‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 112 sur 217 · CXXI. — Au même. Le /j septembre ijgo · texte numérisé non relu

CXXI. — Au même. Le /j septembre ijgo

Mon frère, Targent est maintenant une marchandise commerciale. Les receveurs de deniers publics sont seuls exclus de ce commerce. Voilà un principe qui déroutera les Comités et les financiers ; la concurrence des vendeurs d'argent en fera tomber le prix dans les gi-andes places. Je crains cependant que cette loi proposée, non encore décrétée, n'autorise des usures excessives dans les traités obscurs que bien des particuliers seront forcés de faire, surtout dans les contrées où il y a plus de cupidité que de moyens de gagner horî.ôtement. Cette loi, bonne en Hollande et en Angleterre, désespère Rome. Nous faisons plus de commerce que les Romains, et si quelques individus sont vexés, il est probable que le commerce en général tirera de grands avantages de cette disposition.

Il faut dépouiller le clergé, il faut multiplier les propriétés, il faut éviter le gaspillage des biens nationaux.

Comité serait porté à taxer à plus haut prix le traitement des juges, du commissaire et greffier ainsi que des administrateurs de district et de département. Vous penserez, je crois, Messieurs, qu'il convient que les premiers administrateurs de notre ville veillent pour elle : !<> pour s*opposcr à une nouvelle division du département de 1 Eure, qui me paraît bonne comme elle est ; 2® dans le cas où elle s'opérerait, à obtenir pour Bernay la conservation d'un chef-lieu de justice et administration. Il m'a paru que le Comité, repentant d'avoir laissé une trop grande latitude dans la subdivision des départements, espérait de l'esprit d'économie qui régit beaucoup de gouvernés que la division se ramènerait à trois; j'ai craint, pournotre ville, cette insinuation, qui a capté bien des suffrages. Je vous la communique pour que la prudence des municipaux soit prévenue sur les tentatives que le gouvernement pourra faire, et me rapporte à vos soins...

[Il donne ensuite le chiffre du traitement des juges et greffiers.]

Le traitement des administrateurs de département et de district, quant aux membres du Directoire et procureur syndic, a été proposé avec une diminution graduelle, comme de 15 pour 18, 2000 pour 2400, 2700 pour ^000 livres ; mais, faute de temps, il n'a point été arrêté. Je pense qu'il sera repris dès demain, et les papiers publics vous en apprendront la fixation; si le débat procurait quelque chose d'intéressant, je lerais mon devoir envers vous. (Arch. Bernay.)

il faut payer la dette publique, il faut se libérer de l'intérêt du capital de cette dette, qui occasionnerait une surcharge d'impôt : donc il faut consentir à rémission d'un papier destiné à l'acquisition des biens nationaux ; donc, ce papier, sous quelque dénomination qu'il paraisse, ne doit pas porter intérêt. L'intérêt accordé aux 400 millions d'assignats était nécessaire pour le temps où l'opinion publique n'était pas formée, où les défiances pouvaient ruiner l'opération. Une masse énorme de 2 milliards de numéraire fictif qui inonderait le commerce produirait une révolution incalculable dans le prix des denrées : le numéraire fictif correspondrait, à la vérité, à une masse proportionnelle d'objets mis extraordinairement en vente, et devrait disparaître après que cette vente serait effectuée : mais, dans l'intervalle, il procurera un renchérissement qu'il me semble qu'on préviendrait par l'émission d'un papier non forcé, destiné à l'acquisition des biens nationaux, qu'on négocierait comme des contrats dans les cas où le porteur ue voudrait pas acquérir. Les créanciers de l'État craindront de perdre en négociant de pareils effets ; ils ont la liberté d'acquérir, et il est probable que la multitude des acquéreurs rendra ces transactions faciles et peu dispendieuses. D'ailleurs, que peut-on exiger de plus d'un débiteur qui fait cession de ses biens?

Cette grande question nous occupera encore quelque temps. Le projet d'admettre de petits assignats me parait infiniment dangereux ; je doute qu'il soit adopté. L'ouvrier dans Paris se livrerait à la fureur, si on le payait en une monnaie dont il ne trouvât pas rechange sans diminution, et au premier besoin.

La cruelle affaire de Nancy a occasionné des murmures inquiétants dans Paris. M. de La Fayette a été principalement en butte à des motions très violentes. Il regagne sa popularité ; les bataillons de toutes les sections vont successivement renouveler en ses mains l'hommage de leur

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dévouement. Les plus fortes haines s'apaisent. Bientôt les ministres, Bouille, La Fayette auront eu raison; bien des gens penseront que la municipalité d'Arcis-sur-Aube agissait conséquemment aux principes de la responsabilité, en retenant un ministre qui n'a pas rendu son compte. L'Assemblée nationale n'a pu traiter en fugitif qui le prévenait de son départ. D'ailleurs, on a des obligations à ce ministre, et il est impossible de l'accuser de friponnerie, quand même on pourrait croire que ses mains étaient trop faibles pour entretenir le jeu d'une machine dont tous les rouages se brisaient ou s'écartaient. Cependant cette liberté est d'un dangereux exemple. M. Dufresne sera chargé du trésor royal. Le bon contrôleur général Lambert est une espèce de curé primitif dans la finance.

Il est bien difficile de prévoir les effets des armements formidables de l'Angleterre. N'aurons-nous pas trop rehaussé le courage de l'Espagne ? N'aurons-nous pas irrité la cupidité des Anglais qui espéraient, avec assez de fondement, nous dépouiller de nos colonies? Dans nos colonies, quel est l'élément dominant? L'Angleterre n'a-t-elle en vue que d'empêcher la coalition de la Russie, de TEspagne, et de l'Autriche, de sauver la Suède et la Turquie? Quels dédommagements se propose-t-elle pour son commerce? Que signifient toutes ces renonciations de la Prusse, de l'Autriche, de la Pologne aux acquisitions, aux échanges, à tous les vastes projets? sont-ils remplacés par d'autres? Et les nouveaux projets, seront-ils encore de beaux rêves dont on a peine à se souvenir au réveil?

Nous procurerons ce réveil à tous nos voisins, si nous sommes assez heureux pour que les Français persévèrent à montrer ce courage froid et réfléchi, cette patience infatigable si éloignée de leur ancien caractère, mais dont la Révolution semble les avoir rendus susceptibles.

Les Français ne sont entretenus dans ces sentiments

CONSTITUANTE (17 SEPTEMBRE 1790) 2ig

que par Tenthousiasme : il semblait s'être refroidi ; le calme de l'apathie pouvait présager de nouveaux orages. Les esprits paraissent se réchauffer. La cessation des travaux, les approches de l'hiver sont encore deux écueils contre lesquels le vaisseau de la chose publique peut échouer, s'il n'est pas habilement gouverné.

Le parti antipopulaire affecte des espérances et multiplie ses efforts. L'audace et l'opiniâtreté des antipatriotes sont incompréhensibles. L'émission des assignats ou quittances de finances leur donnera le coup de grâce. Ils vont remuer pour que la légion des religieuses soit grassement pensionnée; ils espèrent que la Constitution sera étouffée par le poids des impôts dont ils sollicitent la création. J'ai peur qu'ils ne parviennent à faire attacher un intérêt aux quittances de finance. Bien des patriotes auront peine à sacrifier, en ce cas, à la chose publique.

Vos employés prendront l'alarme du décret qui ordonne de rechercher les coupables de négligence ou de manœuvres pour retarder ou empêcher le recouvrement de l'impôt. Leur marche aurait été spécialement dénoncée, si ce n'est que je n'avais pas la pétition authentique de vos aubergistes. (Papiers R. Lindet.)

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