SOUFFLOT A MàRIGNY
Paris, le 17 mai 1756.
Monsieur, par l'examen que j'ai fait des arrangements que M. d'Isle avait faits avec le sieur Neilson pour les ouvrages de Mme la Marquise de Pompadour, il m'a paru qu'il avait réglé le prix des fauteuils à 300 livres, et que pour le premier meuble il lui avait, outre cela, alloué 100 livres d'honoraires par fauteuil, ce qui fait environ 40 livres de plus que ce qu'on lui passerait pour les tapisseries^qui n'exigent pas les mêmes soins que des ouvrages aussi réduits. N'ayant pas vu le meuble je ne peux pas juger s'il a raison de l'évaluer à 25 fauteuils, mais d'accord avec lui je l'ai réduit à 2.400 livres
(1) Il s'agit des huit panneaux des Portières des Dieux, d'après Claude Audran, représentant les Quatre Saisons et les Quatre Eléments ; le gardemeuble les demandait pour décorer le vestibule, la salle à manger et l'antichambre du cabinet du petit château de Choisy, avec six feuilles de paravent de la Savonnerie.
(2). Clément Belle avait obtenui, par bon du roi du 30 septembre 1755, la place d'inspecteur des Gobelins, vacante par la mort du peintre Châtelain, avec 1.200 livres d'appointements par an.
d'honoraires, somme égale à celle qu'il a eue pour l'autre meuble. Quels que soient la difficulté du travail, la qualité des étoffes et le déchet que je sens bien qu'il y a dans des ouvrages en petit et bien rendus, je pense qu'il doit être très content d'en avoir en tout 400 livres. Tl est vrai, Monsieur, que pour le premier meuble Mme la Marquise avait payé la moitié du prix des tableaux d'après lesquels il avait travaillé, et c'est sur quoi il se fonde pour l'indemnité qu'il demande aujourd'hui de 22 tableaux et des alentours qu'il a fait faire pour le deuxième ; mais je pense que ces tableaux lui restent avec la liberté de s'en servir toutes les fois qu'il en aura occasion, il n'a pas à la rigueur droit d'en prétendre, et à l'égard des traits ils sont bien payés par les 100 livres d'honoraires. Je le lui ai fait sentir, et il en est convenu, Monsieur, de s'en rapporter à la bonté de Mme la Marquise, et quelle que soit la somme qu'il lui plaira passer pour le soulager de cette première dépense, il en sera content et en sera d'autant plus reconnaissant qu'il la regardera comme une gratification qu'elle a bien voulu lui accorder et qu'il a tâché de mériter par le soin avec lequel il a fait faire l'ouvrage.
Archives Nationales, O1 1546.