AU ROI
Saint Dizicr, 3 décembre 1567.
Sire, j'ay entendu que Monsieur de Nevers vous a escrit que, par faute d'artillerie et de munitions, il ne s'est arresté à Mascon pour l'assiéger. Quand je partis de Bourgogne, j'avois laissé à Chaalons dix pièces de batterie bien remontées et pour tirer trois mille coups de canon, et cent chevaux d'artillerie, un bon nombre de canonniers, deux gen-
tilshommes que j'avois establis pour commissaires, et des pionniers , enseml)le force batleaux pour conduire ladite artillerie, et ne puis penser comment cela s'est passé. Vostre Majesté commendera, s'il luy plaist, au sieur de Yentoux qu'il luy fasse entendre la vérité. Je suis bien marry, puisqu'il ne vous a plu que je sois auprès de vous, que vous ne m'avez laissé là durant le temps quejen'ay de guères servy ailleurs, à mon grand regret. Je vous en ay bien voulu faire ce mot, afin que Vostre Majesté entende la vérité, et que rien ne m'en soit imputé. J'estime que ledit de Venteux vous en rendra bonne raison. Au demeurant, Sire, ^Monsieur d'Aumale vous escrit bien amplement comment tout se passe par deçà, qui me garde vous en mander davantage.
Sire, je prie Dieu vous donner on santé très bonne et très Ionique vie.
De S. Dizier, ce 3 décembre 1567.
Itnpriiiui <l,ins VJIistoiic de Chtîlon-sur-Siiâne, par Porrv (ChÂlon , 16a9), p. oH, et tlann les Mémoiics du duc de Nevers (Paris, IGGo), l, II, p. S79.
IGL AT 15 Ol Vordun, -2 (ItVtMiihrc t;>r»T.
Sire, ^lonsieur de Cessac estant personnage toi et si suffizant que vous le cognoissez s'en va fort l)ion instruict de ce (jui est passé par deçà, comme aussy de ce qu'il nous semble pour ce qui se présente pour les alTairesde Vostre Majoslé,oii'la dilli-
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gencc, comme elle peut cognoistre, est merveilleusement requise. Et pour ce que ledict sieur de Cessac vous discourera bien amplement le tout, il ne me reste à vous dire sinon que je trouve ceste petite trouppe autant délibérée que point que j'en aye jamais veue. De ma part ma vye et ce que j'ay en ce monde n'y seront point espargnez. Au demeurant, Sire, si vostre armée deiïend la rivière de Marne comme nous estimons estre raisonnable et que nos enemys preigncnt le bout pour chercher passage, il fault nécessairement qu'ils passent près de la Bourgongne où il est plus que nécessaire pourveoir de bonne heure. Car la pluspart des villes que vous estimez fortes ne le sont qu'à demy, facilles à achever et partant très difficilles à reprandre; s'ilz s'en estoient saisy de quelques-unes lesquelles leur sont fort duisantes tant pour estre près de l'Allemagne que pour affamer Lyon et commander à la rivière de Loyre, ils en pourroient prandre de telles que vostre duché seroit en grand hazard. Il n'y a point demeuré de gens à cheval, et ny avoit, quant j'en partis, que seize cens hommes nouveaux pour tout desquels une partye est à présent remise à Mascon. Encores que j'estime que Monsieur de Vantoux vous l'aye peu faire entendre, estant ce faict de telle importance, je n'ay voullu faillir à en advertir Vostre Majesté. Ayant aussi entendu que voz ennemys ont délibéré de prandre et tenir en vostre royaulme en plus d'endroits qu'ils pourront pour remectre sur leurs églis "^ affin d'en tirer le plus d'argent qu'il leur sera possible, il est vray que ceste Bourgongne leur est le plus commode à cause de l'Allemagne.
Vostre Majesté s'il luy plaist y pourvoiera. Sire, je prye à Dieu vous donner en santé très bonne et
longue vye.
De Verdun, ce xxii° décembre 1567.
Dibl. impériale do Ru3>ic. — Mss. IVaiitais, n* 98, 3, f. 102. — Oïlginal.