CXC. — A R. Lindet. Le 55 août
Mon frère, les Thouret, les Barnave, les d'André, les Duport et surtout les Lameth acquièrent des droits incontestables à Texécration publique. Ce sont des titres pour obtenir des grâces de la Cour; je crois cependant qu'on aura de la peine, dans ce pays-là, à oublier leurs premiers gestes. L'indignation devient assez générale : ils se sont trop prévalus de leur triomphe sur les patriotes. Leur coalition s'af&iblit; ils ont eu de violents échecs.
Nos ci-devant gardes du corps ne seront pas émerveillés du décret relatif à la garde du roi ; fort peu d'entre eux seront dans le cas d'y rentrer, et ce corps sera destiné à produire des Césars Laridons (2).
[Il raconte le succès obtenu par M. d'Orléans à propos de son discours sur la qualité de citoyens actifs accordée aux parents du roi.] Il continue ensuite :
Vous avez bien raison de craindre pour la légîsla-
(i) Dans une leure de Buschey, adressée à la Société des Amis de la Constitution de Bernay, le 21 août, se lit cette phrase : « Les provinces doivent être dépeuplées de nobles, car ils arrivent ici de nuit et de jour, par toutes les portes. S'ils viennent pour attaquer, ils ne surprendront pas car on est bien préparé à la défense. » (Arch. Bernay.)
(2) Séance du 24 août. Le décret rendu sur la garde du roi portait notamment cette disposition : « La garde du roi sera prise dans l'armée de ligne et parmi les citoyens en activité de service depuis un an dans la garde nationale, m Moniteur^ réimpression, IX, 478.
ture prochaine. Nous lui livrerons le vaisseau mal gréé, et il aura de violentes bourrasques à essuyer. J'aperçois un remède, je ne sais si nous l'emploierons. Nous allons nous occuper des Conventions nationales ; il faudrait indiquer des moyens de transformer la législature en Conventions dans des cas indiqués, faciles à prévoir. On éviterait une convulsion. Je vais tâcher d'accréditer cette idée, qui me parait assez bonne, et qu'on n'a pas encore prise en considération.
Je reprends ma lettre ce soir. Nous avons eu une séance longue et orageuse, qui a fini par un appel nominal (i). On ne tient point à lennui d'un appel. Chacun s'en va. Le peu de noirs qui était resté a voté. Les parents du roi seront citoyens actifs; ils ne seront point éligibles aux places nommées par le peuple ; jusque-là, il n'y a pas de mal. Mais, demain, il sera décrété qu'ils seront admissibles aux places nommées par le roi et le titre de prince leur sera rendu; et cela est mauvais, parce que le contraire a été décrété, et parce que c'est une capitulation avec des gens dont on se passerait bien, et qui ne seront pas longtemps à rentrer, quelque chose qui arrive. Il ferait beau voir Louis-Joseph, futur prince de Condé, généralissime du pouvoir exécutif. M. d'Artois est le seul, dit-on, qui ne se prête pas à la capitulation ; la liste civile ne lui offre point d'assez gros dédommagements. {Papiers R. Lindet.)