ceux qui sont pourvus de celte « première dignité de la magistrature. » (Voir aussi Fenaille, op. cit., * vol. Il, p. 141).

(1) Lettre publiée par Fenaille, op. cit., vol. III, p. 181.

(2) Ainsi c'est Jacques qui a fait les tableaux des bordures du Lever

<iù beaucoup par les bâtiments, si les bordures sont pour leur compte, comme je le pense ; sur les ordres dont vous voudrez bien m'honorer à cet égard, je lui demanderai ses mémoires ; il pourra travailler avec succès aux tableaux nécessaires pour la tenture de la chancellerie, soit qu'on répète les anciens, soit qu'on en compose de différents. J'ai oublié, Monsieur, dans la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire à ce sujet, de vous dire que je ne trouverais peut-être pas aisément les prix de ces anciens tableaux. Je n'ai pas dans mon bureau les mémoires des années reculées ; on pourrait les trouver dans ceux de Versailles. Il y a apparence qu'ils ont été faits au commencement du siècle ; je verrai aux Gobelins si on peut me donner quelques éclaircissements à cet

égard.

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