‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 192 sur 217 · CCXIX. — Au même. Bernay^ le 21 mai · texte numérisé non relu

CCXIX. — Au même. Bernay^ le 21 mai

Mon frère, je vais retourner à Hvreux passer quelques jours. J'irai lundi à Conches, faire la bénédiction des drapeaux et donner la confirmation. Si cette ville devient patriote dans ces circonstances, cela tiendra du miraculeux. Conches regorge d'aristocrates, comme Paris d'Autrichiens, Rouen de nobles et de prêtres contre-révolutionnaires, Evreux d'imbéciles.

Le projet de rassembler tous les prêtres non assermentés dans les chefs-lieux de département, équivaut au projet de création de 83 foyers de discorde, de fanatisme et de contre-révolution.

Si on ne purge pas Paris, il y aura quelque explosion. Même danger à Rouen, où le nombre des prêtres est de 8 ou 9,000, et celui des ci-devant nobles beaucoup plus considérable.

Vous avez d'intrépides ennemis de la tranquillité publique qui rejettent tous les moyens de la procurer. Vous avez des extravagants bien redoutables. M. Chabot veut, je crois, se faire breveter d'une place à Charenton. L'Assemblée nationale a, ce me semble, très impolitiquement accueilli M. le curé de Saint-Laurent (i).

(i) Dans la séance du i6 mai 1792, Charles-Alexandre de Moy, curé de Saint-Laurent (à Paris) et député à l'Assemblée législative, avait proposé diverses modifications à la constitution civile du clergé. On avait murmuré; la question préalable avait été adoptée. Moniteur, réimpression, t. XII, p. 408.

La mobilité du ministère est une ressource pour nos ennemis. Les dissensions des généraux et des officiers, au moment d'agir, sont une espèce de trahison sur laquelle ils comptent. Les ministres disent : « Tout est prêt. » Les généraux, au moment de l'action, disent : « Tout nous manque. » Tout reste impuni; la belle responsabilité! Les armées ennemies se forment, leurs forces se rassemblent. L'inaction, la défiance, l'opposition entre les généraux et les ministres, le discrédit des Jacobins, les divisions de TAssemblée, dans laquelle il n'existe pas un parti assez fortement prononcé, tout cela met la chose publique en péril.

Il passe par ici des chevaux de remonte pour le bagage.

Tout le monde a applaudi ici à la prudence des officiers et à la modération des soldats volontaires du bataillon de l'Aisne. Un tambour des gardes nationales, quelques grenadiers, le Loup doré^ i'^r^onn^^ (i), Chevalier, sont violemment inculpés d'avoir insulté les volontaires, provoqué le carnage, battu la générale, voulu tirer les canons de chez M. Beautier. Plusieurs coups de sabre ont été portés et parés ; un fusil armé a raté et était tiré dans la foule ayant double charge. La compagnie de grenadiers est fort discréditée. Tout ce désordre aurait été prévenu si le chef eût été à jeun. Une armée sans chefs, une armée commandée par des chefs opposés au vœu de l'armée, voilà, en grand et en petit, ce que présente la France. Les circonstances feront naître des hommes propres à commander et qui mériteront d'être obéis. Le destin de la France sera dirigé par la masse de la volonté générale.

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