‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 161 sur 226 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

Dijon, 27 avril io68.

Sire, j'ay receu voz lettres avec aultres lettres adressantes aux bandes qui debvoient faire leurs monstres à Vertu (1), pour faire avancer et reserrer les reystres, lesquelz avec leurs trouppes de lansquenetz sont, il y a plus de huict jours, en l'Auxoys, qui n'est que à dix lieues d'icy, ouz sont arrivés les sieurs Amyral et Andellot, chose qui me fait tenir en seureté (?) pour n'avoir nulles forces, fors les cinq compaignies, qui sont pour Mascon et C.hàlon, duquel lieu l'on ne les peult bouger, à cause de ceulx de la religion qui sont rentrez; mcsmes que dimanche dernier, il advint une grande sédition audict Mascon entre cimiIx des deux religions, cpii fut assouppie par le moyen desdictes compaignies. Et partant ne me reste nulles forces pour la garde

(1) Vcrlns (Marno), cluf liiMi de rantou, à iS kil. de Châlous.

C('lt«' l«'ilr(! «'L l;i siiivaiilt! rr|>(>nd«Mil aux iii^lrurlioud qui lui avttitiil ('[i\ envoyées par le roi (Ma. kù2i, f. 45. 63), par le duc (rAnjou (M-^. Af.Si, f. 1i9 13i), ci par Calheriue de MôdicLj(Ms. 15545, l. 178), pour i»ressor le diipuil dus reilres.

(le ceste ville iiy de toutes les aiiltres places, sinon quelques gentilhommes du pays, que je suis après à séparer çà et là pour commander au peuple, et m'estoys réservé pour commander à cellui de ceste ville, chose comme Vostre Majesté scet estre plus que nécessaire ; et néanlmoinf:rs je suis bien prest à commander à ceulx que Vostre Majesté estime être à Vertu; où il n'y a personne, comme je Tay entendu par troys gentilhommes de la compaignie de Monsieur d'Aumalle, arryvez à ce soij qui ont passé par là, venans sur des cortaulx de leurs monstres qui s'estoyent faictes, le jour de Pasques, à Vailly (?) (1) près Soissons. Ma compaignie fit aussi sa monstre en ce cousté-là, et plusieurs aultres qui soudain après se sont desbandez, suyvant l'ordonnance qui a esté publiée de se retirer promptemant en leurs maisons. Par quoy de renvoyer à Vertu d'icy, ce seroit foulye, puisqu'il n'y a personne. S'il plaict à Vostre Majesté commander de rassembler desdictes forces et bandes, chose que toutesfoys j'estime très malaisée (ayans la plus part de long temps fait leur monstre par trouppes avecque leurs capitaines à Paris, et que sce peu qui sce sont treuvez audict monstre n'ont receuz argent), je feray ce qu'il plaira à Vostre Majesté me commander, selon les forces qu'elle m'ordonnera tant de gens de pied que de cheval. Cependant si ma compaignie vient, j'en ramasseray ce que je pourray de ceulx qui sont de sce pais, pour essayer de faire

(l) Vailly (Aisne), cbef-licu de caulon, à 20 kil. de Soissons.

reserrer ces gens là le moings mal qu'il sera possible. Je crains que nous ne facions plus de mal que de bien, d'aultant qu'ilz bruUent les villages, quant l'on tue quelcun des leurs, comme j'en ay jà faict l'expérience. Et encoyres que les bandes que vous pensiés estre à Vertu y eussent esté, avant que de renvoyer là la lectre pour les faire marcher en (;à, il y va ung si grand temps que ce pays se trouvera du tout en ruyne, qui s'en va estre le plus désolé que point que vous ayés en vostre royaulme, et ne voy pas qu'il y ayt moyen, sauf toutesfoys meilleur advis, que de leur bailler argent le plus soudain que l'on pourra pour s'en aller, ou bien faire revenir les aultres reystres, pourveu que le duc de Saxe aile de bon pied pour les combattre avec ce qui se pourra ramasser par vostre commandement. De ma part ma peyne ny tout ce que je puis ne sera point espargnée en tout ce qu'il plaira à Vostre Majesté ordonner, et pour aultant que Vertuz est beaucoup plus prez de Paris que d'issy, ouz il y a cinquante lieues. Sy de fortugnc, pour guangnor temps, Vostre Majesté avoit mandé au sieur de Paran ou Aucliy maistre de camp qui, (juant je parly, debvoyentconduyre toutes les trouppes ensemble jusques audict Vertu, qu'elles les tinssent encoyres ensemble, ou les rassembler après la monstre, il l'auldroyt (ju'elles marchassent droict à Kssoye ou Autricourt (I), laissant la rivière de Seyne à main droicUî pour, s'il estoit besoing, de là s'aller rejecter dedans l ihastillon

(t) Kssovt's (Anl)<'\ à 1<' Uil. ilc Bar-sur-Seino. — AulricDVirl r.ôlod'Or), ù ai kil. de CliûUUou.

ÎÎ-IO CORRESPONDANCR

OU aultres villes que l'on adviseroyt. !Mais tout ce pays-là est mangé, de sorte que je crains qu'en faisant peu de service Ton ruynast lesdicts gendarmes et le susdict pays du tout. Toutesfoys si vous envoyés les susdictes forces et il vous plaict me mander le lieu où ilz se rendront, je les yray trouver, car il n'en y a point à Vertu, comme dict est. Et pour vous dire la vérité, de cuyder chastoiller ces gens là, qui n'aura des forces à bon essient pour leur en prester une, c'est tousjours pour gaster tout et pour faire bruller tout ungpays. Aux maisons où le peuple s'en fuyt, où ilz ne ti^euvent rien, ilz y mettent le feu, chose qui les a si fort espouventé qu'ilz n'osent fuyr leurs biens, principallemant les vivres tant de gens que de chevaulx. Il m'est malaisé aussi de recouvrer des gentilhommes du pays, parce que chacun court à sa maison; et suis contrainct de tenir fort près ces places fortes, où il n'y a point de guerre, à cause de ceulx de la religion qui y sont rentrez.

Sire, j'attendray le commandement de Vostre Majesté pour y très humblemant obéir.

De Dijon, ce x.wiie apvril 15G8.

Bibl. Nul. — Fonds français. — Ms. 4G3o, f. 32. — Minule.

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