Cf. p. 38, n
DAUMAUT ' A IlÉUALLl".
Monsieur,
Je crains que M' de Voltaire n'exécute une sorte de vangeancc dont j'ai voulu le détourner par toutes sortes de moyens : c'est de publier contre M"" le Chevalier do Rohan une lettre sous mon nom pour le deshonorer et pour l'intimider s'il pouvoit l'être davantage ^ J'ose,
(a) Arsenal, iof)'|8, p. 290, '< p. in-Zj". En haut ù gauche, en apostille : a joindre au docier de Voltaire, et au-dessous : Releg:ué; à droite, et d'une main différente : M. Rossignol, 11. May 172G. Pas de suscription. — Ravaisson, Arch. de la B., XII, i35.
I. C'est probablement un fils du « Nicéphore Simphorieu Daumard escuyer, capitaine du chasteau de Rueil » dont la femme avait, comme marraine, signé au baptême de François Arouet; Nicéphore était lils de Nicolas D., greffier criminel du parlement de Paris, et frère de Marie-Marguerite, mère de notre poète. Le Daumart de 1726 et Voltaire étaient donc cousins germains. Daumart eut lui-même un fils, né en 174' • qui f'J' mousquetaire du roi, et par une maladie incurable qui lui survint causa pas mal d'embarras à Voltaire son protecteur. VoltKire ne tenait pas en très haute estime l'intelligence de la famille : « C'est une bien malheureuse créature que ce Daumart, écrit-il du mousquetaire de 1761. Mais son père était encore plus sot que lui, et son grand'père encore plus. le n'ai pas connu le bisaïeul, mais ce devait être un rare homme. » (Mol., 1. 4479- 1 Ceci est écrit à Mme de Fontaine : cela ne sort pas de la famille.
2. On reconnaît là un des procédés de combat qui seront plus tard chers à Voltaire. Dès l'année précédente (1725; il avait publié, sous le nom de Thieriot, une lettre satirique à l'abbé Nadal. (Moland, t. XXII, p. i3.) Que du reste il ait pensé un moment à écrire d'Angleterre quelque pamphlet à l'adresse de Rohan, c'est ce qui n'est pas douteux. Daumart nous rapporte ici. certainement, une conversation i[u'il eut avec son parent. Et d'autre part, dès le lô février, les Nouvelles à la main nous disent quelque chose de très analogue : Voltaire, qu'on croit parti pour l'Angleterre, aurait dit à un de ses amis
Monsieur, vous asseurer que si je pouvois atendre quelque sorte d'honeur en prenant le fait et cause de Voltaire contre le Chevalier de Rohan je ne serois pas assez fol pour en parler, moins encore pour l'écrire ; c'est une justice, Monsieur, que j'espère que vous voudrez bien me rendre en cas que l'on me croye auteur de quelque écrit. J'ai l'honeur d'être avec tout le respect possible, Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Daumart.
A Frênay ^, route dAlençon, ce 7. mai 1726.