‹ Correspondance de StendhalChapitre 25 sur 134 · C. (1) AU BARON DE MARESTE, A PARIS · texte numérisé non relu

C. (1) AU BARON DE MARESTE, A PARIS

Rome, le 6 Jum 1831.

Je souffre toujours. Savez-vous que vers le 20 mai les ambassadeurs des five grandes puissances se sont réunis pour demander au pape des modifications dans sa façon de gouverner ? — Par exemple : les laïques admissibles à tous les emplois d'administration ; un conseil d'Etat à Rome, composé d'un tiers de cardinaux et de deux tiers de laïques ; l'abolition des jugements dits économiques (bouffons à force d'être injustes).

Que n'ai-je la force de vous peindre les cardinaux et leurs dialogues ! Ils étaient résolus de refuser, disaient-ils ; mais ils sont haïs de leurs soldats, de leurs sujets, n'ont pas le sou, pas de crédit. Le 1^^ Juin, il y a eu une notification du ci-devant Belleyme, qui établit, pour le gouvernement des quatre légations, un corps de quatre laïques pour chacune ; et l'on m'assure que les choix sont bons ; il y a un M. Paolucci qu'on regarde comme le premier homme des Marches.

Belleyme ne veut pas publier cet étrange arrêté dans le Diario ; il espère une [war] entre l'Autriche et la France, pour la Belgique et le Simplon. Cependant l'arrêté s'exécute. Sans cela, de Foligno à Pesaro, Rimini et Bologne, on recommencerait le jour du départ des Autrichiens. Ces messieurs annoncent le dit départ pour le dix juin. Je n'y conçois rien. Enfin voilà l'Autriche qui porte le pape à donner cet esLécrable exemple ; on gagne quelque chose à se révolter.

Vous jugez de l'état moral de Rome, qui se trouve entre le zist et le zest. — Sa Sainteté n'a pas osé aller à la procession d' avant-hier, de peur d'être enlevée par les libéraux ; elle en avait été avertie par une lettre anonyme.

La liste des concessions ou changements court les cafés. Le mal, c'est qu'on peut choisir les plus mauvais sujets des laïques. C'est M. de Lutzow, ambassadeur d'Autriche, qui a proposé au pape de donner [ainsi sa] démission. C'est ainsi que le prince Eugène, en 1810, porta la parole pour le divorce de Joséphine.

(1) Original : Collection de M. P. A. Chéramy.

[Hier soir, à Livourne, on croyait à la guerre.

Les 10, 20, 30 du mois, le bateau à vapeur part de Marseille. Adressez vos lettres à M. G... du Ministère des Affaires-Etrangères. Mettez une enveloppe affranchie. Le tout, quand vous aurez la charité de m'écrire, les 6, 16 et 25 du mois. En 4 jours, votre lettre est à Marseille et, 4 jours après, ici. J'ai reçu votre lettre du 18, mais tard. Envoyezmoi la moitié des lettres par Marseille. Je suis fort content de Régime et lui de moi.

Mille tendresses à M""^ Azur.]

AU BARON DE MARESTE

Rome^ dimanche, 12 juin [1831].

Les douleurs se calment un peu, cher ami. Je souffrais depuis le 26 Avril. On dit que le gouvernement of (illisible) accepte la dernière réforme. Cette réforme ne plaît pas à tout le monde. J'ai reçu la lettre de Clara et celle de Mlle Mamouth (2). La faiblesse de l'animal est grande. Il a souffert ferme, surtout du 15 mai au 11 juin. Donnez de mes nouvelles au petit nombre de curieux. Adieu.

Comte CHANGE.

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