Fragments inédits
né poète. S'il a du premier l'analyse pénétrante, le noble souci de la vérité, il a du second la passion de l'idéal, la fantaisie rêveuse, le vol hardi vers les sommets, et, par-dessus tout, cette sensibilité frémissante qu'une ombre qui passe, un rayon qui brille, un regard de femme, suffisent à assombrir, à illuminer ou à ravir ' .
Les lettres que nous étudions sont écrites à cette époque de rénovation littéraire et morale des premières années de la Restauration, et il est facile de reconnaître dans plusieurs une inspiration tout à fait semblable à celle des Méditations, La plupart même leur sont antérieures par la date et nous apportent un curieux témoignage des idées et des sentiments qui remplissaient alors les jeunes âmes d'élite. On sent que Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre ont passé par là ; mais le Rousseau des bons jours, l'amant et le peintre émus de la nature, celui dont le cœur sensible a ouvert, au plus profond de l'âme humaine, une de ces sources vives qui rejaillissent dans la postérité.
\jdi première lettre adressée à Damiron est du 30 août 181G. Les deux amis viennent de quitter l'Ecole. Ils sont l'un et l'autre en vacances, Damiron, chez son père, à Bicètre ; Jouffroy, dans sa famille, aux Pontets, petit village du Doubs, voisin de Pontarlier ;' et Joufîroy commence par raconter à son ami les incidents de scm voyage et les beautés du pays natal. Ce n'était pas petite affaire, à celte époque, que le voyage de Paris aux Pontets; il demandait cinq grandes journées; et pourtant M. Jouffroy père était venu chercher son fils. Partis de Paris, le lundi, à sept heures du matin, MM. Jouffroy arrivaient, le soir, à Moiitereau. lia, ils étaient forcés de prendre « des carrioles, détestables voitures qui pourraient servir de remède à tous les paralytiques du monde,