CXCIII. — Au même. Le 6 septembre
Mon frère, j'ai eu le projet d'écrire au corps électoral, puis je l'ai abandonné. Je le. reprends peut-être trop tard et fort mal.
La séance d'hier au soir nous a remis en mauvaise humeur. L'affaire des colonies est une abomination : je souhaite que nous ne la jugions pas et que vous ne vous laissiez pas intimider par une troupe de scélérats qui ont perdu toute pudeur. La noblesse ci-devant patriote est
dans une fâcheuse position Ils sont tout étonnés de
se trouver vilipendés partout. L'aristocratie se berce encore de quelque espoir. Quelques bataillons remuent en Styrie : nos contre-révolutionnaires croient voir arriver une armée.
Les Tuileries sont ouvertes; le roi et sa famille se montrent ; on est tranquille et content. Le roi et la reine ont témoigné leur satisfaction à la garde nationale et à l'état-major et les ont invités à continuer leur service.
Si je puis avoir avoir un exemplaire de la Constitution avant la poste, je vous l'adresserai.
On essaie une dernière tentative. On publie que le pape a fulminé les anathèmes... Sa Sainteté se fâche tout de bon. Je ne sais pourquoi elle m'honore de sa prédilection. Je figurerai dans quelque nouvelle bulle. Les secrétaires du pape à Paris me feront les honneurs du Vatican. Je le recommanderai aux prières publiques.
3l6 CORRESPONDANCE DK THOMAS UNDET
Vous croiriez que le roi a été fort embarrassé de sa captivité : il a beaucoup joué au billard, bien bu et bien mangé. Il a reçu la Constitution d'un air très satisfait; on lui avait dit qu*il fallait cet air-là. La reine caresse son poupon et accoutume le peuple à la voir. Elle logera toujours avec l'ennemi de la Constitution. Je ne sais si vous aurez beaucoup à faire pour achever de convaincre tous les gens de cour de leur nullité. Sévérité à l'égard des financiers, fortes semonces pour donner de l'activité aux corps administratifs, voilà l'essentiel. Vous ne vous hâterez pas de congédier l'armée de gardes nationales, et vous veillerez au complet des régiments, à Tétat des frontières. Vous poursuivrez le fait des négociations avec les princes allemands possessionnés en France. Cela importe à la tranquillité publique.
Je ne puis vous souhaiter de repos, je vous souhaite des forces.
M. Des Noës est fort mécontent de n'être que haut juré (i).
Je peste assez, de mon côté, de ne pouvoir acheter quelques meubles avant de partir. (Papiers R. Lindet.)