‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 165 sur 217 · CLXXXVI. — AR. Lindet. Paris, le 1$ août · texte numérisé non relu

CLXXXVI. — AR. Lindet. Paris, le 1$ août

Mon frère, le Comité de constitution a manqué son projet d'ouvrir la porte à l'ancien clergé. Il a manqué son coup en voulant se rouvrir l'entrée au ministère et la perpétuité dans les législatures. Il a vainement tenté de faire ressusciter le titre de prince, de nouveau proscrit par la question préalable (i). Si les d'Artois et les Condé ne devaient rentrer qu'à cette condition, les voilà encore errants. Cependant on est parvenu à faire renvoyer à Texamen la question si les parents du roi seront citoyens actifs. Ce renvoi a prévalu par des moyens artificieux, mais admettre cette exclusion serait leur donner un privilège, et ils prendraient bientôt un nom distinctif. Au lieu de nobles, nous aurions des princes à foison : tout gentilhomme qui descendra d'un père ou aïeul qui aura eu l'honneur de présenter sa femme à la Cour pourra présumer valablement descendre de quelque roi ou de quelque prince. Voilà la transaction que comptait faire le Comité. On aurait dédommagé la noblesse de la destruction de la féodalité, en élevant la majorité à la dignité principière. Le clergé se serait consolé de la

(i) Le titre de prince avait été réclamé pour tous les membres de la famille régnante. Le prince d*Orléans demanda le rejet de cette proposition par la question préalable, qui fut votée. Moniteur, réimpression, IX, ^99.

perte de ses biens en rentrant dans ses places et ses 'pensions. On espère encore venir à bout d'exclure de la qualité d'électeurs la majorité des villes et des campagnes, en leur donnant, en équivalent, la faculté chimérique d'être éligibles à la Législature.

Pour favoriser toutes ces motions, des lettres très positives, insérées dans certaines gazettes, annoncent les menaces de Tempereur, des Suisses, une armée de 40,000 hommes prête à entrer sur nos frontières. Le général parisien double, triple la garde du château, quadruple les patrouilles pendant la nuit, met en mouvement un bataillon un jour, le lendemain un autre. Il craint, il a prévu des mouvements secrets; on arrête quelques gens porteurs d'une figure hétéroclite. Le peuple étonné ne songe plus à s'attrouper. . .

Toujours grande activité à poursuivre les républicains. Les aristocrates n'ont que des peccadilles à confesser I . . .

Vous avez dû être étonnés de la patience de TAssemblée pour supporter les bouderies de Bamave et les prophéties du sycophante normand : tout est perdu, si ces messieurs n'arrivent pas au ministère, et si les législateurs ne sont pas des instruments versatiles dans leur maini Ils ont réuni, en leur personne, exclusivement, toutes lés lumières et toute la probité des générations passées, présentes et à venir.

Ils sont parvenus à paralyser l'action publique; le mécontentement se concentre : il y aura une explosion ; je ne sais en quel cas elle se fera.

Envoyez-nous des successeurs incorruptibles. Nous leur laissons un roi ennemi de la Constitution, environné de ministres suspects; nous leur transmettrons des relations mensongères sur l'état de nos frontières, de nos armées, de nos magasins, sur l'état de nos ennemis. Nous leur laisserons des ennemis déclarés de la Constitution dans la minorité de l'Assemblée, et des ennemis cachés et

cauteleux dans une grande partie de la majorité « Nous leur laisserons des finances compliquées, et bien des fripons à rechercher parmi nous pour les assignats et la monnaie. Nous leur laisserons bien des corps administratifs ignorants ou inactifs, bien des tribunaux corrompus. Nous leur laisserons peu de force, peu de moyens. Mais, s'ils savent donner une grande opinion de leur Assemblée, ils sauveront la chose publique ; le parti renversé est si avili, qu'il sera aisé de Tempécher de se relever. (Papiers R. Lindet.)

CLXXXVII. — Au même. Paris, le 19 août 1791.

On a récompensé hier tous ceux qui ont pris part à l'arrestation du roi à Varennes; il faisait beau voir les noirs se débattre contre un décret qui couronna le plus grand des forfaits à leurs yeux. Si le roi se mettait en marche une seconde fois^ je crois que tout le monde voudrait l'arrêter, et quand on lui donnera la liberté, je ne sais s'il en pourra user bien commodément. Je crois qu*il arrivera quelque quiproquo yet il faudra punir un jour tel qui croira avoir mérité une récompense.

M. Buzot, vice-président du tribunal criminel de Paris, échangera volontiers sa place contre celle du président à Évreux. (Papiers R. Lindet.)

CLXXXVIII. — Aux officiers municipaux deBernay.

Paris, le 20 août 1791.

[Vu l'extrême difficulté de présenter une pétition à l'Assemblée nationale au moment où elle a bâte de se séparer, il envoie leur mémoire au département, avec une lettre dont copie ci-jointe, afin de vaincre son incurie ou sa malveillance qu'il ne peut pas soupçonner, c II serait bien malheureux que les administrateurs choisis par le peuple ne fussent pas

plus accessibles que les agents du despotisme (i). »] (Arch, Bernay).

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