‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 137 sur 217 · CLV. — Au même. Paris ^ le 7 février · texte numérisé non relu

CLV. — Au même. Paris ^ le 7 février

Mon frère, ce serait une vanité bien ridicule d'imaginer qu'on s'occupera de moi dans l'assemblée qui doit procéder, le 1 3 de ce mois, à la nomination d'un évêque du département de l'Eure. Cependant, après avoir reçu des avis que quelques personnes se proposent de m'honorer de leurs suffrages, je croirais marquer trop d'insouciance si j'attendais à manifester ma façon de penser, au moment où serait séparée une assemblée qui m'aurait honoré d'une confiance inattendue.

Mon refus ne doit pas prévenir les suffrages : il ne doit pas non plus procurer d'embarras aux électeurs. Vous assisterez à cette assemblée : soyez le confident de mes pensées, le dépositaire des résolutions qu'il importerait de faire connaître, si mon nom y était prononcé; s'il ne Test pas, votre discrétion m'assure un secret éternel.

Il n'est pas vraisemblable que vous ayez occasion de me rendre le service que j'exige de votre amitié, mais il est possible qu'elle se présente. Je vous prie de déclarer alors à ces messieurs les électeurs du département que je ne puis mieux m'acquitter de la reconnaissance qu'ils m'imposent, qu'en n'acceptant pas un emploi au-dessus de mes forces, et en les priant de procéder immédiatement à une nouvelle élection.

Ils ne suspecteront pas mon patriotisme et mon adhé-

sion à la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi. Je renouvelle entre leurs mains le serment de la maintenir de tout mon pouvoir. Je déclare que je regarde comme légitimes et conformes à l'esprit de la religion les élections faites selon le décret sur la Constitution civile du clergé; je déclare que je regarde comme déchus de leurs emplois ceux que la loi civile rend inhabiles à les posséder.

Après cette déclaration franche et loyale, je crois que les ennemis de la Constitution ne tireront aucune induction fâcheuse du remerciement et de la démission que je fais, et que les amis de la Constitution se féliciteront de ce que, n'ayant pas choisi un homme qui eût assez de force, de talents et de vertus pour être élevé à l'épiscopat, ils ont du moins porté leurs vues sur un homme assez honnête pour se faire justice lui-même, en abdiquant cet emploi dont il ne se jugeait pas digne.

Il ma semble qu'il ne peut résulter rien que d'avantageux pour le nouvel ordre de choses, de ce que les plus zélés partisans de la réforme du clergé prouveront d'une manière irrémissible que des spéculations d'ambition ou d'intérêt n'ont point dirigé leur opinion.

Lorsqu'un serviteur sent ses forces décroître, il ne doit pas chercher de nouveaux maîtres, ou il perd le droit qu'il avait acquis à l'indulgence des premiers : je compte sur celle de mes concitoyens. Je la réclamerai avec confiance, et je bénirai le moment où il me sera permis de me réunir à eux.

Priez messieurs les électeurs de permettre que vous déposiez la présente lettre sur leur bureau, et de la regarder comme elle est effectivement, une renonciation entière de ma part au droit résultant de leur élection, et la preuve la plus assurée de mon respect et de ma reconnaissance.

Si vous n'allez pas à Evreux, priez quelqu'un des électeurs de Bernay de se charger de ma lettre et d'en faire l'usage que je vous ai recommandé. (Papiers R. Lindet.)

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