A M. LE COMTE D'ARGOUT
Trieste, le il mars 1831.
Monsieur et cher ami,
Le 5 mars dernier, j'ai perdu le tiers de mon petit avoir, j'ai été nommé consul à Civita-Vecchia. Pourriez-vous écrire à M. de Sainte- Aulaire, pour qu'il ne me fasse pas de mal.
Vous savez, Monsieur, qu'un jour, AL Guizot était fort bien pour moi, deux jours après il était indifférent, vingt-quatre heures plus tard hostile.
Donc j'ai un ennemi dans la société doctrinaire. On a toujours permis au consul de Civita-Vecchia d'avoir un pied à terre à Rome. La tempête me poussa en 1817, à Civita-Vecchia. Cela est un peu plus grand que Saint-Cloud et la fièvre y règne deux mois de l'année. Il
(1) Beyle a écrit : Priez.
n'y a que 14 lieues de ce beau port de mer à Rome. Aussitôt l'arrivée à Trieste de M. Levasseur, mon successeur, je partirai pour Rome. M. le comte Sébastiani m'annonce qu'il envoie mon brevet à l'ambassadeur du roi, à Rome, avec prière de me le transmettre directement à Civita-\'ecchia, aussitôt qu'il aura été revêtu de l'exequatur du gouvernement pontifical.
Si nous pouvons obtenir que M. de Sainte-Aulaire ne me fasse pas de mal, ce sera un grand point. Au bout de quelques mois, nous pouvons avoir un chargé d'affaires non doctrinaire, non hostile à mon chétif individu. M. de Latour-Maubourg, par exemple, eût été excellent pour moi ; il n'est point écrivain et écrivain dans le genre emphatique.
Je vous remercie smcèrement de ce que vous avez fait pour la ti*. Je vous demande votre bienveillance auprès du successeur, qui peutêtre ne tiendra pas au Globe, dont j'ai eu le tort de me moquer.
Je lis vos œuvres avec grand plaisir dans le Moniteur.
Je vous félicite de la croix donnée à ce pauvre diable de Corréard et autres naufragés.
Agréez mes remerciements et mes respects.
H. BEYLE (1