CV. — A R. Lindet. Le 27 juin IJ
Mon frère, le patriotisme des habitants de Bernay a été mal reconnu par les habitants des campagnes du district. Il faut bien s'attendre à quelques injustices et à quelques fausses spéculations.
Les décrets relatifs au clergé actuel avancent, le
maximum des curés, abbés, chanoines etc., est fixé à 6,000 livres. Quelle réduction pour M. l'abbé Maury, et pour les abbés qui dépensaient 150,000 livres pour venger le danger qu'avait couru un lièvre !
On a décrété les articles constitutionnels de la marine.
Les honneurs décernés, à la légère, aux vainqueurs de la Bastille ont failli occasionner une brouillerie entre eux et la garde nationale (i). Les vainqueurs de la Bastille sont venus présenter un pompeux arrêté, par lequel ils renoncent aux récompenses qu'ils ont méritées. Cette démarche échauflfa la tète de M. de Menou, qui demanda l'abolition des ordres de Saint-Louis, du Saint- Esprit, etc. La motion ne fut pas accueillie, parce qu'elle venait dans un moment où on se félicitait de se tirer d'un mauvais pas ; elle reparaîtra sous une autre forme et dans un temps plus opportun.
M. d'Ambly a défendu son vieil ami Lautrec avec le ton pathétique des anciens paladins. Les autres défenseurs ont effacé Timpression qu'avait faite le discours simple, énergique de ce franc et loyal chevalier. Lautrec eat mandé, la municipalité de Toulouse approuvée et chargée de continuer l'information (2).
Grégoire Riquet, jadis vicomte Mirabeau est arrivé : il se présentera aujourd'hui à 2 heures. Hier au soir, un soldat du régiment de Touraine a accusé ce colonel : il a été appuyé par un officier municipal, et un officier de la garde nationale de Perpignan. Les discours du soldat et de l'officier de la garde ont fait la plus forte sensation. M. le colonel a un terrible adversaire dans un de ses soldats, député de son régiment. Le maire de Perpignan a été reconduit avec tous les honneurs, aussitôt que le régiment a reçu ses drapeaux.
Les députés d'Avignon ont été reçus : ils ont passé la
(i) Séance du 25 juin. Moniteur, IV, 72).
(2) Séance du 2$ juin. Ibid.^ 718.
barre et parlé au dedans de la salle. Voilà la matière d'une ample délibération.
Les noirs se sont vainement opposés à son admission. Ils étaient désespérés hier au soir : les députés de divers départements se sont présentés à la barre; toutes les adresses étaient dirigées contre eux : les unes leur pardonnaient, les autres les vouaient à l'infamie et à l'exécration. Ils firent des insurrections pour faire taire les orateurs. Les Malouet, les Follevllle, les Faucigny, les Maury, etc., ne purent obtenir la parole et furent forcés d'écouter.
L'assemblée électorale de Nîmes a envoyé son procèsverbal. Ses séances ressemblaient à celles de l'Assemblée nationale qui précédèrent le 14 juillet 1789. Les poufs rouges étaient le signe de la fureur et de la rage dont les porteurs étaient animés : heureusement que les commissaires avaient refusé le lieu qui avait été destiné à l'assemblée électorale par la municipalité. Ce lieu était commandé par une tour, dans laquelle on avait porté d'avance des pierriers, des armes et des munitions. On ne put emporter cette tour, qu'avec des canons, malgré le feu des insurgés, qui furent exterminés. Il paraît qu'il doit y avoir bien des victimes. Les poufs rouges chassés et fugitifs, malgré les proclamations qui leur accordaient le pardon, ont commis des assassinats dans les campagnes. Il est arrivé à Nîmes ce qui doit arriver partout : de nombreux secours des villes et des campagnes voisines sont venus, lorsque la victoire s'était déclarée pour les patriotes.
Une foule de petites affaires occupent le Comité des recherches : deux ou trois assez graves lui font oublier les autres.... [Il s'agit de V affaire de Goupillières, qui n'a point encore reçu de solution au Comité.)
L'indisposition trop manifeste du clergé l'a privé d'une ressource fort commode pour un certain nombre de ses membres. Les titulaires des bénéfices supprimés auront seuls un traitement. Ceux des bénéfices conservés,
CONSTITUANTE (l«' JUILLET 1790) 195
s'ils se retirent, ne sont pas dans le cas d'avoir le même traitement : ils sont renvoyés à Tarticle où l'on traitera des fonctionnaires publics, c'est-à-dire qu'ils sont forcés de tenir bon. Votre ville désire- t-elle deux paroisses ou n'en veut-elle qu'une?... Quelque chose que l'on fasse pour les habitants de Bernay, ils ne seront pas dédommagés de leur exclusion de l'assemblée du département. Cependant il est à souhaiter que les habitants des campagnes ne fassent pas valoir les mêmes prétentions : au reste, je suis persuadé qu'on ne sera pas longtemps sans reconnaître que les villes seront seules les gardiennes de la liberté publique. (Papiers R. Lindet.)