MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Civita-Vecchia, le 22 février 1834.
Monsieur le duc, on exécution de l'article 6 de l'ordonnance du 24 août 1833, j'ai l'honneur de solliciter l'agrément de Votre Excellence en faveur de M. Lysimaque Tavornier-Caftangin (1), que je présente pour la place de chancelier du consulat de Civita-Vecchia. M. Tavernier reçoit 1.056 francs environ ; ce qui est fort peu. Les bons commis marchands de Civita-Vecchia gagnent de 13 à 1.400 francs. j\L Tavernier se paye en considération.
Plusieurs considérations m'ont engagé à différer un peu la désignation de M. Lysimaque Tavernier. M. Tavernier, qui croit tout savoir et tout mériter, ne sait pas faire les comptes avec la marine, et retarde toujours d'un mois ou deux la confection des états que je dois au ministère. Comme j'ai une mauvaise écriture, cela me gêne. D'un autre côté, donner un successeur à M. Tavernier, c'était lui faire une peine mortelle. J'ai craint une résolution tragique. M. Tavernier est fort obligeant pour les Français que les bateaux à vapeur amènent à Civita- Vecchia, et dont les passeports sont sans cesse un objet do litige avec la police du pays. Ces considérations m'ont fait passeï' sur l'inconvénient de compter avec la marine.
M. L. Tavernier, petit-fils de ^L Tavernier, consul de France à
(1) Voir Comment a vécu Stendhal, p. 58; Chuquet : Stendhal- liri/le. pp. 532-533 Lettre (ie Donatu Biieri : Soirres du Slmilhal-rlnh, pp. 235-2'i8.
Salonique vers 1798, a exercé gratuitement les fonctions de chancelier auprès de M. le baron de Vaux, mon prédécesseur. M. de Vaux, qui lui avait donné un remplaçant quelque temps avant mon arrivée, me donna le conseil de ne pas l'employer, me disant que je m'en repentirais fort. M. Tavernier reçoit quinze écus par mois, et je paye son logement. J'aimerais mieux payer davantage un agent plus habile et moins inquiet. Je crois M. Tavernier irréprochable sous le rapport de la probité. M. le comte de Saint-Aulaire a bien voulu adresser à Votre Excellence plusieurs demandes en faveur de M. Tavernier. Son Excellence M. le marquis de Latour-Maubourg écrira probablement dans le même sens.
Je ne pourrais trouver un homme capable pour le remplacer, un homme qui aurait, par exemple, la moitié de l'exactitude et des connaissances de M. Poggi, de Livourne, à moins de 13 à 1.400 francs.
Je suis avec respect. Monsieur le Duc, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur
DE BEYLE