‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 147 sur 226 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

Dijon, î9 septembre 1567.

Sire, suivant ce que je vous ay escript par de Sirey, ceulx de la nouvelle religion qui ont prins les irmes sortirent de tous les endroilz de sce gouveraemant la nuit de jeusdy dernier, et cheminarent lotte la nuit et tout le jour par divers endroilz droit ï Tanlley (1), maison de Monsieur d'Andellot, à sce :}ue l'on m'a adverty ; des susditz endroitz ilz peuvani estre de sis à sept ccntz, sans y comprandre l'Auxois et l'Auxerrois ; auquel lieu de Tanllay et aus environs y avoit jà grant trouppe de gens tant de piet que de cheval, et la plus grant part de cheval î'estant montlré de longue mein, puisse que Vostre Majesté a esté adverlio, et y en arrivoit de toutles parz : de les empescher de sorltir oinssy à l'inipro-

(1) Tanlay (Yonne), à 9 kil. de Tonnerre.

visto, c'est chose inpossihle, car ilz sont à xx lieues dellà et joings ensamble premier que Ton en sceust estre adverly ; et pour les en guarder, falloit souz les précédenlz addvertissemantz qu'il vous eust plu commander. J'eusse bien faict partir quelques gens après eulx, mais estant en doubto du chemin qu'ilz tenoyent, je fuz contrainct envoyer en dilligensse par toutes les places fortes. Les ungs tiennent qu'ilz vont droict à Vallery (1), les aultres dient qu'ilz vont là où est Yostre Majesté, et ont faict semer ung bruict parmy ceulx de l'ancienne religion qu'ilz vont pour réformer tant de subcides qui sont gectez sur le peuple, le tout pour les attirer à leur dévotion, et court à ceste heure parmy le pouvre peuple, les plus ignorans de ladicte ancienne religion. Vostre Majesté scet combien cela est mauvais et dangereux. Je mectray peyne d'amortir ce bruict le plus qu'il me sera possible. Hz font leur compte d'estre plus de quarante mil; mais s'ilz sont tous aussi gens de guerre que ceulx qui sont partiz de ce pays, ilz ne sont pas fort à craindre. Et se vantent davantage d'avoir six mil reistres par lavoye du conte palatin. Qu'ilz n'ayent des Allemantz, cela n'est pas à négliger, car j'ay entendu qu'il a passé près Goiffy (2) ces jours passez huict hommes à cheval chargez d'argent, davantage que depuis six jours ont passé à Saulieu douze AUomans en bon équippage, portans tous des pistolletz, qui alloient devers Tanlay.

(1) Vallery (Yonne;, ;i \\) kil. de Sens.

(2) Coiiry-le-Haul (Haule-Marne), à 35 kil. de Laugres.

Il est demeuré ung grand nombre de ceulx de ladicte nouvelle religion et les princippaulx tant de voz officiers que aultres. Pour éviter les inconvénienlz et jusque l'on voye que deviendra leur entreprinse, j'ay ordonné que l'on ne les laissast point sortir des villes de frontière, et aussi, si quelquesungs reviennent, que l'on ne les laissast point rentrer.

Je suis tousjours attendant la responce par ledict de Cirey de ce qu'il plaira à Vostre Majesté ordonner pour ce pays, où il n'y a forces ny argent, et noz villes en Testât que je vous ay mandé par cydevant. Nous avons employé ce qu'il vous avoitpleu ordonner à commancer à revestir ung boullevert en ceste ville etungauUre en la citadelle de Chàlon,où il se trouvera que l'argent a esté fort bien mesnagé; mais il fault bien mectre la main ailleurs, car s'il nous survenoit ung alïaire, estans les places ainsi qu'elles sont, il en y a où l'on seroyt fort bien empesclié. Je supplie très humblemant à Vosire Majesté considérer le tout el m'en commander sa vol un té.

J^es dessusdicts qui sont partiz ont mené beaucoup déjeunes garsons île quatorze à dix sept ans et des villageoys et ont faict semer ung bruict que je les vouloys faire tuer pour les faire pai'lir de leurs maisons, occasion que je n'ay pas envoyé après oulx sur la queue; car l'on en oust bien peu atlrapper quelques-ungs de ceulx qui ne peuvent chemyner, et ce affin de les garder d'user de faulces excuses, car il ne se trouvera pas qu'ilz ayent eu une cbiquenaulde en ce pays mesmes pour le faict de la religion, où

218 COHRESPONDANCE

ilz ont esté fort Lien maintenuz en toute seurté. Voilà la belle occasion de prendre les armes (1).

Sire, depuis mes lettres escriptes, j'ay recouvert ung double de certains articles, dont il y en a plusieurs telz semez parmy ceulx de la nouvelle religion (2).

Sire, etc.

De Dijon, ce xxix» septembre 1567.

Bibl. Nat. — Fonds français. — Ms. 4G3:i, f. iCi. — Miiuito.

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