‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 31 sur 217 · XX. — Aux mêmes. Le 11 janvier · texte numérisé non relu

XX. — Aux mêmes. Le 11 janvier

Messieurs, ma lettre n'a pu être finie hier assez tôt pour la poste, elle ne partira que demain. Les partisans de l'ancien régime ont fait l'impossible pour justifier la chambre des vacations de Rennes. L'Assemblée a duré jusqu'à sept heures et s'est terminée par un décret qui porte que TAssemblée nationale, improuvant la conduite des magistrats de la chambre des vacations du parlement de Rennes, et les motifs qu'ils ont allégués pour leur justification, déclare que leur résistance à la loi les rend inhabiles à exercer aucunes fonctions de citoyens actifs, jusqu'à ce que, sur leur requête, présentée au Corps législatif, ils aient été admis à prêter serment de fidélité à la Constitution décrétée par TAssemblée et sanctionnée par le roi; et, en exécution du présent décret, TAssemblée ordonne que lesdits magistrats seront mandés à la barre pour Tentendre par Torgane de M. le Président.

Les ennemis de la liberté publique avaient fomenté une insurrection à Versailles ; ils avaient travaillé dans Paris : ils espèrent encore trouver quelques appuis dans

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quelques cours de provinces où l'aristocratie s'est retranchée; il ne leur reste que de faibles ressources, ou plutôt ils n'en ont plus. Ce qui a paru chimérique se réalisera; je crains que TefiFronterie aflfectée des partis de l'opposition ne lui attire quelques violents orages. Il serait fâcheux que quelque fanatique menaçât les jours de M. de La Fayette : les Parisiens en rendraient responsables tout ce qui est suspect d'aristocratie. En comparant l'état actuel de Paris avec ce qu'il fut jadis, on peut assurer tout possible. Tous les Parisiens se regardent comme des héros, et dans le fait, il est impossible d'avoir une plus belle armée. On pourrait compter sur leur résolution. Si Paris est changé, par rapport à la valeur militaire et à l'exactitude de la discipline, vertus inconnues avant cette époque, il ne l'est pas moins par rapport au désintéressement. Paris sent bien ce qu'il doit souffi-ir de la révolution et il en est le plus ardent défenseur. Des vues justes et des sentiments courageux sont devenus l'apanage d'une ville qu'on ne croyait devoir jamais sortir de la léthargie dans laquelle semblaient l'avoir plongée le luxe, les plaisirs, et l'habitude d'engloutir toutes les richesses du royaume.

On m'a assuré que M. Tévèque de Lisieux (i) est venu à Paris, qu'il y a fait un court séjour, et qu'il est retourné dans son diocèse ; je souhaite que sa présence arrête la circulation de quelques brochures incendiaires, et qu'elle inspire aux habitants de la ville épiscopale les sentiments patriotiques dont elle doit fournir le modèle, surtout lorsqu'elle élève la prétention de s'élever en métropole d'un département.

Le décret sur la chambre des vacations de Rennes est une nouvelle victoire remportée sur l'aristocratie des magistrats (2).

(i) M. Ferron de la Ferronnays, évèque de Lisieux, devait refuser le serment, se réfugier au château du Pin, dit le Logis ^ près Moyaux, et, du là, exciter et encourager l'opposition du clergé réfractaire au serment ordonné par le décret du 27 novembre 1789.

(2) II janvier 1790.

Mais toutes ces af&ires particulières nous font perdre on temps immense, et, en retardant le moment où l'ordre sera établi, nous exposent aux effets de Tanarchie. Si les assemblées s'organisent bien, comme il y a tout lieu de le présumer, nour crierons : Terre, terre! Je ne sais ce que les ennemis de la Constitution prétendent. L'ancien ordre de choses ne peut être ramené; celui que l'Assemblée introduit, fût-il mauvais, vaudra mieux que l'anarchie absolue, que la guerre civile. Les défenseurs de l'ancien système en seront sûrement les premières victimes : il faut consentir à être libres, ou répandre son sang pour se forger des fers. Les Français paraissent avoir perdu le goût de l'esclavage .

P. 'S. — Le 12, voici encore un nouvel orage : dès quatre heures du matin, on a fait lever toute la garde de Paris, toute la milice bourgeoise est sous les armes. Une foule se portait au Châtelet sous prétexte de demander le jugement de M. de Besenval : on assure que c'est un complot pour procurer l'évasion du marquis de Favras, et que la troupe centrale est gagnée. L'aflfaire de M. de Favras donne de grandes inquiétudes. La troupe centrale est soldée, et je crois mal à propos suspectée, mais la défiance est mère de sûreté. (Arch. Bernay.)

XXI, — A R. Lin de t. Le ij janvier I^90.

Mon frère, je reçois votre lettre et le mémoire du comité. Je n'ai point le temps de répéter ce que vous trouverez dans ma réponse à messieurs du comité.

[Il s'occupe de la division des départements.]

Il y a deux choses qui inquiètent : le numéraire serat-il longtemps rare? et le blé, toujours cher, ne deviendrat-il point rare aussi? La solution de ces deux questions

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préliminaires donnerait très exactement celle du problème sur le succès de la Révolution.

P.'S. — On a fait une grande faute dans l'opération de la division du royaume : c'est celle d'attendre des députations extraordinaires des villes que les députés ont fait arriver de tous les pays, dont les prétentions étaient les moins fondées, qui ont mis beaucoup de chaleur dans les sollicitations, et qui s'en retourneront fort mécontents. Tous ces envoyés sont des gens qui tiennent aux places de Tancien régime et quicombattent/)r{7 arts et focis. Les envoyés des villes où il n'y avait aucun établissement accourent comme à une distribution, et ne seront pas plus satisfaits d'être éconduits. Plusieurs, cependant, auront réussi à faire multiplier les établissements (i). (Papiers R. Lindet.)

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