CLXXXII. — Au même. Le /" août ijçi
Mon frère, il faut avouer que nous sommes bien mal servis. Plusieurs de nos ministres sont évidemment des fripons; notre Comité militaire est triparti d'aristocrates, d'imbéciles et de fripons. Notre Comité des finances est composé de coquins qui spéculent pour avoir le dernier
(i) Buschey des Nocs continuait cependant ses démarches pour obtenir raffîliation aux Feuillants de la Société des Amis de la Constitution de Bernay. Dans sa lettre du 19 juillet (Arch. Bernay), il justifie encore le schisme intervenu. « Notre séparation fait un schisme toujours malheureux, mais Texaltation de nos frères et leur déviation des principes de la Constitution nous en ont imposé le devoir; d'autre c6té, elle a rappelé à nous d'anciens frères qui s'étaient séparés pour aller former le club de 1789 : les Siéyès, Tàlleyrand-Périgord, Target, Thouret, les deux Grillon, La Rochefoucauld, etc. » Le 26 juillet, il revient à la charge pour demander la liste des membres, la copie du règlement de la Société et Tagrément de deux Sociétés voisines déjà affiliées. Il termine par ces mots : « Déjà, Ton dit ici que Louis XVI a un Code de constitution tout prêt, qu'il présentera à l'Assemblée au moment où elle o/Trira le sien. L'on répond que, la souveraineté nationale résidant essentiellement dans la nation, c'est à elle de faire la loi, qu'elle ne la peut recevoir de nul homme; que c'est à Louis XVI de déclarer s'il accepte, ne pouvant être rétabli fonctionnaire-roi qu'à cette condition. » Dans une autre lettre du 29, Buschey envisage l'hypothèse d'une régence ou d'un changement de gouvernement. « Si régence, à qui la déférera-t-on ?... Si changement de gouvernement, quel adoptera-t-on ? Dans tout autre que le monarchique, il faut Sénat, Congrès ou Conseil électifs ou permanents; plus d'unité, mais cabales et divisions I — Dieu garde à notre patrie que ses représentants présents et futurs se trouvent jamais forcés d'opter entre de pareils extrêmes! J'espère toujours. Messieurs, que le dénouement sera heureux. (Arch. Bernay.)
écu de France, qui ont imaginé toutes les rubriques pour empêcher la fabrication des petits assignats et la retarder, pour nous enlever nos cloches pour rien, et nous faire acheter bien cher leur vieux et mauvais cuivre. Donc, ils livreront les hôtels des monnaies à leur gré : point de billon, point de monnaie de cuivre, des billets de confiance qui circulent en attendant les assignats ; incapacité des faussaires fabricateurs d'assignats.
Nous aurons la guerre ; bien des gens la désirent. L'Assemblée nationale échouera à cette épreuve. Je ne crois pas que le système proscrit se rétablisse, mais les mesures de défense sont mal prises, les ordres mal donnés, mal exécutés; la haine et la fureur des partis arrêtera l'activité. Cette guerre peut conduire loin ; bien des gens en seront les victimes. Les ennemis, qui paraissent se décider, feront beaucoup de mal en France; il est probable qu'il leur sera rendu ; la France s'en fera à ellemême» et cela, ce sera sans dédommagement. Il est malheureux qu'un nouveau Corps législatif ne nous remplace pas : il aurait plus d'activité, plus d'union, plus de force, mais je croîs que, comme la Révolution s'est faîte sans dessein suivi, sans combinaison, sans concert, la guerre se décidera de même par la force des circonstances, par la masse irrésistible de la volonté générale. Le sort des batailles dépend aussi de l'opinion. (Papiers R. Lindet.)
CLXXXIII. — Au même. Le } août 1791-
L'idée de mettre le clergé hors la Constitution tient d'assez près à la liberté des religions, et conduit à faire regarder toute association religieuse sur le pied d'un club, dont les dépenses concerneront ceux qui les voudront faire. Cette idée philosophique a quelques dangers, ce me semble, si on lui donne des développements.
Les Français ne sont pas disposés à renoncer à tout culte extérieur; il n'est pas prudent de leur faire pressentir qu'on le laissera à leurs frais (i). La constitution civile du clergé a été décrétée comme constitutionnelle, présentée au roi comme telle, son acceptation demandée et arrachée comme telle; il y aura peut-être de l'inconséquence à déclarer que ces articles ne sont plus constitutionnels; cela aura l'air d'une capitulation avec l'ancien clergé et d'une ouverture qui lui sera donnée pour se réintégrer. Le roi aura donc le droit d'exercer le veto qui lui a été refusé par ce décret. Bien des gens désirent laisser le clergé en cause et espèrent que la guerre entre le clergé constitutionnel et le clergé anticonstitutionnel détruira l'un et l'autre. J'ignore encore quelle tournure prendra cette affaire, qui est encore inter paucos. — Depuis le décret des ordres de chevalerie, la noblesse n'espère plus de capitulation. (Papiers R. Lindet.)