P. 163 du manuscrit
DE THÉODORE JOUFFROY 7l
« loi de la liberté. Entre la loi du devoir et la liberté, « c'est une éternelle harmonie * . »
La raison conçoit le devoir, et elle le conçoit comme obligatoire. Jouffroy le dit avec une laconique énergie : « Le bien conçu oblige. » Et qu'est-ce que le devoir dans sa plus haute définition? « C'est le respect de « l'ordre. » L'ordre, le bien, c'est l'harmonie de toutes les forces, de toutes les destinées; l'état actuel est la mise en opposition de toutes les destinées et de toutes les forces; c'est donc un état d'épreuve. De même que la raison conçoit le bien comme obligatoire, elle attache invinciblement à son accomplissement l'idée de mérite, l'idée de démérite à sa violation. L'harmonie du bien e;t du bonheur, du mal et du malheur est pour elle une nécessité logique, une loi. Celui qui fait le bien a droit au bonheur; celui qui fait le mal doit être puni^. De là, la nécessité pour l'homme d'une destinée ultérieure, où la justice soit réalisée. Car, dit énergiquement Jouffroy, « l'homme a des droits sur la justice de Dieu ».
Jouffroy est ainsi amené, pour trouver la sanction des vérités morales, à esquisser une ontologie ; et il reprend les idées qu'il a déjà exposées à Damiron, dans sa lettre du 19 janvier 1819. Si, par quelques détails, il semble encore incliner vers un certain panthéisme, le Dieu qu'il conçoit véritablement, c'est le Dieu qui punit et qui récompense, celui qui fait justice à l'âme immortelle. Il a cessé d'être chrétien ; il n'a pas cessé d'être religieux. 11 mesure toute la profondeur des ruines qu'a faites la philosophie du xviii® siècle. 11 sent la nécessif-é de restaurer la foi, de rendre aux hommes les croyances qu'ils ont perdues. : « 11 faut dit-il, ressusciter les croyances religieuses ^. » Comme tant d'hommes de