C. — A R. Lindet. Paris^ le 18 juin
Mon frère, hier matin, la séance fut employée à fixer le traitement des curés et des vicaires (2); mais Tanniver-
(i) Lyre, aujourd'hui La Neuve-Lyre, arrondissement d'Evreux. — GoupiUières, arrondissement de Bernay (Eure), (a) Séances du 17 Juinau matin, Moniteur, IV, 6$i', au soir, i^., IV, 659.
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saire de la fondation de la liberté française ne pouvait être célébré par des événements plus importants que ceux dont il fut rendu compte dans la séance du soir prolongée jusqu'à près d'une heure après minuit.
Ceux qui ont signé, en qualité de président et commissaires, les adresses des séditieux catholiques de Nîmes et d'Uzés sont mandés à la barre et privés de l'exercice des droits des citoyens actifs jusqu'à ce qu'ils aient obéi (i). Le roi sera supplié de donner des ordres pour qu'il soit informé par le présidial de Nîmes, sur le fait des violences commises dans cette ville. Le parti de l'opposition employa tous les moyens ordinaires pour empêcher ce décret. Ces braves champions furent singulièrement déconcertés quand on fit le récit de l'aventure du vicomte de Mirabeau, et la lecture de l'adresse de la municipalité de Perpignan (2).
Plusieurs pamphlets se débitaient dans lesquels on célébrait ce voyageur; mais on n'avait pas prévu que son jeu pourrait devenir aussi sérieux. Un courrier expédié le 13, de Perpignan, arriva hier au soir chargé d'une dépêche de la municipalité de Perpignan qui apprend que M. le vicomte de Mirabeau a violé les droits de l'hospitalité qui lui a été accordée par le maire de cette ville. Le régiment de Touraine déposa les drapeaux et la caisse chez le maire, M. d'Aguylar, en exigeant qu'il en répondît personnellement, ce que fit cet officier estimé et aimé. Sur la réquisition des officiers municipaux, M. de Mirabeau fut obligé de sortir de la ville à 5 heures du matin. Sur les 10 heures, les soldats vinrent demander leurs drapeaux : le maire fut interdit et les soldats indignés en trouvant les drapeaux dénaturés et les cravates enlevées. Le maire courut le plus grand danger ; il s'excusa sur ce qu'il croyait avoir logé un honnête hommme. Le régi-
(i) Voir décret du 7 juin 1790 sur les mesures à prendre par suite des délibérations des soi-disant catholiques de Ntmes et d*Uzès. (a) Cette lettre est rapportée m extenso dans le Moniteur^ IV, 661.
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ment de Vermandoîs se joignit à celui de Touraine... Ils conduisirent le maire dans la citadelle, et l'y enfermèrent ; ces deux régiments ont quitté leurs logements dans la ville. Les officiers municipaux, les officiers de la garde nationale et tout le peuple ont inutilement redemandé le maire, que les soldats se proposaient de retenir jusqu'à ce qu'on ait fait justice de leur colonel. La municipalité expédia une lettre circulaire à toutes les municipalités, pour les requérir d'arrêter M. de Mirabeau. Le courrier expédié vers l'Assemblée nationale était chargé d'en distribuer sur la route. En passant par Castelnaudary, il aperçut M. de Mirabeau : il présenta sa lettre aux officiers municipaux, et désigna le député voyageur, qui fut à l'instant arrêté. En fouillant la malle, on a trouvé les cravates de son régiment, et on le retient sous bonne et sûre garde, jusqu'à ce qu'on ait reçu des ordres de l'Assemblée nationale.
Quelques-uns des amis du vicomte étaient encore à la séance. M. de Cazalès grinçait des dents et était furieux. Cependant il monta à la tribune, et demanda qu'on rendît la liberté à son compagnon d'armes, qu'on le sommât, au nom de l'honneur, de venir rendre compte de sa conduite. Il s'offrit pour caution. M. de Foucauld s'efforça de persuader que M. de Mirabeau n'avait pas eu l'intention de voler, mais que, se regardant comme premier dépositaire, il s'était emparé du dépôt, de peur qu'il ne fût violé par d'autres. La municipalité de Perpignan enverra incessamment son procès-verbal et ses griefs contre le député prisonnier.
Des lettres particulières disent que M. de Mirabeau descendit d'abord à l'auberge, qu'il y reçut les visites du chapitre, de la noblesse, etc. ; que le lendemain il fit mettre son régiment sous les armes, et l'y laissa pendant six heures sans y aller porter les ordres qu'il avait annoncés.
Le régiment députa six bas officiers pour lui rappeler que le régiment était sous les armes. On ajouta que le
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colonel et quelques officiers, indignés de cette ambassade, tombèrent sur la députation à coups d'épée, et la forcèrent de sauter par les fenêtres. On dit qu'un de ces bas officiers fut blessé mortellement. Bientôt le régiment accourut, et ce fut alors que M. de Mirabeau, escaladant les murs, alla furtivement chercher asile chez le maire.
Un autre courrier, arrivé à 1 1 heures du soir, expédié d'Avignon, apporta une lettre de la municipalité de cette ville, qui annonce que le peuple avignonnais est libre et que, d'une voix unanime, il demande à faire partie intégrante de la France (i). Le lo, les aristocrates de cette ville menaçaient le peuple, ils s'étaient mis sous les armes et s'étaient retranchés derrière des canons. Le peuple s'arma, on fit feu sur lui. Trente citoyens furent tués, les ennemis s'enfuirent lâchement. On en a pris un assez grand nombre, dont quatre ont été exécutés, et les autres envoyés dans la ville d'Orange pour y être en sûreté... On a nommé quatre députés qui se rendront incessamment à l'Assemblée nationale. On a expédié un courrier extraordinaire porteur d'une fort belle lettre qui produit une grande sensation. Le président a été chargé de porter ce matin cette nouvelle au roi. (Papiers R. Lindet.)