‹ Correspondance de Wagner et de LisztChapitre 4 sur 4 · I BR · texte numérisé non relu

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choses que je ne comprends pas; on doit m’en tenir compte en raison de la singulière existence que j’ai eue. X. m’a l’air d'un homme qui éparpille trop ses forces, qui entreprend trop de choses et qui, par suite, perd la puissance d’action si nécessaire à l’homme digne de ce nom. Je ne peux pas voir ce gaspillage de forces sans en souffrir. Mais, d’un autre côté, j'ai grand tort de ne pas accepter tel qu’il est quelqu’un qui a tant d’affection pour moi. Et que de raisons n’ai-je pas pour reconnaître et apprécier l’amitié de X.! Que X. ne me garde donc pas rancune, et qu’il fasse comme il l’entendra; seulement qu’il soit à l’occasion plus exact à m’écrire!

Crois-moi, tout en vivant au milieu de cette foule, je suis terriblement seul à Paris. Toi, au contraire, mon imagination te voit toujours entouré, même à Weimar. Peut-être ne suisje pas dans le vrai. Ce qu’il y a de certain, c'est que dernièrement M rae Street, me racontant la visite qu’elle t’a faite, m’a parlé de toi dans ce sens. Tu avais été très triste, m’écrit-elle, tout en ayant une santé parfaite. Eh bien ! pourquoi aurais-tu été en veine de gaîté juste à ce moment-là? Je me le demande. Pourtant ce détail m’a vivement frappé, et M me W., à qui j'en ai fait part, en a été toute saisie. Tu le vois, tu as en toi quelque chose qui fait que nous te voyons toujours environné d’éclat et de lumière; par suite, nous avons peine à comprendre que tu puisses avoir tes moments de tristesse. Comment expliquer cet accès d’humeur noire? Il me répugne fort d’en chercher la raison dans l'accueil stupide qu'on a fait parfois à tes œuvres. En effet, tu sais mieux que personne, ce me semble, que la cause de cette animosité est, non pas ton œuvre elle-même, mais le faux jour sous lequel tu apparais à la foule. Tu es une figure tellement exceptionnelle, tellement lumineuse que toute illusion devient possible en ta présence; la lumière qui t’entoure est parfois trop forte, surtout pour des yeux allemands. Je crois donc que tu feras bien de t’effacer personnellement autant que possible, et de laisser pendant quelque temps tes œuvres se montrer toutes seules sans t’en inquiéter le moins du monde. Tu y gagneras d’abord une chose: tu t’épargneras le contact

du public. Hélas! tout n’est que misère ici-bas, et croismoi, pendant qu’on «cherche à forcer l’entrée du royaume des cieux^, on ne fait que s’enfoncer dans la boue de l’enfer! Non! Le royaume des deux nous vient comme le sommeil! Mais assez de divagations comme cela! Tâchons de nous revoir bientôt; alors nous trouverons bien le moyen de conjurer toute tristesse! Bientôt enfin je t’aurai à moi plus longtemps !

Que Dieu te bénisse, mon Franz! Mets mon long bavardage sur le compte du désir que j’ai de me sentir de nouveau près de toi!

Mille amitiés-de la part de Ton

Weimar, le 21 septembre 1860.

Très cher Richard, je suis toujours sous le charme de ta lettre: en la lisant je crois respirer l’air pur et vivifiant des montagnes. Tu sais les joies qu’il me faut et tu me les donnes sans compter. En ne venant pas à Soden et à Bade, je craignais presque de te voir mal interpréter cette abstention; aussi je suis enchanté que tu me rassures sur ce point. Comme je te l’ai écrit, il m’a été impossible de partir d’ici avant le 16 août (jeudi). Tout cela est passé maintenant, et tu m’as pardonné. Je continue donc. Je n’ai pas besoin de te dire combien je serais fier de ta visite à Weimar, combien cela me retremperait et me rendrait heureux de vivre pendant quelque temps avec toi. Mais il est probable que j’irai te voir prochainement à Paris: je ne puis fixer l’époque de mon voyage avant que la stabilité ait succédé dans mon existence à ces perpétuelles fluctuations, ce qui ne saurait tarder beaucoup! En ce qui concerne ton séjour ici, je m’en tiens à ce que j’ai dit à toi-mème et à d autres. On te doit à Weimar une distinction particulière; il ne s’agit que de te fournir une occasion convenable et satisfaisante de te présenter ici. Il faut dire qu’il est plus qu’aimable à toi de comprendre sous le

nom de Weimar surtout ton ami. Plût à Dieu que cette synonymie (en matière d’art) s’accentuât davantage, que mes conseils fussent suivis et mes vœux légitimes réalisés! Mais on ne peut plus guère l’espérer, et il faut qu’à cet égard comme sous d’autres rapports je montre autant de résignation que de résolution et de fermeté. Du reste, j’approuve de tout point la manière dont tu apprécies «les représentations d’ici, qui en tout cas laissent à désirer »; pourtant on pourrait et l’on devrait faire ici bien des choses surtout pour toi et pour ton œuvre. Cette opinion est enracinée chez moi, tu le comprendras, et je ferai tout mon possible pour la faire triompher. La représentation attendue de «Rienzi» pourra contribuer dans une certaine mesure à amener ce résultat . . .

Hanovre me paraît un terrain bien choisi pour la première représentation de «Tristan». Le roi ne recule devant aucune dépense pour son théâtre, et, si on lui présente la chose sous le point de vue convenable, on peut s’attendre à ce qu’il fasse droit à tes demandes et réponde à tes intentions. Malheureusement j’ai les bras liés dans cette circonstance, car je dois à l’influence particulière de quelques-uns de mes « amis » d’être complètement ruiné dans l’esprit de Sa Majesté; je ne puis rien faire contre la défaveur dont je suis l’objet que de la supporter tranquillement et avec résignation, tant que le roi ne daignera pas revenir à d’autres sentiments plus justes. Mais par bonheur ïîiemann t’est dévoué corps et âme; voix de poitrine et voix de tête, il est tout à toi. Il mettra certainement tout en œuvre pour faire voir les feux de la rampe à «Tristan».

Berlin et Vienne pourraient bien, dans l’état de choses actuel, hésiter encore un peu; quant au reste de l’Allemagne, qui est uni en tout ce qui est négatif ) il voudra sans doute attendre bien posément que le chameau marche, pour chercher ensuite dans des in-folio comment il convient de le décrire et de V apprécier ! O pourriture! ô vilenie! ton nom est . . . l’art actuel.

A Wiesbade, à Francfort, à Darmstadt, ailleurs, partout on attendait Wagner, tout le monde voulait le voir diriger ou

au moins suivre comme spectateur le « Tannhæuser », le «Lohengrin», etc. On lui aurait certainement prodigué toutes les marques d’enthousiasme imaginables. Mais quand doit paraître une œuvre comme «Tristan», où dès le premier coup d’œil jeté sur la partition on 11 e peut s’empêcher de s’écrier: «C’est toute une révélation, c’est merveilleux, c’est sublime», alors tous ces imbéciles se cachent et rentrent sous terre!

Je me suis permis de faire usage du passage de ta lettre où tu parles de l’empressement et de la prévenance que tu trouves, d’après les ordres de l’empereur, chez le personnel et chez la direction de l’Opéra de Paris. Dans le prochain numéro du journal de Brendel tu pourras lire, à l’article «Correspondance», quelques lignes sur ce chapitre. Naturellement il a fallu s’accommoder un peu, à trop juste titre, hélas! aux louables habitudes de notre pays. Puisque j’ai nommé Brendel, j’ai une prière à t’adresser: c’est de faire publier en Allemagne, en même temps qne l’édition française paraîtra à Paris, la préface que tu ajoutes à la traduction française de tes drames; tu enverrais dans ce but, soit à Brendel, soit à un autre éditeur, ton original , que tu as probablement écrit en allemand. Cette préface sera traduite dans tous les cas, si tu 11 e prends pas les devants en publiant l’original, ce qui empêcherait de travestir tes idées et de dénaturer tes paroles (au point de vue du style pour le moins . Si par hasard tu n’en avais pas de brouillon en allemand, ma prière n’aurait plus de raison d’être, et ce serait trop te demander que de vouloir t’imposer une seconde fois ce travail

Ainsi te voilà content de la traduction du «Tannhæuser». J’en suis enchanté, car je t’avoue que ce n’est pas une tâche facile, à mes yeux, de franciser tes œuvres comme tu Ventends . Je suis très curieux de voir comment tu as remanié la scène de Vénus et le ballet. Si c’est chose faite et que la copie soit terminée, tu pourrais peut-être me prêter pour quelques jours l’esquisse des nouveaux changements. Mais j’espère que ma visite devancera cet envoi et le rendra par là-même inutile.

En vérité, cher Richard, nous sommes faits pour être

réunis, et il faudra que nous le soyons finalement. Reçois mes sincères remercîments pour ta bonne lettre, qui clans ces jours de tristesse m’a donné une pure et noble joie. Tu as notamment deviné et vu comme par intuition l’attitude toute passive que je garderai dorénavant en ce qui concerne l’accueil fait à mes œuvres et leur diffusion, attitude que d’autres n’ont pas trop bien comprise. Ah! quel bonheur d’être dispensé d’expliquer et d’interpréter certaines choses!

Que Dieu te bénisse, très cher Richard! Tâche de conserver la santé, le courage, et de rester debout! A toi

F. Liszt.

J’écrirai aujourd’hui même à X. et lui donnerai de tes nouvelles.

Paris, le 24 novembre 1860.

3, rue d’Aumale.

Très cher Franz, pardonne-moi de t’écrire quelques lignes seulement. Voilà quatre semaines que je suis malade très sérieusement, et je ne me remets que petit à petit. Ma faiblesse est encore extrême.

J'ai une instante prière à t’adresser. Imagine-toi qu’en ce moment je ne possède pas un seul exemplaire du poème de Y «Anneau du Nïbelung ». Je veux le publier et ne sais pas où prendre l’exemplaire qui doit servir à rimprimeur. Je me rappelle que jadis j’ai envoyé à Weimar un grand nombre d’exemplaires de cet ouvrage; il y en avait une telle abondance qu’on pouvait acheter le livre même chez les bouquinistes (à ce que m'a raconté Dræseke, si je ne me trompe). Bois donc assez bon pour tâcher de m’en trouver un, simplement pour me tirer de peine, et envoie-le-moi le plus tôt possible! Dans le cas où les détenteurs actuels de mon poème ne pourraient pas se résoudre facilement à se dessaisir de l’exemplaire qu’ils ont entre les mains, malgré l’extrême embarras de l’auteur, je m’engagerais à restituer cet exemplaire

quand la réimpression sera terminée. Il serait donc juste que même l’admirateur le plus fanatique de mon œuvre me fît un sacrifice momentané.

Ah! Dieu! Je me mets tout en eau, je 11 e peux plus écrire !

Viens à Paris selon ta promesse, viens m'apporter le bonheur ! A toi

Très cher Richard, je t’ai cherché et. trouvé un exemplaire de tes «Nibelungen». M. le conseiller du gouvernement Millier a été assez aimable pour me confier le sien. Le livre a été expédié hier à Paris par le courtier de la légation française d’ici (en même temps que le livre nouvellement paru de Franz Millier, «Wagner et le Drame musical»). Tu auras à prendre ce petit paquet chez M. Lerée, chef de bureau des départs, au ministère des affaires étrangères. Il n’est pas d’usage que le ministère fasse remettre les envois privés à leurs destinataires; par conséquent, il faudra que tu prennes la peine d’aller toi-même chez M. Lerée, ou que tu lui adresses quelques lignes.

J’ai gardé le lit pendant toute une semaine, en même temps que toi. Il y a des états d’âme où il vaut mieux pour nous autres être malades que de continuer sans interruption à supporter les fatigues et les tracas de chaque jour!

Quand paraîtra l’édition française de tes trois poèmes d’opéra? Quel est l’éditeur qui se charge de lancer dans le monde les «Nibelungen» ? T’es-tu arrangé avec Schott relativement à la publication de la partition de P «Or du Rhin* et de la «Walkyrie»? Renseigne-moi sur ces trois points.

La première représentation de «Rienzi» est annoncée ici pour le second jour des fêtes de Noël. J’en ai conduit plusieurs répétitions et me suis engagé à donner mon concours pour les autres; quant à diriger la repésentation elle-même, je m’y suis refusé catégoriquement. Dans les conditions où

se trouve notre théâtre, cette représentation sera brillante et remplira entièrement l’attente de D. en ce qui concerne la question de recette. Le chef ‘ d’orchestre Stœr, qui dirige aussi tes trois autres opéras depuis que j’ai résigné définitivement mes fonctions au théâtre, en fera autant pour «Rienzi». Notre personnel est plein d’ardeur et d’enthousiasme.

A titre de nouvelle insignifiante je te dirai que Millier, de Dresde (maison Meser) publiera prochainement deux transcriptions faites par moi, celle du « Chant .des Fileuses » («Vaisseau fantôme») et celle de «Santo Cavalière» («Rienzi»).

Je ne te parlerai de ma visite à Paris que lorsque je pourrai t’en indiquer l’époque exacte. Ce moment ne tardera pas à venir! A toi

Weimar, le 2 décembre 1860. F. L.

Paris, le 15 décembre 1860.

Très cher Franz, mes forces sont très lentes à revenir; ce qui rend mon rétablissement si difficile et même impossible pour le moment, ce sont les efforts extraordinaires et l’agitation fiévreuse auxquels je me condamne, au risque de compromettre ma santé qui se remet à peine. Ma seule préoccupation est de me mettre à même d’assister aux répétitions quotidiennes de mon opéra; pour cela je me ménage extrêmement, et je m’interdis toute autre occupation, même la moins sérieuse. Les épreuves de l’«Or du Rhin», de cet opéra que les Schott aimeraient tant publier pour Noël, sont depuis sept semaines sur ma table sans que je puisse les corriger. Tu peux en conclure dans quel état je me trouve; aussi tu voudras bien m’excuser de tout ce qui pourrait te choquer dans ma manière d’être.

De même tu me pardonneras de ne te remercier qu’aujourd’hui de m’avoir envoyé l’exemplaire de mes «Nibelungen», dont M. Muller a bien voulu se dessaisir. Mon Dieu, je voulais bien aussi régler cette publication; c’est même pour

cela que je t’ai tant pressé. Maintenant que j’ai l’exemplaire, je n’ai pas encore pu y jeter un coup d’œil. Il m’a été également impossible de t’envoyer plus tôt le livre que tu m’as demandé: tout ce qui s’appelle commission me fait peur; de plus, on est horriblement mal servi par les libraires parisiens. L'original de ma lettre à Villot (en allemand) t’a probablement déjà passé sous les yeux. A propos de toute cette affaire je n ai pas encore pu écrire une ligne à mon éditeur de Leipzig.

J ai encore à orchestrer d’un bout à l’autre pour le «Tannhæuser» la grande scène nouvelle de Vénus et la musique du ballet de la montagne de Vénus!! Je me* demande comment cela pourra être fini à temps à moins d’un miracle ! !

Ah! si tu venais enfin à Paris!

Mais n insistons pas! Je ne puis t’en dire plus long sur rien, premièrement parce que je suis trop peu au courant de ce qui se passe, et en second lieu parce qu’il faut absolument que je termine ces lignes!

Adieu! Mille amitiés de la part de Ton

3, rue d’Aumale.

Mon illustre ami, je ne veux pas chercher à expliquer aujourd’hui comment il se fait que nous restions l’un à côté de l autre pendant des semaines et des mois, lorsque je sens si bien que nous sommes unis de la manière la plus intime et que nous ne sommes, pour ainsi dire, qu’un esprit en deux corps. Tu as sans doute appris quelle douloureuse circonstance m’a empêché d’aller te voir à Paris à la fin de février. Dieu merci, mes appréhensions sont un peu diminuées à l’heure qu il est ... , et je compte arriver prochainement à Paris, entre le 7 et le 9 mai. Mais il ne faut pas en parler, car jusqu’ici mes projets de voyage ont été si souvent contrariés que je suis devenu légèrement superstitieux!

Je voudrais, avec ta permission, appuyer la proposition que

t’a faite Brendel relativement à la représentation du deuxième acte de «Tristan» au congrès des musiciens (7 août). Schnorr et sa femme ont promis leur concours; quant aux autres rôles, ils pourront être tenus d’une manière convenable. Naturellement il ne faudrait pas que, par suite de cette représentation fragmentaire, les autres projets que tu avais formés antérieurement pour cet ouvrage fussent dérangés ou entravés le moins du monde. Du reste, tu dois supposer que je connais assez la situation pour tenir compte à l’avance des objections que tu pourrais faire. Sois assez bon pour me dire simplement quelles sont tes intentions à cet égard. Si tu ne nous envoies pas promener et que par hasard tu accueilles favorablement notre demande, on fera les démarches nécessaires. Écris-moi, si tu peux, par retour du courrier, parce que je ne serai ici que jusqu’au 29 de ce mois. A toi

Weimar, le 18 avril 1861. F. Liszt.

Je te remercie mille fois, très cher Richard, de tes lignes si affectueuses. Puissent les destins ennemis qui nous ont séparés, être bientôt conjurés pour toujours!

Personne ne comprend mieux que moi qu’une représentation fragmentaire de «Tristan» doive te paraître un non-sens. Je te sais gré de répondre à ma proposition en y mettant tant de formes, et de tenir compte de la situation et des circonstances qui paralysent mes moyens d’action. Tu ne saurais croire combien je souffre de ne pouvoir faire pour ta gloire, pour ton intérêt présent et futur, rien qui soit digne de toi! Mais depuis plusieurs années toutes les démarches et tous les efforts que j’ai faits dans ce but sont restés stériles! Autrement il y a longtemps que non seulement «Tristan», mais encore P «Anneau du Nibelung» seraient là et feraient merveilles.

On m’a fait entendre ici et même affirmé à différentes reprises qu’il fallait employer tous les moyens pour lancer tes

œuvres et surtout pour faire représenter les «Nibelungen» et «Tristan». De mon côté, j’ai dit nettement (par écrit et de vive voix) ce qu’il y aurait à faire pour cela, c’est-à-dire qu’on devrait t’appeler ici dans le but de mettre en scène et de diriger la représentation de ces œuvres conformément à tes instructions et à tes désirs. Mais la question des frais a toujours été l’écueil contre lequel ce plan est venu échouer. . .

Je t’épargne les détails de cette affaire, dont l’avortement est, entre nous soit dit, la cause principale qui me détermine à me retirer tout à fait du théâtre d’ici.

Je suis bien heureux d’apprendre que «Tristan» sera joué en septembre à Carlsruhe. Honneur et merci au grand-duc de Bade! S’il est plein de bienveillance et de bonté pour toi, en revanche tu acquitteras glorieusement ta dette de reconnaissance.

Ce que je deviendrai dans le courant de cette année est le secret de l’avenir. Avant tout je te verrai à Paris.

Weimar, le 25 avril 1861. A toi

F. Liszt.

Ta réponse, si tu m’écris, ne me trouvera plus ici.

Paris, le 15 juin 1861.

Très cher Franz, il y a quelques jours on m’a apporté pour Tausig une dépêche de Leipzig, dans laquelle on l’invitait à donner son adresse. Aujourd’hui m’arrive une lettre pour lui, accompagnée d’une autre pour moi, dans laquelle on me demande des renseignements sur Tausig et sur l’endroit qu’il habite. Je regarde comme inutile de donner les renseignements demandés, car je dois admettre ou bien que Tausig a déjà vu à Leipzig l’auteur de la dépêche et des lettres, ou bien qu’il lui a déjà donné de ses nouvelles. Je te prierai donc simplement d’instruire notre jeune ami de ces détails et de lui faire remettre la lettre qui lui est adressée, et dont je ne sais que faire.

Wagner et Liszt, Correspondance. II.

Au reste, très cher Franz, je n’ai à te mander, en ce qui me concerne, ni un événement quelconque, ni un projet, ni une espérance, car ma situation n’a pas changé d’un iota.

Adieu! Si cela t’est possible, envoie-moi bientôt de tes nouvelles; j’ai besoin d’apprendre que tu vas bien.

Cordialement à toi R. W.

3, rue d’Aumale.

Très cher Richard, j’apprends par une lettre de ma fille, M me Ollivier, qu’au milieu de cette semaine ta femme ira à Soden et qu’à la fin du mois tu comptes venir à Weimar.

Ta présence dans cette ville, que je vais quitter après y avoir fait un trop long séjour, sera pour moi comme un rayon de soleil qui embellit tout; encore une fois, je te le demande en grâce, ne me refuse pas cette joie. Le 15 août, je compte quitter Weimar pour assez longtemps; j’ai déjà pris les dispositions nécessaires pour mon départ.

Il est bien entendu que tu demeureras chez moi, à l’Altenburg, qui compte déjà H. et T. au nombre de ses hôtes. J’ai annoncé ta visite au grand-duc, et j’espère que tu auras tout lieu d’être satisfait de tes rapports avec lui.

Où en est la translation de ton domicile à Carlsruhe? Ton affaire pécuniaire a-t-elle été réglée à Paris t et comment? Quelques mots là-dessus, je te prie.

Je ne sais rien de positif quant à moi-même, sinon que je quitte Weimar. Naturellement on a fait mainte objection à mon départ, mais sans réussir à modifier ma résolution. D’ici au commencement d’août je prendrai une décision au sujet de ma résidence future (en tout cas ce ne sera pas une grande ville, puisque j’ai besoin avant tout de me reposer en travaillant). Bref, ce dilemme-ci résume toute ma situation: ou bien mon mariage se fera, et cela bientôt, ou bien il ne se fera pas. Dans le premier cas l’Allemagne et en particulier Weimar seront encore possibles pour moi; sinon, non.

Pour le moment je suis très tracassé par toutes sortes de questions d’affaires; aussi tu voudras bien excuser, très cher Richard, la brièveté de cette lettre. Accorde-moi bientôt la grande joie que me procurera ta visite.

Ton fidèle et dévoué

Weimar, le 7 juillet 1861. F. Liszt.

P.-S. Ma fille m’écrit qu’elle arrivera ici avec Ollivier, le 3 août. L’exécution de la symphonie celle de «Faust» aura lieu le 6 août.

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