‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 72 sur 217 · LXXI. — A R. Lindet. Le 24 avril · texte numérisé non relu

LXXI. — A R. Lindet. Le 24 avril

Mon frère, vous serez étonné du décret provisoire relatif à la chasse (i). Vous le serez plus encore de l'article du décret des droits féodaux, qui ne permet le rachat des rentes seigneuriales qu'à la charge de racheter les droits casuels et éventuels (2)... Ce décret est la résurrection du régime féodal. Cependant, contre l'inten-

(i) C'est le décret des 22, 2} et 28 avril 1790.

(2) Séance du 23 avril. Voir plus loin, lettre LXXII.

tîon des décrétants, il pourrait devenir très politique, si nous parvenons à faire remonter le rachat, de fief en fief, jusqu'à la couronne. Dans ce cas, il arrivera que les seigneurs ne seront pas exigeants, vu que des fonds inattendus seront versés dans le trésor public. Si cet article ne passe pas, notre décret est le plus absurde possible; il ne pourra favoriser que les riches et non les pauvres. Les rentes en argent sercfnt évaluées au denier 20; les rentes en nature au denier 25 : ce taux des rachats ne parait pas excessif.

Le Châtelet donne de furieux symptômes d'aristocratie... Plus de quatre cent soixante personnes ont été entendues : entre autres, les Maury, les Cazalès, les vicomte Mirabeau, Le Chapelier, Barnave, Duport, etc. Ces bruits se réveillent.

...Voici le trait de l'homme le plus éhonté de France, c'est de l'abbé Maury. En traitant hier l'affaire de la chambre des vacations de Bordeaux , dont le réquisitoire a été improuvé, M. l'abbé, pour justifier le procureur général et les magistrats, affirme, de la manière la plus audacieuse, que les pièces remises au Comité des rapports faisaient mention de 800 meurtres et assassinats : il assure les avoir vues, il défie les membres du Comité de le démentir. Le nombre de 800 lui est familier, mais il n'est pas heureux. Le rapporteur, tenant toutes les pièces, répondit que les 800 assassinats se réduisaient à une femme blessée d'un coup de fusil. Il interpella à son tour l'abbé Maury de faire le dépouillement de tous les meurtres mentionnés dans les pièces qu'il disait avoir visitées. L'abbé honni ne perdit pas courage : il essaya de persuader que, si l'Assemblée voulait différer, il se procurerait des preuves par d'autres moyens, ce qui parut très croyable, mais on n'y eut pas égard. Le général Paoli, à la tète d'une députation corse, a été reçu avec enthousiasme : il accompagne aujourd'hui M. de la Fayette pour passer la revue d'une partie de

rarmée parisienne au Champ de Mars. (Papiers R. Lindet.)

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