MEMOIRE DE TAVANES
POUR PORTER AU ROI (1 ) [Octobre 15(J3.]
Dira que j'ay receu les lettres pour faire joyr ceulx de l'esglise, lesquelles je ne fauldray mectre à exécution, qui sera, à mon advis, avec peu de peine, parce que personne ne s'en est venu plaindre.
Que,suyvantrexpédicion que a apporté Monsieur de Vantoux, je Tay envoyé à Mascon, auquel lieu il a lycencié les bandes qui y estoyent et retins seuUement ce qu'il en fault pour les lieux ordonnés, suyvant Testai qu'il m'a apporté.
Que soudein que ledict sieur de Vantoux et le sieur de Dion (2) furent arrivés audict Mascon, feirent cryer à son de trompe que tous ceulx de la Religion qui vouldroyent rentrer vinssent, pour les
(1) Ce Mi^moire avait été sans doute conflé à son agent Pélissier allant à la cour. Voir la lettre suivante.
(2) I.e b iron de Moulperroux, de l'ancienne maison de Dyo, possesseur du fief de Moulperroux, près Douibou-Lancy (Saôue-el-Loire). V. les lettres m, li3, 125.
faire jouyr du bénéfice de la paix, vivre paisiblemant en leurs maisons, et ce pour autant qu'il en y avoit encoires une bonne partye dehors ; lesquelz se treuvant bien fort opigniastres feirent responce comme l'on pourra veoir par le double procès verbal qu'il portte, en ayant donné autant aus commissaires qui sont par deçà, pour quant ilz yront là, y pourveoir.
Il y en a heu une partye de ceulx qui auparavant estoyent rentrez, qui sont ressortiz, encoires qu'ilz véquissent à leur volunté, pour s'aller joindre avec les aultres, et n'y a homme d'entre eulx qui veuille rentrer sinon avec ung nombre d'hommes, qu'ilz dient estre leurs serviteurs, enchores qu'ilz ne soient domiciliiez ny abituez, chose conttre l'édit et qui ne peult apporter sinon ung grand tumulte, et font présumer qui y peult avoir quelque chose qui ne vault guiùres, attendu les offres que l'on leur a faictes et les honnestes que leur a lins ledict sieur de Dyo, auquel ilz ont tousjours usé de parolles fort superbes pour l'attirer à quelque extrémité, affiu d'avoir occasion de se plaindre ; de quoy, comme gentilhomme sage il s'est fort bien gardé, ny de se montrer parssial à l'endroit des deuz parties, chose qu'il saura tousjours bien contignuer pour le servisse du Roy et bien publiq.
Hz allèguent entre oulx qu'il est parant de feu Monsieur de La Guiche, lequel est ennemy de leur ville. Toutesfoys, à ce que je puis entendre, cela se faict à la succitacion d'un nommé Pizé, qui est celluy qui alla parler à la Uoine, quant Mascon estoyl assiégé, ce père duquel lieut aultresfoys granddébat
lÔÎ CORRESPONDANCE
contre lecîict feu sieur de La Guiche, lequel, à sce que l'on dit, le bâtit.
J'escrips cette particularité d'autant que je sçay bien qu'ilz ne veullent pas faillir d'aller cryer. L'on pourra estre adverty de tout par lesdicts commissaires, quant ilz auront esté sur les lieux, lesquelz ont jà commencé à establir les presches, mesmes celluyd'Avalonqui estoyt nouveau dans le roolle que Ton a envoyé, le tout par manière de provision, attendant que le Roy en fût adverty.
Ledict lieu d'Avalon est mal commode pour les aultres de ladicte religion, d'autant qu il est à ung bout du bailliage; car les ungs feront dix ou unze lieues pour y aller et ceulx dudict Avallon debmeurent sur leur lieu; et d'en bailler aus aultres un plus grand nombre que ce qui est ordonné, cela ne nous peult apporter qu'un mervilleux trouble parmy ceulx de l'ancienne religion, et semble que les choses ordonnées doibvent demeurer en leur entier, mesmes l'esdit.
Lesdicts commissaires n'ont peu remuer ledict presche d'Avalon pour esgaler les chemins, d'autant que leur pouvoir ne s'estend pas jusque là.
Il n'y a encores point de presches en ce pays que cestuy là, parce que avant la venue desdicts comissaires, ceulx de la nouvelle religion n'en avoient point demandé audict sieur de Tavanes, lequel, s'ilz feussent venuz à lu y les eust pourveu, suyvant les lieux nommez et non aultremant.
Dira que pour ledict Mascon ledict sieur de Tavanes a commandé audit sieur de Dyo se loger en ung petit chasteau qui est au Roy dedans la ville
avec les cent hommes, <|ui lui sont ordonnez, et y ay faict mener toute lartillerye et les [)oul(lres. Ledict chasteau ne se peult forcer sans artillei'ye, et d'autant (]u"il fault qu'elle vienne de dehors, Ion la verra tousjours venir. Et, à ce que a peu entendre ledict sieur de Tavanes, ceulx dudict Mascon ont ceste petite bride là fort à cueur, tant [ceulx] de l'ancienne que de la nouvelle religion, mesmes les princippaulx de la nouvelle, (jui avoient accoustumé de commander en toutes choses au<iict Mascon, sans que l'on congneut ce qu'ilz faisoient. tant pour eslre esloignez de la court que de la court de Parlemant de Paris.
Que ceste ville là est de telle importance sur la rivière et frontière de la Conté, Suisses, Genesve, Bresse et Lyon, qu'il est très nécessaire d*y faire, avveque le temps, une citadelle.
Remonstrera qui n'est venu ny trésorier ni assignacion pour payer le petit estât qu'a apporté ledict Vantoux, et que à la (in qui n'y pourvuyra tout ne peult aller que mal pour la police du peuple; car de ce faire tenir comme ung sot sans faire service, r n'y a celluy qui ne craigne bien cela; les soldatzn'y demeureront pas sans argent. Par «juoy ledict sieur de Tavanes supplie très humblement le lloy qui soyt faict une ordonnance en ce pays pour tel temps (ju'il plaira à Sa ^lajeslé les entretenir, sans que l'on soyt en peyne d'aller tous les moys à la solllcitacion, car la despence monte prescjue autant que le princippal.
bibl. Nat. — Fond» français. — M». -iCiGO, f. 14, — Minul».
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