‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 185 sur 217 · CCXII. — Au même. Évreux, le 14 mars · texte numérisé non relu

CCXII. — Au même. Évreux, le 14 mars

Vous avez fait un acte de vigueur, Messieurs. Le renard Delessart est donc à Orléans ( i ). Puisse-t-on le dépêcher promptement à Léopold ! Si l'élection ou la capitulation impériale occasionne quelque grabuge en Germanie, voilà de l'emploi pour nos émigrés. On soupçonna M. d'Aranda, plus philosophe et plus français que Florida- Blanca.

Mon frère (2) est arrivé ici en sa qualité de juré de jugement, et revêtu du grade d^adjudant général du district de Bernay : 1 2,300 hommes ont formé l'armée de Bernay.

Le département prolonge ici ses terreurs.

M. Levacher est, je crois, bon citoyen : il existe une haine de Verneuil contre Breteuil, une haine de Car-

(i) L'acte d'accusation contre le ministre Delessart fut lu par Brissot dans la séance du 14. Les attaques contre Delessart avaient commencé le xo. Moniteur^ réimpression, XI, 597, 630.

(a) François Lindet, habitant Bernay.

rayon contre M. Levacher. L^nsurrection a été provoquée, je crois, par les Carrayon, qui ont accaparé les fers dans toutes les forges à 25, 26 ou 27 livreu qui, surle-champ, sont portés à 30 livres, annoncés à 40 et bientdt à 60 livres.

M. Levacher, adjudicataire de g^randes parties de bois, est indépendant des Carrayon pour ses forges. Il n'est pas probable qu'il soit pour rien dans l'insurrection. Il a envoyé, avec sa municipalité, un mémoire au district de Vemeuil, dans lequel il a eu tort de dire qu'il ne requérait pas la force publique ; mais il craignait, peut-être justement, autant les habitants de Verneuil que ceux des campagnes des environs de Breteuil. Il proposait, dans son mémoire, un plan de régie des g^rains. Le département trouve que cela est une apologie de l'insurrection : c'est déraisonner pour accuser.

M. Levacher est ici sur un mandat d'amener : il craint un mandat d'arrêt d'après la bonne volonté qu'on lui témoigne.

Les Carrayon sont à l'abri de la loi. Leur monopole effronté pour les bois et les fers lassera encore la patience.

Portez-vous mieux.

Page 1