‹ Correspondance de StendhalChapitre 24 sur 134 · E. (1) AU BARON DE MARESTE · texte numérisé non relu

E. (1) AU BARON DE MARESTE

Ci V ita- Vecch ia, le 15 mai 1831.

Malgré l'imprudence, je vous dirai une bouffonnerie déjà ancienne, mais vérissime. Contez-la à mon père Di Fiore. (Songez combien je l'ai moins vu qu'Apolli.)

Il y avait disette abominable dans tout l'Etat. Arrivent à Civita- Vecchia, quatre vaisseaux chargés de blés d'Odessa. Au lieu de les envoyer faire quarantaine à Gênes, le gouverneur les fait mettre à la Rota (on jette une ancre ; le vaisseau s'y attache avec une corde et tourne, selon le vent, rota^ autour de l'ancre). Le gouverneur écrit au ministre ces précieuses paroles :

« Les quatre bâtiments chargés de blé sont arrivés. Ils ont passé à « Constantinople ; leur patente est donc des plus sporche (douteuses). « Mais vu la disette, je les ai mis à la Rota, et je prends la hardiesse « d'envoyer un courrier à V. E., pour lui demander des ordres. »

Réponse : « J'ai reçu votre courrier, etc., etc. Puisque les quatre « vaisseaux sont à la Rota, nous attendrons la décision de ce très « saint tribunal (2). »

1» N'est-ce pas Arlequin ministre ?

(1) Original : Collection de M. P.-A. Cheramy.

(2) Le célèbre tribunal de la Roia, à Rome, est composé de douze prélats de différentes nations catholiques, revêtus du titre d'auditeurs (R. C).

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