SOUFFLOT A MàRIGNY
Paris, le 15 mars 1763.
Monsieur, j'ai l'honneur de vous envoyer les certificats des Gobelins et de moi, par lesquels il conste que le sieur Simon Oeben a fait dans la manufacture bien plus que six années de
(1) Note en marge de Marigny : « Bon sur tous les articles de cette lettre. — Jean Vavoque, né vers 1638, entré dans l'atelier de Jans dès l'âge de treize ou quatorze ans, était un des meilleurs ouvriers pour les. têtes et les carnations. Il avait toujours travaillé dès l'établissement de la manufacture, sa dynastie s'y perpétua pendant tout le xvme siècle, et Je dernier représentant du nom travaillait encore sous la Restauration et ne mourut qu'en 1829 (J. Guiffrey, Histoire de la tapisserie, 1886, p. 343). — Belle, le 30 juillet 1779, annonce à Vavoque qu'il est promu à la succession des 200 livres de gratification dont jouissait feu Latour. La même année, le fils de Vavoque épouse la fille de Tessier. Il demeure avec son beau-père. Il demande, à sa mort, la confirmation de la jouissance du logement, à condition de continuer à y loger la veuve, sa belle-mère (N. A. de l'Art Français).
compagnonnage, et est par conséquent dans le cas de mériter votre protection pour passer à la maîtrise dans la communauté des ébénistes, comme avait fait feu son frère (1). Nos entrepreneurs retombent toujours dans les mêmes embarras, vu le peu de fonds qu'ils touchent ; je vois, Monsieur, qu'il est dû aujourd'hui au moins cent mille livres aux trois entrepreneurs des Gobelins et au fournisseur de laines et soies ; sur quoi il en est dû environ cinquante à M. Audran qui plie sous le poids et m'a écrit aujourd'hui la lettre la plus touchante sur sa fâcheuse situation à l'âge de soixante-deux ans et après quarante-six ans d'un travail et d'une conduite qui lui ont toujours mérité l'approbation de ses supérieurs. Vous pouvez, Monsieur, juger de la situation des autres qui ont moins de ressources que lui, et de celle de M. Duvivier à la Savonnerie, à qui il est du plus de trente mille livres ; je leur ai encore prêté quelques sacs ces jours derniers; ils n'en sont pas moins embarrassés à présent ; les Affaires Etrangères ne peuvent que soulager par les sommes que vous en retirez de temps en temps ; mais cela ne suffira pas pour maintenir les deux manufactures ; on n'y parviendra qu'en payant une fois ce qui est dû aux entrepreneurs, excepté l'année courante. 11 faudrait pour cela, Monsieur, cinquante mille écus d'ici à quelques mois ; et comment les espérer avec le cours ordinaire des choses? Je ne verrais qu'un moyen et j'ai déjà eu l'honneur de vous le proposer dans un besoin pressant comme celui d'aujourd'hui : vous faites sur les tapisseries que
(1) Cf. Archives de VArl français : « Brevet de logement à la manufacture royale des Gobelins pour Jean- François Oeben, ébéniste, élève de Boulle, du 15 décembre 1754. » — Jean-François mourut en 1763, à l'Arsenal. Sa veuve épousa Riesener, qui ne fit qu'achever le « bureau du Roi » dont la conception et l'exécution revient surtout à Oeben. Son frère Simon-François avait obtenu par brevet du 15 décembre 1759 un logement aux Gobelins (IV. Arch. de VArt Français, 3e série, t. XV, 1899, p. 299).
vous livrez aux affaires étrangères un tiers de remise du prix (I); si vous vouliez faire la même diminution et même une plus forte, s'il le fallait, à des particuliers du royaume ou étrangers, peut-être pourrait-on vendre un certain nombre de tentures, et se défaire d'une partie d'un fonds mort qui deviendrait profitable. Sans cette ressource ou telle autre que vous pourrez trouver, il n'y a pas à espérer que les manufactures que vous m'avez confiées puissent se soutenir malgré mes soins et les secours que j'y donne depuis longtemps, mais qui sont trop insuffisants quoiqu'ils m'épuisent.
Archives Nationales, O1 2045.