CXCIV. — Au même. PariSj le 14 septembre
Aujourd'hui, l'acceptation du roi. Vous sentez combien les figures aristocratiques durent s'allonger hier à la lecture de cette lettre. Le reste de l'Assemblée et les tribunes se livrèrent à l'enthousiasme : abolition de toutes les procédures relatives aux événements, abolition des
(i) Le même jour, Buschey des Noos envoyait à la Société des Amis de la Constitution de Bernay la Constitution, qu*il appelait le livre des destinées de la France, l'évangile civil et politique de notre nation : « Ennemis comme amis, tous s'accordent à dire que Tacceptation du roi clora la Révolution, qu'ainsi les citoyens pourront se livrer aux douceurs de la tranquillité, dont ils ont et sentent besoin ; les amis ajoutent : sans néan« moins s'endormir. »
passeports, liberté à tous les émigrants. Les Bouille, les Lambesc peuvent revenir. Nous ne craignons plus Tennemi, et cependant nous allons prendre Avignon, en attendant que le roi arrive.
On a trouvé bonne la tournure de cette lettre. Il faut bien que le premier fonctionnaire public se réconcilie avec le peuple et reprenne un air de dignité. L'on croit que M. Thouret est le faiseur. MM. Thouret, Le Chapelier, Beaumetz, n'ayant pu obtenir l'ouverture du ministère, entreront dit-on, au Conseil : ils auront de grandes dispositions à détruire ce qu'ils ont aidé à construire.
On a travaillé les Parisiens en tous sens; on avait envie de former une insurrection avant l'acceptation du roi. On n'y a pas réussi. Le prix du pain était l'occasion. On débitait qu'on vendait de mauvaises farines, dans lesquelles il y avait de la chaux et du plâtre. Il se trouvait de fort honnêtes gens qui se sentaient les entrailles dévorées. On avait menacé le maire. Je crois que, par une suite naturelle des événements, les vrais aristocrates auront de la peine à demeurer à Paris concurremment avec nous ; conséquemment, on sera plus tranquille.
Je reçois une belle lettre pastorale de M. de Narbonne. Le saint homme m'invite à me jeter à l'eau pour apaiser la tempête ; il espère que sa voix opérera sur ses chers enfants ce qu'opéra sur Pierre le regard de Jésus. Il veut qu'ils aillent devant les directoires révoquer leur soumission à une loi injuste, avouer l'ignorance, la simplicité, la faiblesse qui leur firent prêter un serment inique. Il les appelle à la mort, il remue leurs entrailles par le souvenir de son ancienne amitié, de sa douceur, de sa confraternité. Il invoque la sainte Vierge et saint Taurin (i), et me déclare suspens de toutes les fonctions épiscopales avec trois autres évêques qui ont participé tant soit peu h la dépouille. Déjà MM. du département ont communiqué
(i) Saint Taurin, patron du diocèse d'Évreux.
3l8 CORRESPONDANCE DE THOMAS LINDET
cette lettre à mon conseil, et sans doute ils ont déjà commandé un mandement à un de leurs commis, à moins que la manière dont je reponds à mon conseil ne les en dégoûte. (Papiers R. Lindet.)