XC. — A R. Lindet. 2^ mai
[Il rend compte de ce que le peuple de Paris s*empare du droit de justice, en pendant hier trois malheureux voleurs. Le
(i) Voir le discours de Mirabeau a!né, sur cette question du droit de paix et de guerre. Séance du 22 mai. Moniteur, réimpression, IV, 4^8.
lyo CORRESPONDANCE DE THOMAS LINDET
peuple est furieux contre le Châtelet, qui aura bien de la peine à arriver sans encombre au bout de sa carrière. Flattés d'abord de leur érection provisoire en cour nationale, les magistrats du Châtelet perdirent la tète quand ils comprirent les vues de l'Assemblée nationale relativement à la régénération totale de l'ordre judiciaire. Ils sont tombés dans un discrédit inquiétant.]
Il est bien malheureux qu'on ne puisse établir assez promptement un ordre de choses qui prévienne tous les mouvements populaires. Quelques insensés donnent aux Tuileries des scènes inquiétantes , soit en refusant de porter la cocarde tricolore, soit en la foulant aux pieds. Un coupable de ce dernier délit fut sauvé hier, à grand'peine, par la garde nationale, qui le conduisit au district; le peuple fit ce qu'il put pour l'enlever, et il aurait été hissé sur-le-champ au premier arbre ou plongé dans un bassin.
Les discussions sur l'ordre judiciaire n'ont rien de satisfaisant. On désespère de rien faire de bien sur cette matière : il règne une espèce de découragement.
Je crains que les habitants de Vernon ne vous donnent de l'inquiétude : c'est demain que tout votre département sera en mouvement, je désire que vos assemblées primaires suivent exactement le plan que vous avez tracé. (Papiers R. Lindet.)