‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 80 sur 224 · SOUFFLOT A MaïUGNY · texte numérisé non relu

SOUFFLOT A MaïUGNY

Paris, le 22 août 1761.

Monsieur, l'affaire pour laquelle vous m'aviez fait l'honneur de m'adresser un mémoire de messieurs les entrepreneurs de» Gobelins méritait attention (1) ; leurs représentations sont justes ; mais il n'est pas moins vrai, par l'édit même de l'établissement, art. Vïll et art. X, que ceux qui auront fait six ans d'apprentissage et quatre de service, ou les ouvriers qui auront travaillé sans discontinuation' pendant six ans, sont dans le cas de parvenir à maîtrise ; c'est une espèce de convention pour laquelle ils peuvent réclamer le certificat que vous avezla bonté de leur délivrer quand ils ont rempli les conditions ; sur ce certificat ils sont reçus maîtres, et alors ils jouissent de tous les privilèges de leur maîtrise. Or, Monsieur, ces privilèges sont très précisa l'égard de la faculté de fabriquer des tapisseries et des tapis ; ils ont donc le droit, auquel vous-même contribuez, d'en fabriquer à Paris, et la communauté le réclamerait pour eux une fois qu'ils y seraient incorporés, si vous vouliez vous y opposer ; du moins je le pense, parce que la contestation deviendrait son affaire et non celle du maître nouvellement reçu. Les statuts de cette communauté dont j'ai un exemplaire et que j'ai bien examinés sont de beaucoup antérieurs à l'établissement de la manufacture des Gobelins,

(1) Les entrepreneurs voulaient obtenir un arrêt du Conseil qui interdît aux ouvriers ayant obtenu maîtrise aux Gobelins de fabriquer des tapisseries et des tapis, lorsqu'ils se seraient installés dans Paris.

et ont été renouvelés et augmentés de 44 articles par lettres patentes de 1719. Dans les premiers il n'est question que de maîtres et marchands tapissiers de haute lisse sarazinois et rentraitures (1) ; dans les seconds ils sont dénommés maîtres et marchands tapissiers de haute lisse et basse lisse sarazinois dit de rentraitures ; il parait donc qu'ils ûrent ajouter alors la basse lisse, et que par conséquent ils sont en droit de la faire, et qu'il serait difficile d'empêcher ceux des Gobelins qui deviennent maîtres de jouir de cette faculté. Celui qui vous demandait votre certificat, Monsieur, voyant que l'affaire tirait en longueur, s'est fait recevoir en payant ; c'est, je crois, ce qui pouvait arriver de mieux pour la manufacture. Ceux qui attendaient l'événement, sachant le parti qu'il a pris et n'étant pas en état de faire de même, resteront à la manufacture ; ils penseront que vous avez refusé le certificat et probablement n'en demanderont pas, du moins de longtemps.

.le doute qu'un arrêt du Conseil pût, comme le croient nos entrepreneurs, empêcher des maîtres de travailler dans Paris, parce qu'on ne peut pas aisément détruire les privilèges des communautés de la ville de Paris ; il n'en est pas comme des manufactures qu'ils citent, qui sont dans des pays où il n'y a pas des maîtrises de l'espèce de celles-ci. Je conviens bien des inconvénients qui résultent du voisinage des ouvriers des Gobelins qui se sont établis dans les environs dé la manufacture; mais je crois, Monsieur, que vous conviendrez aussi qu'il n'y a pas une grande certitude pour la réussite des moyens pro-

(1) L'art de la tapisserie est, comme on sait, d'importation orientale : le Livre des Métiers, d'Etienne Boileau, divise les tapissiers établis à Paris dès la seconde moitié du xuie siècle en tapissiers sarrazinois, et tapissiers nostrez ; il est probable que les premiers fabriquaient des tapis rappelant ceux de rOrient, velus et épais comme nos hautes laines, et les seconds des tissus ras et lisses, produits indigènes, des tapis « nôtres » opposés aux tapis d'origine étrangère (Cf. A. Darcel et j. Guiffrey, Histoire et description de la manufacture des Gobelins, 1395).

posés, et qu'il faut bien examiner les objets de cette espèce avant de s'exposer à des procès.

Je joins ici le mémoire de Daigue, ouvrier des Gobeiins. Son fils promet de se conduire mieux que par kle passé • Al. i\eilson lui a donné de l'ouvrage, mais à condition que s'il ne tenait pas sa promesse il serait renvoyé tout de suite, et je l'en ai bien prévenu moi-même.

Archives Nationales, O 2045.

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