‹ Correspondance de StendhalChapitre 72 sur 134 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

Il paraît, monsieur, que nous avons des idées analogues sur le stylo ; j'en juge par le vif plaisir que viennent de me faire les sept premières pages du Monde comme il est.

M. Fox disait que le premier plaisir du monde était de jouer et de gagner, le second de jouer et de perdre. Mon goût vif pour la littérature va plus loin ; je trouve que le premier plaisir après celui d'écrire, est celui de lire une critique de bonne foi. Les phrases louangeuses, fussent-elles de Voltaire, ne me semblent donner qu'un plaisir secondaire.

D'après ce beau principe, voici des critiques. Tout au haut de la page 6, je voudrais lire :

« Qu'elle défend à ceux qui l'ignorent ; la peur qu'ils ont de blesser le bel usage devient ridicule... »

A la seizième lignf de la même page 6, je voudrais mettre :

« L'esprit de société est de sa nature casanier ; ce qui ne peut se dire, ce me semble, de l'esprit en général, de l'esprit de Montesquieu, Voltaire », etc.

(1) Mérimée.

Troisième critique. Ce commencement est de l'Esprit des lois de la société. J'aimerais mieux commencer par des idées physiques et très claires, par la description des bords de TOrne que je brûle de voir. Les idées profondes et abstraites mettent, ce me semble, le lecteur sur ses gardes, chose fatale au commencement d'un conte, qui exige toujours un peu de crédulité.

Je respecte trop vos préparatifs de voyage pour ne pas vous supplier, monsieur, de ne m'honorer d'aucune réponse, et j'ai un tel dégoût des autographes que je vous prie de me permettre de vous présenter les sentiments les plus distingués de 0'.

[Paris], 29 mars [1837].

Vos lettres sont charmantes, mon cher Comte. Rien de plus clair et de plus amusant. Je dicterai un de ces jours une longue lettre, mais un ami partant dans une heure pour Marseille, je veux vous donner signe de vie.

Nous avons eu un temps infâme depuis le 2 septembre jusqu'à ce jour. A cela près, Paris est un séjour divin. Rien ne peut égaler en magnificence le bal des Tuileries. L'enfilade des salons illuminés est longue comme six fois la façade du palais Chigi sur la place.

Quant au prix de la vie :

une chambre superbe avec deux cabinets dans les quartiers à la mode 65 fr.

frais de cirages, bottes, etc 12

dîner 5

déjeuner 2 fr 2

Mes amours ressemblent beaucoup à M"® Martini qui était à Rome il y a deux ans et me coûtent 120 fr. par mois. 11 est vrai que je ne prétends pas à une fidélité miraculeuse.

Le Salon est plat. 11 y a 40 tableaux comme le Tasse de .M. Perfetti.

M. Delaroche a un fils. Un de ses médiocres tableaux a été acheté

l'JO CORRESPONDANCE DE STENDHAL

30.000 francs, ce qui veut dire 20,000, par lord Suthcrlaiid, je crois. Mille amitiés aux Caet., à Annibal. Je n'ai point reçu sa lettre. Priezle d'envoyer sa lettre à M. Lysimaque à Civita-Vecchia. Mes lettres m'arrivent en 7 jours de Civita-\'ecchia. Mes respects à M'"'' la Comtesse. Donnez-moi des nouvelles des aimables enfants. M. Gallois va avoir de l'avancement. Donnez-moi des nouvelles des aimables enfants. Je prie D. Felippe de leur donner des gâteaux en mon nom.

CAPKVA.

Le mariage est sûr.

Le jneilleur journal est celui du Commerce.

On vient de publier tous les cbefs-d 'œuvre de la lilléi'iil nie fi;niçaise en 134 volumes in-18, à 7 sous le v(tlinnc. Autre édition à 1 franc.

\'oulez-vous une de ces collections ?

AU COMTE CINI, A ROME

\Pari^l '^ (i^'rU [1S;'!7].

Je vous demande pardon <le ne vous avoir ))as parh' dans ma dernière lettre de M""^ C. Je n'avais pas eu de réponses

On m'apprend à l'instant que M"^*' la Comtesse Cini qui logeait rue Saint-Jacques, n» 13, a été inhumée le 2 avril 1837.

Demain je passerai rue Saint-Jacques et je ferai des questions.

Mais je n'ai pas voulu retarder les nouvelles. Je vous écris de chez l'ami que j'avais chargé de fb'couvrir l'adresse de M'"*' la Comtesse C.

Mille respects k la véritable et aimable Comtesse, à D. Annibal, D. Fili et D. Michel. M. Soult va être ministre.

Page 1