CCXI. — Au même. Évreux, le lo mars
Mon frère, rarmée d'Évreux est revenue de son expédition de Conches. Tous les Ébroiciens étaient partis, parce qu'ils avaient peur qu'on n'attaquât leur ville pendant que les forces se portaient ailleurs. Ces moutons allaient avec le troupeau. Les corps administratifs étaient hier dans la terreur : ils attendaient 15,000 brigands aujourd'hui. On a ordonné le retour de l'armée, qui rentra hier à 3 heures d'après-midi, amenant une vingtaine d'hommes suspects. On a relâché le curé dont je vous parlais hier, etc.
L'armée a été fort mal hébergée à Conches : 1,800 hommes arrivèrent du département de l'Orne sur la réquisition du département de l'Eure, après qu'il n'y avait plus de vivres ni de logement.
On fit grande peur aux Conchois. On les menaça de les désarmer, on sermonna la municipalité, puis on la fit jurer et on partit. En passant par la Bonneville, la mauvaise humeur prit ; on désarma les paysans de ce village. On n'a pas cru convenable d'inquiéter les paroisses que je vous ai nommées ; on n'a rien dit à tous les municipaux, auteurs des troubles. On ne cherchera peut-être pas les auteurs et distributeurs des lettres répandues dans chacune de ces paroisses, par lesquelles on indiquait chaque expédition. Il parait que les lettres pour l'expédition des brigands aujourd'hui à Évreux avaient été distribuées. Vous imaginez bien qu'ils n'arriveront pas. Des émissaires se faisaient arrêter partout, pour semer la terreur par leurs dépositions.
La municipalité de Conches a-t-elle eu peur, ou a-t-elle eu de la finesse ? Elle fit conduire, hier au soir, une trentaine de prisonniers; je crois que c'est pour embarrasser et ennuyer les juges par l'interrogatoire de ces hommes,
qui ne sauront rien, qui n'auront rien fait; ils auront concerté des dépositions pour se tirer d^ affaire.
Voilà une représentation un peu chère, trop bruyante. Si elle ne fait pas honneur aux administrateurs aux yeux des gens éclairés, elle va leur donner un grand relief aux yeux des imbéciles. Elle prouve qu'ils ont eu bien peur ; elle va plus faire qu'ils n'osaient espérer : elle va les délivrer du mépris. Du moins, il y a preuve que le patriotisme n'est pas éteint : les gardes nationales des campagnes à pied et à cheval s'étaient réunis, en nombre prodigieux, aux détachements des villes. Si l'on fût resté un jour de plus en campagne, le pays eût été dévoré.
Je ne sais quand il plaira de congédier tout ce monde : voilà une correction qui coûte plus cher aux correcteurs qu'aux corrigés.