‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 202 sur 217 · CCXXXII. — Au même. Evretix, le ij août · texte numérisé non relu

CCXXXII. — Au même. Evretix, le ij août

Mon frère, je me défie de la poste. Votre lettre du 7 a reçu un nouveau timbre à Ecouis ; celle du 2 est la dernière, et j'en attends de postérieures avec bien de l'impatience. Dans la région des orages que vous habitez, je crains pour votre santé, je crains pour les accidents et non pour les erreurs du peuple : il connaît ses ennemis.

L'exprès de la municipalité vous a porté notre adresse et une lettre de ma part.

Je suis fâché qu'on vous ait enseveli dans ce Comité de liquidation. Vous étiez nécessaire au Comité diplomatique; mais vous n'auriez pu aider à proposer un décret plus sage et plus ferme que celui qui a été adopté.

Des Suisses devaient arriver à Evreux; M. Grimoard y est arrivé. Hier on a reçu des ordres du général La Fayette qui requiert la moitié des grenadiers. Cette réquisition, l'arrivée des Suisses et celle du commandant étaient combinées avant le 10 août. Cette combinaison peut-elle tranquilliser les esprits? Quel en était le but? La Fayette est-il encore général ? Les citoyens iront-ils servir sous ses ordres? Il n'a pas été condamné, mais il a commis un crime jugé digne de mort. Que l'Assemblée fasse élire les chefs de l'armée, les chefs qui commandent dans les divisions du royaume, ou la consternation égalera les défiances.

... Votre nouveau ministre va sans doute s'occuper de nommer de nouveaux généraux, de nouveaux officiers. Il faudrait établir un mode d'élection. Cependant le civisme des commandants élus n'est rien moins qu'à l'abri des suspicions.

Les manœuvres de Clermont -Tonnerre l'ont donc conduit au supplice qu'il semblait provoquer. Regnaud de Saint-Jean d'Angely a payé bien cher la ridicule manie de se croire quelque chose.

366 CORK.ESPONDANCE DE THOMilS UNDET

C est une grande infamie que celle de ces valets de cour, qui savent payer des gens pour égorger les citoyens, et qui ne peuvent que fuir au moment du danger. Il est malheureux que ce soient les Suissesqui aient attaqué et qui aient été exterminés. Les armées suisses nous attaqueront. Ces automates savent mourir et donner la mort; ils ne peuvent entendre raison. Cette guerre sera plus meurtrière que celle avec les Autrichiens.

Je crains que vos lettres ne soient retardées exprès : j'attends le courrier aujourd'hui... Je vous prie de prendre pour mesure, quand vous m'écrirez quelque chose de pressant, de le mettre sous l'adresse de M. Passot et de ne pas faire timbrer de l'Assemblée nationale. J'aime mieux payer le port. J'avais promis de faire quelques courses, je vais écrire que je reste ici.

CCXXXIII. — Ah même. Évreux, le 14 août 179a.

Nous sommes bien voisins de Rouen : nous n*en avons des nouvelles sûres que très difficilement. On nous dit : Rouen est en état de guerre, les corps administratifs, les troupes de ligne et la garde nationale liés par un serment à la loi et au roi, les portes fermées; le Havre et quelques autres villes, dans les mêmes dispositions. Voilà la guerre civile dans nos foyers. Si cela est, Rouen voudra conquérir les petites villes des environs. La conquête d'Evreux ne sera pas difficile : les corps administratifs abjureront bien volontiers le serment qu'ils ont fait, leurs émissaires travaillent la garde nationale.

Hier, on a voulu mettre en réquisition la moitié des grenadiers, au désir de La Fayette. Plusieurs ont manifesté le désir de combattre pour le roi ; presque tous ont fait une violente sortie contre les Jacobins. On n'est parvenu à aucun résultat.

LÉGISLATIVE (l8 AOUT 1792) 367

Votre loi qui autorise les généraux à mettre la moitié des grenadiers en réquisition est injuste : le citoyen qui devrait courir la chance de i contre 10, court celle de i contre i...

... Il serait bien important de nous défaire de M. de Grimoard. Cet homme, arrivant de Rouen au moment où des Suisses doivent se renidre à Évreux, au moment où le général La Fayette faisait une réquisition datée du 5 août, devait, ce semble, être dans le secret du voyage de Rouen, destiné à commander la force publique contre la nation : il aurait entraîné toute la garde nationale malgré elle. Il a vu comment on traînait le peuple par Tessai du district de Verneuil. Les ordres des corps administratifs ne lui auraient pas manqué.

Le serment des corps administratifs et celui du commandant ne peuvent rassurer. L'esprit qui domine à Rouen se communique à Évreux. On travaille la garde nationale. M. Grimoard se dit l'ami de M. Servan. M. Servan est donc l'ami d'un traître : qu'il nous en défasse, ou nous sommes dans le plus grand danger.

L'aristocratie, ou plutôt le royalisme, lève la tète dans cette ville, et promet de s'y montrer aux prochaines assemblées.

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