A LA REINE-MERE
Dijon, 27 avril 1568.
Madame, à co que je voy, vous estes mal advertye de voz trouppes de gendarmes, car il n'en y a point
à Verlu, et les enseignes qui estoient aux champs debmeurées devers Soisson, atendant la monstre où il n'y avoit presque personne pour avoir faict les cappitaines leurs monstres à Paris et la pluspart des soldatz, ainsi que le pourrez entendre par Monseigneur qui en a fait dépescher plusieurs. Les mareschaux de France en ont aussy dépesché infinis; davantage leur a esté publié, au partir de la monstre, ugne ordonnansse de sce retirer chacung chés soy ; laquelle a aussy esté publiée par dessa. Vous verres ce que j'escrips au Roy ; je seray tousjours prestà exécuter ce qu'il me sera mandé, mais qu'il y ayt de quoy. Il me souvient bien de l'entreprinse contenue en vostre lettre : il faudroit que cela se fist sur le bord de la Lorreine pour garder de brusler vostre pays, et ce par lesca[)pitaines des places qui sont sur la frontière, ausquelz pour cest elTect faudroit envoyer toutes voz forces de gens de pied. Je voy bien, quoyqu'il en soit, que vous n'avez pas moyen de leur faire grant mal et ([ue le plus court c'est de treuver argent pour les en envoyer, affmde après donner ordre à voz alTaires, et de dire qui vous estes, atandant en grant dévossion de les veoir hors du royaulme. Vous savez bien sce ([uo vous a mandé Seint-Germeiu, (juant ilz n'ont voullu recebvoir les cent mille livres, (pii ne partiroiont de sce pays qu'ilz ne fussent i>ayez, chose toutle résollue. (Juant à sce que debmandez commant les choses sec porltent tMi sce guovernement, sce (jue dessus vous le peult tesmoigner, et pour ne vous rien cacher, tout csclame et crie conltre la paix, contre le lloy et contlre vous. Sce pais (lui est de frontière,
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^2A2 COnnESPONDANCE
où il y a ç!^en<> du teste et de servelle veult estre trelté ung [)eii plus doulcement, inesmes que vous n'en avez point qui soit debmeuré tant en son entier en vostre obéissance aus aultres troubles et à ceulx yssy. Et est nécessaire sce fçuarder de retorner souvant à telles rudesses pour la conservassion de vostre estât. Perssonne n'est payé aus places forttes, mesmes de ceulx de l'ordinaire et mortte paie, en qui ^ist toute laseurté, et est un^^ grant kas que vostre susdit estât repose sur gens mangez de poulz et qui meurent de fein dans lesdittes places : l'on leur doit quatre ans. Et fault que je vous die davantage que sans les amys que j'ay, vous y auriez bientost beaucoup de gens mal afectiognez, estans pratiqués partout à tour de bras; mais j'espère qu'à la Un tout yra à vostre contantemaut, comme je le vous feray plus amplemant entendre, ces reistres passez; ausquelz, s'il vous plaict, ferez promptemant envoyer argent, car quelque belle entreprinse que l'on vous conseille sy tart par delà, c'est le meilleur moyen pour les en envoyer, qui ne sera jamais si tost que cedict pays ne se sente de ceste ruygne d'icy à vingt ans.
Madame, je prie Nostre Seigneur, etc.
A Dijon, ce xxvii» apvril 1508.
Quant il y aura des forces pour exécuter quelque chose, je seray tousjours prest, vous suppliant ne me faire partir en chevaulx-légers mal acompagnez pour ne faire rien (}ui vaille. Ma présence sert de beaulcoup ycy, ayant les ennemys à la porte, tant de places à garder sans nulle force et les huguenaulz
rentrez dans les villes : j'obéiray à ce que Voz Majestez commanderont.
Bibl. Nat, — Fonds français. — Ma. 4635, f. 68. — Minute.