‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 100 sur 217 · CVII. — A R. Lindet, Le ^ juillet · texte numérisé non relu

CVII. — A R. Lindet, Le ^ juillet

Mon frère, que je crains que nous ne soyons venus ici pour faire un beau rêve d'un an ou deux! Votre administration d'Evreux est fort embarrassée pour composer un directoire. Vos laboureurs ne voudront pas quitter leurs entreprises, et, quand ils en feraient le sacrifice, comment travailleraient-ils? Vos électeurs, sans doute, ont cru que nos décrets donneraient l'intelligence à ceux qui n'en ont point, l'activité à ceux qui n'ont jamais suivi les affaires. Le sort du département va donc être

entre les mains de quelques individus, que les autres surveilleront, sans comprendre leurs opérations et sans avoir le temps de les examiner. A quels risques la chose publique va être exposée! Et votre assemblée de district va suivre les mêmes errements. Vos électeurs croient-ils que quelques laboureurs et quelques marchands, qui sont dans rAssemblée nationale, y aient beaucoup opéré ? qu'auraient-ils pu faire, s'ils n'avaient pas des guides et des conducteurs? Le bon sens et la probité sont des dispositions requises dans un administrateur; mais le bon sens et la probité ne suffisent point dans une grande administration, lorsque personne n'y porte des talents, des lumières, et une application laborieuse fortifiée par une longue habitude. Les bonnes intentions de ces honnêtes administrateurs peuvent faire bien plus de mal que les fureurs des Maury , des Cazalès, des Duval, des Faucigny, des Montlosier, des Foucauld, etc. Votre observation est très juste. Si la route était frayée, on irait machinalement au but, mais à quelles déviations ne seront pas exposés, même involontairement, des gens peu exercés? Ceux-mêmes qui ont construit l'édifice ont bien de la peine à en connaître les liaisons...

P.'S, — M. Gazan est ici, ainsi que plusieurs membres de l'administration : M. Buschey des Noês est leur correspondant, leur agent et le seul qui reçoit leur visite. Je me trompe, sans doute ils auront vu ceux que nous sommes accoutumés à ne pas compter. — Le procureur du roi d'Évreux va solliciter la place correspondante dans les nouveaux tribunaux...

L'Assemblée est fatiguée des longues dissertations : bien des gens qui ont vu que, par des mouvements brusques dirigés à propos, on a emporté de très bonnes lois, qui avaient été précédemment discutées, éclaircies, croient être devenus des oracles. Sans attendre l'impulsion, ils s'avisent de la donner : ils sont impatients f

igS CORRESPONDANCE DE THOMAS LINDET

irritables, ils ne veulent écouter ni ceux qu*ils croient avoir la volonté de les égarer, ni ceux qu'ils soupçonnent de vouloir les diriger. Il y a certainement un grand fonds de lumières dans l'Assemblée, une grande habitude de saisir les idées, et avec la plus grande rapidité. Cependant l'impatience est funeste, et elle va toujours croissant, par l'impudence de quelques orateurs, et par la manie de quelques autres, qui devraient être condamnés à un silence éternel. Les défauts de notre Assemblée : le tumulte, les cris, les insurrections, passeront dans les assemblées particulières ; et les membres de ces assemblées, qui ont assisté à quelques-unes de nos séances, croiront que c*est là tout le mécanisme qui tient la chose publique en mouvement. Bien des assemblées seront vraisemblablement organisées de telle manière, qu'elles ne seront guère susceptibles d'un autre genre d'action. (Papiers R. Lindet.)

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