‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 191 sur 217 · CCXVIII. — Au même, Bcrnay, le i8 mai · texte numérisé non relu

CCXVIII. — Au même, Bcrnay, le i8 mai

Mon frère, je viens d'ordonner vingt prêtres. MM. de Calvados sont toujours aux aguets de mes ordinations et ont une pépinière inépuisable. Il est vrai que ces messieurs en ramassent de toutes les extrémités du monde. Ils avaient amené de Bayeux un homme qui, il y a trois semaines, était comédien à Bayeux : il était de Perpignan. J'ai dit que je croyais qu'un comédien pouvait être actuellement un bon citoyen, mais que je ne croyais

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pas qu'il pût être actuellement un bon prêtre, surtout dans le lieu où il a développé ses talents. Si j'étais à l'Assemblée, vous me répondriez une malice; je n'y suis pas.

Messieurs nos gardes nationales ne veulent pas se trouver à la plantation de l'arbre de la liberté, que veulent faire ce soir les volontaires du bataillon du département de l'Aisne, qui passe par ici en filant vers la Bretagne, d'où d'autres bataillons remontent vers l'Aisne.

Toutes ces troupes de volontaires marquent du patriotisme et peu de subordination.

... La défiance est un mal incurable dans nos armées, et cela contrariera toutes les opérations. On doit bien regretter que l'Assemblée constituante n'ait pas adopté la grande mesure de Mirabeau : casser et recréer l'armée nous eût évité bien des craintes par ces derniers temps.

Les divisions de TAssemblée nationale autorisent chaque parti à se prétendre patriote...

[Il raconte ensuite la querelle survenue entre les gardes nationales de Bernay, qui voulaient empêcher les volontaires de l'Aisne de planter leur arbre de la liberté. Les sabres ont été tirés, mais la paix a été faite grâce à MM. Des Noës et Beautier. Les soldats avaient bu un peu et M. de Marsenne avait largement dîné.]

Les gardes nationales de Bernay se trouvent humiliées de ce qu'on les a exposées à être prévenues par ces passants, parce qu'on ne les a pas averties de cette cérémonie ; et elles n'avaient pas digéré qu'on les eût exposées à une querelle un peu chaude, la semaine dernière, pour les armoiries non enlevées.

Ces querelles ont leurs dangers ; elles refroidissent quelques citoyens pacifiques.

Les désertions et les démissions des officiers sont des trahisons ou des lâchetés qui méritent une note d'infamie. Cependant je croîs que, pour épurer l'armée, il faut encore bien des désertions et des démissions. Et à quel point compter sur les troupes étrangères? Paris est inquiet de

Taffluence des citoyens inconnus dont il regorge. Les ennemis de la liberté publique réclament la liberté individuelle. On veut des lois philosophiques qui ne se plient pas aux circonstances. On attendra quHls aient égx>rgé, incendié, puis on les citera à la Haute Cour nationale. Une police moins indulgente serait de saison.

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