‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 201 sur 217 · CCXXX. — Au même. Evreux, le lo août · texte numérisé non relu

CCXXX. — Au même. Evreux, le lo août

Mon frère, l'absolution de La Fayette est un acte de faiblesse qui annonce que l'Assemblée nationale ne peut pas entreprendre de prononcer la déchéance (i). Elle a trop longtemps favorisé et augmenté la fluctuation des opinions, pour pouvoir réunir toute la nation autour d'elle. Nos armées vont toujours être commandées par des chefs suspects. Comment pourrait-on combiner des opérations certaines et vigoureuses?

Déjà, fort de la faiblesse de l'Assemblée, lepouvoir exécutif fait une nouvelle proclamation : c'est un manifeste contre l'Assemblée. Les troupes ennemies avancent sur Landau. Ceux qui ont fortement énoncé leur vœu pour la déchéance céderont-ils aisément? La guerre civile est bien près de nous. L'Assemblée nationale se serait épargné bien des dangers si elle eût plus vigoureusement attaqué les ministres anti-constitutionnels et les agents perfides. Paris peut s'organiser en un moment, mais cet état violent ne pourrait subsister. L'Assemblée nationale peut seule lier toutes les parties de la France. L'effervescence populaire attaquera ou menacera quelques députés trop violemment haïs ou notés. Il serait fâcheux qu'on se portât à des extrémités qui fissent craindre pour la liberté des opinions. En vérité, je crois que l'Assemblée n'est pas assez forte pour réussir à détruire son antagoniste ; et l'opinion publique n'est pas assez prononcée, ou elle est trop divisée.

J'habite le séjour des soupirants pour le retour de la splendeur de la royauté.

(i) Le Comité des Douze proposa, le 8 août, la mise en accusation de La Fayette, par l'organe de Jean De Bry : elle fut rejetée à une majorité de 406 voix contre 224. Moniteur^ XIII, ^58, 362 et suiv.

364 CORRESPONDAKCE DE THOMAS UNDET

CCKXXI. — Au même. Bvreux^ le 11 août 1792.

Mon frère, un courrier vous porte une adresse de la municipalité, que j'ai rédigée fort à la hâte. Le département et le district ont été engagés à prêter le serment à peu près malgré eux. Plusieurs officiers de la g^arde nationale et gendarmes l'ont prêté après quelques grimaces, quelques tergiversations, réserves et restrictions. J'ai fait adopter l'insertion de la demande de la publicité des séances. Il importe de faire valoir une deuxième observation, pour l'élection des chefis de Tarmée» et de comprendre, sous cette dénomination, les commandants de l'intérieur. Le Grimoard arrivait ici jeudi bien à propos. Ce n'était pas sans dessein, et les Suisses qui devaient arriver ici rentraient certes dans le plan du voyage de Rouen.

Pendant que je rédigeais l'adresse, le maire écrivait la lettre qu'il vous adresse pour M. Hugau (i). J'ai déclaré que je ne lui donnais pas une telle commission. On m'a entendu, et unanimement on a converti l'adresse. Au milieu du patriotisme naissant, on doit retrouver quelques restes des anciennes habitudes.

Je passe la nuit à la municipalité. Il me reste à faire au premier jour mon apprentissage pour porter les armes et monter la garde. Quelle bagarre que celle où vous vous trouvez ! A quels dangers plus de fermeté et d'activité ou d^ensembledans l'Assemblée nationale auraient pu nous soustraire! Les Suisses prendront-ils le soin de venger leurs frères morts pour rétablir le despotisme?

Je vous embrasse. Bientôt vous ne voudrez plus ni rois ni prêtres.

(i) Hugau (Claude], député de TEure à la Législative. Il habitait Evreux lors de son élection, et commandait en second la garde nationale d'Erreux.

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