AU ROI
Dijon, 26 scptombro lo67.
Sire, depuis mes lettres escriptesj'ay esté adverty que de toutes les villes sortent gens, mesmes sortirent ycr de Beaulne en plain jour devant tout le monde environ six vingtz hommes armez tout à descouvert de corceletz, arquebuses, pistolletz et toutes aultres armes, entre lesquelz il y avoit trente bons chevaulx, et sortit (juant à eulx le lieutenant de bailly nommé Massot. J'ay de tous les coustezadvertissemant que tous sortent en campaigne depuis hier et ne puis descouvrir encoyres le chemyn qu'ilz veullent tenir. Tout ce que je puis est de dépescher par toutes les villes do frontières et places fortes pour me tenir sur mes gardes, cl faiie [)i'(ndre les armes à ceulx de l'ancienne religion pour la garde d'icelles. Il m'est malaisé promplemant assambler des gentilhommes, mesmes (jue chascun est empesché pour soy. Voslre Majesté pourvoyra si hiy plaict à nous faiic avoir des forces el de. Targenl, et à ce qu'elle scet estre nécessaire Je dépesche le sieur de Vantoux à (Ihfdon et Mascon, duquel Mascon mandcrés, sy vous Iplaîl], au sieur de la (luielie d(* ne désanq)ai'er. Je donneray ordre à ce que je pourray du costé de de(;a. Il n'y a (pie trente soldalz en la citadelle de Cliàleii ipii est trop peu des troys partz, V(Mi (pTi'lli^ iin[)()rle tant el le grand nomlu'e d'arlillerye {\m y est.
212 COnnESPONDANCE
De sortir en la canipaigne pour cmpeschcr leurs forces, c'est chose qui m'est impossible. 11 en demeurera beaucoup de ladicte religion tant de vaus ofissiers que aultres dedans les villes qui nous tiendront en grand soupson. Il plaira à Vostredicte Majesté mander comme Ton s'y gouvernera. Je feray le moings mal qu'il me sera possible tant aux champs que aux villes, attendant vostre commandement et le retour de ce porteur qui vous dira le surplus et que j'ay dépesché en dilligence. Enchères que ceulx de ladicte relligion soient moins, sy esse que levant les premiers leurs troupes ilz auront les bons soldatz. Car là où le soldat trouve à gaigner, il n'est plus question de religion. Vostre Majesté scet que je n'ay nulles forces et que les premiers qui frappent font telz coups qu'il est malaisé à réparer. Par quoy est nécessaire que Vostre Majesté y pense pour son estât, et y promptemant remédier. Et me suffit de donner ordre aux villes de frontière, car il est nécessaire de remédier dans le plat pays, comme à Aucerre et aultres villes qui sont sur les rivières, qui fournissent Paris. En la pluspart des places fortes ont esté cassez plusieurs morte-payes, et ce peu quy y est n'est point payé. Je doubtc fortd'Avalon qui est ung lieu fort aisé à fortiffier. A Semeur qui est un g chasteau, où il y avoit des mortes payes, à Tallant et Saulx le Duc, n'y a persomie, et n'y a plus que les cappitayncs qui ne résident point; elles sont fort bonnes pour ce temps et seroyent malaisées à reprendre; sera bon d'y remectre quelques-ungs. Vient à noter qu'il y a infmiz chasleaux de gentilhommes qui sont forlz, qui serviroyent pour ceulx
qui vouldroyent tenir la campaigne mesmes en yver ; lesquelz chasteaux pourroyent tumber es mains de ceulx de ladicte religion, soit par surprinse, d'aultant qu'en la pluspart ne se tient que quelque consierge, ou bien du gré de ceulx à quy y sont; et seroyt ung préjudice tel que l'on peult penser pour commander aux villageoys et plat pays, rompre les chemins, les marchez, affamer les villes; par quoy, si l'on le treuve bon. fauldroyt faire une ordonnance là dessus. Durant les troubles en fut faict une dont j'envoye le double. Syre, il plaira à Vostre Majesté ordonner diligemmant là dessus, car il est plus que nécessaire pour vostre service.
Bibl. Nal. — Fonds français. Ms. 4635, f. -20. — Minute.