CAPE\A
AU COMTE CIM, A ROME
[Paris] Hôtel F a va, /, Place des Italiens, le 28 avril [1837].
Mon cher Comte.
J'étais à la campagne ; à mon retour hier soir j'ai reçu votre lettre. Comment pouvez-vous douter de mon empressement. Je suis allé ce matin à la municipalité du 12^ arrondissement, rue Saint- Jacques. Là, j'ai lu sur le registre l'acte de décès de M™^ la Comtesse Cini, mariée à M. Canfora. Le décès a eu lieu rue Saint-Jacques, n" L3, le i^^ je crois. J'ai demandé un extrait mortuaire que j'aurai et vous enverrai dans trois jours. Un monsieur qui loge rue de Londres a déjà pris trois extraits mortuaires. M™^ Cini laisse quelques dettes, un créancier s'est présenté chez .\L le juge de paix, n" 1 19. rue Saint-Jacques, et a dit que M"'^ C. lui devait L500 francs.
Maintenant cette pauvre femme ne fera plus de folies et ne compromettra plus votre nom.
L'heure de la poste me presse. Je ferai avec plaisir et empressement tout ce que vous voudrez.
Je suis ici chargé d'un grand travail pour le Mi[nistère], il faudra plusieurs mois pour le terminer un pou bien. Nous sommes fort tranquilles, on nous fait des contes sur votre pays, et sans diiutc nu vous fait des contes sur Paris.
Mille choses à nos amis. Je vous écrirai dans trois jours par Civita- Vecchia, mais je mets la présente à la poste.
J'ai lu moi-même l'acte de décès. M™® C. logeait n^ 13, rue Saint- Jacques. Si M. Canfora veut se charger des dettes, c'est là qu'il faut écrire pour demander les titres.
.Mille respects à M™® la Comtesse C. Je n'ai jamais reçu de lettres d'Annibal. Je l'engage à adresser sa lettre à M. Lysimaque à Civita- \'ecchia et je me chargerai de toutes les commissions de livres. Ils sont à rien maintenant. L'n X'oltaire in-S^^ magnifique. 90 volumes, s'est vendu ItiO francs. Il y a une édition à 7 sous le volume, une à 1 franc, une à \ francs, de tous les chefs-d'oMivrt'. Millf ruinpliincnts à M. le
comte de Praslin. Je vais lui écrire. Soyez assez bon pour le prier de donner mon adresse à l'ambassade.
AU BARON DE MARESTE
Paris, le 9 Juin 1837.
Vous voilà à Lyon, vous bâillez ; c'est l'usage en cette ville.
Entrez dans le vestibule de l'Hôtel de Ville; vous voyez, à gauche, la statue colossale du Rhône, par Coustou. Derrière sont les deux fameuses tables, qui contiennent le discours de Claude au Sénat, pour proposer d'admettre les Gaulois dans le Sénat. Tacite a rapporté ce discours. Annales 11. Ceci donne le moyen de vérifier une chose bien curieuse. Tacite n'a pas inventé ce discours ; il n'a fait que corriger celui de Claude. La statue colossale du Rhône n'empêche-t-elle pas de lire le discours de Claude ? Voilà la question que je vous fais.
Dans l'article (2), je me moque un peu des Lyonnais ; ils se moqueraient de moi, s'ils prouvaient qu'ils ont éloigné le Rhône colossal et que l'on peut fort bien lire l'inscription. Il me faut trois ou quatre anecdotes d'amour, de une page. Relisez vos mémoires.
COTONET
AU BARON DE MARESTE
[Paris, le 9 Juin 1837].
J'ai oublié de vous dire que l'on m'offre un logement, rue Caumartin, iP 8, au 4^. Vous avez été si admirable pour la recherche d'une chambre il y 8 6 mois, que je voudrais profiter de vos lumières encore une fois.
(1) Collection de M. P. A. Cheramy.
(2) Beyle s'occupait alors de la composition des Mémoires d'un Touriste, dont la l'« édition fut publiée en 1838.
(3) Collection de M. P.- A. Cheramy.
^me gordes, 55 ans, va voir sa fille, directrice des Contributions dans le Midi ; ses devoirs de mère la retiendront 8 ou 10 mois loin de Paris. Ayant ouï parler de mes vertus, elle serait fort aise de m'avoir. Mais elle demande \ 10 fr. j'irais moi à 80 fr.
A quelle heure, demain lundi, voulez-vous venir rue Caumartin no 8 ? L'inconvénient, c'est que M™® Bordes sort à midi pour aller acheter des robes. Voulez-vous me prendre, à onze heures, au Café des Anglais, demain ou après-demain, ou essayer de demain vers les 5 heures ? cette dame doit dîner.
Ce soir, je serai au Cercle vers les 11 h. %.
AU COMTE CINI, A ROME
Paris, le 11 juillet 1837.
N" S, me Caumartin.
Je dicte à mon secrétaire pour que vous puissiez tout lire.
Mon Cher Comte,
C'est à mon adresse que je vous prie de me donner vos ordres. J'ai reçu des nouvelles de Naples si terribles que je commence à avoir peur pour vous. Montez sur un bateau à vapeur et venez à Marseille avec l'aimable comtesse et vos enfants. Si par malheur le choléra pénétrait dans les Etats Romains, les bateaux à vapeur n'iraient plus à Civita-Vecchia, de peur d'être mis en quarantaine à leur retour de Marseille. Il me semble que vous aviez l'idée, il y a deux ans, de faire un voyage d'agrément ; pourquoi ne pas aller dans ce moment aux bains de Lucques où règne une fraîcheur charmante ? Si, comme je le désire, le choléra ne vient pas à Rome, vous retournerez à votre palais dans deux mois. Songez que vous vous embarquez à Civita-Vecchia à cinq heures du soir et qu'à sept heures du matin le lendemain, après une nuit fort agréable dans votre cabine sur le pont, vous vous réveillez dans le port de Livourne. Là, vous prenez une voiture qui, en moins de quatre heures, vous conduit aux bains de Lucques. Songez qu'il n'y a qu'un remède sûr contre le choléra, ce sont les chevaux de poste. Enfin vous êtes sage et prudent, mais comme on vous parle tous les
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jours du choléra, peut-être vous êtes-vous accoutumé à cette idée, et il n'y en a qu'une de raisonnable, aller jouer au pharaon à Lucques. J'engage l'aimable comtesse à mettre trois écus sur le 7. Je vous prie de lire ma lettre à D. Philippe. On dit que M. R... de M... a pris la fièvre et que M. de San Teodoro est venu mourir à Livourne.
J'espère que vous aurez reçu les deux lettres que je vous ai écrites par la poste ; le notaire Girard, rue de la Harpe, n^ 29, dit qu'il n'a point reçu le testament d(> madame Cini. Mais songez qu'on croit que cette madame Cini avait à Rome cent mille écus que son frère lui retient. Tout le monde ne sait pas comme moi qu'elle n'avait pas cent écus. Peut-être les amis qui ont soigné madame Canfora sont des anges de vertu et de probité, mais, si ce sont des intrigants, ils épient les démarches de ce frère si riciie qui est à Rome. Pour peu que ce frère ne montre pas une profonde indifférence, ils lui présenteront des lettres de change et billets dûment signés par Madame Canfora Cini et s'élovant ensemble à 63,500 francs ou bien à 62,200 francs.
A votre place, puisque l'épicier du n*' 13, rue Saint-Jacques, a déclaré que les meubles laissés par madame Cini valaient ])liis que ce qu'on lui devait, je ne m'occuperais plus de cette affaire.
J'ai donné quatre francs à la p(M'soiuie qui est alb'e interroger l'épicier, le secrétaire du juge de paix {n° 1 lîl, rue Saint- Jacques) et enfin les trois notaires du quartier ; j'avais remis précédemment, je crois, sept francs à la même personne, ce qui fait en tout onze francs que vous me remettrez à Rome dans votre salon vert.
Adieu, cher Comte, faites lire ma lettre à I). Philippe et à Annibal ; quant à Michel, en sa qualité de colonel et de prince, il doit prendre le commandement de Rome quand le choléra aura mis tout le mond(> en fuite. Bien des choses à Giacobini le volé et à Egiste l'heiii-eux mari. Si vous voyez le comte de Praslin, dites-lui que je m'apprête à lui écrire une lettre charmante dans laquelle je lui raconterai l'histoire de la comtesse d'Aumont, surprise dans un fiacre sur l'esplanade des Invalides, à une heure du matin. Je prie ledit Comte de présenter mes respects à M. et Mme Falconieri qui m'ont donné à dîner à Gênes. J'espère toujours que ce sera M. de Barante qui ira au palais Colonna. Adieu encore une fois.
D.GRrFFOPAPERA.
[A la suite de celle lelire. ce reçu :] J'ai reçu en deux fois onze francs de M. lieyle
pour une demi-douzaine de courses.
Paris, le II juillel 1837.
A. IU)NNAIHE.