Al i;ol
Dijon , 5 juillet l'>68.
Sire, j'ay receu voz lettres contenant (}u'il y a plusieurs gens eu campaigne tant en ce [>ays cjue aux environs. Vostre iMajesté a [)our ce coup estoe mal advortie, car la [)lusparl, depuis la sortie (pi'ilz
lircnl pendant la maladie de la Roync, sont rentrez dans les villes, et ceulx (]ui sont demeurez dehors sa et là dans les bourguades et aux champs, et n'en ay point veu ensemble qui mérite vous donner aulcung alarme. Hz font leurs presches, remuemens et négociacions aultant ou plus qu'ilz firent jamais, et en abusent fort les gentilzhommes, ainsy que je Tay escript à Monsieur le prince de Condey en luy envoyant voz lettres pour les cinquante mil frans. Je vous envoyé sa responce et le double de ce que je luy avoye escript, comme aussy ung double de lettre que j'ay escripte aux principaulx gentilzhommes de l'Auxois ses voisins , lesquelz ont demandé temps pour me faire responce. J'estime que c'est pour aller au conseil. Il a oultre cela dict au gentilhomme que je luy avoye envoyé qu'il fault que les catliolicques désarment aussy bien que ceulx de sa religion ; aullrement ce ne sera suivre l'eedict, mais tant s'en fault que de leur part ilz Tayent suivy, qu'ilz n'ont laissé les armes, sinon celles que Ton leur a faict laisser en entrant dans lesdictes villes; car allans par les champs et à leurs presches, ilz les portent tout à descouvert. Je dis cesy, affin s'ilz s'en pleignent que vous leur puissiez faire entendre qu'il fault qu'ilz désarment les premiers. Il est vray que quelque désarmement qu'il y ayt, de désarmer les villes de Bourgongne qui est frontière, et les laisser en proye aux anciens ennemys, cela est hors du per, mesmes qu'elles ne l'ont jamais esté durant les aultres troubles. Malaisément aux aultres petites villes fera l'on désarmer ceulx de ladicte ancienne religion, pour en avoir sy lourdement estez chastiez.
Vostredicte Majesté poisera ce faict en considérant comment vous avez esté hobéy à l'aultre foys pour lesdictes armes.
Au demeurant, Sire, mon homme ne treuva Monsieur d'Andelot en sa maison, lequel estoit parti, à ce que l'on luy dist, pour aller en BretaiL,nie. Il trouva bien monsieur l'admirai et cardinal de Chaslillon à Maligny mecredy dernier qui aloient passer àTanlay et de là arriver vers mondict sieur le prince le jeudy.
Sire, s'en allant le chevaucheur que m'avez envoyé devers monsieur des Paulx, il m'a semblé vous debvoir envoyer celuy icy à cause desdictes cinquante mil livres, qui semble, sauf meilleur advis, debvoir estre portez par la banque. Toutesfoys, sy Vostredicte Majesté résoult de les faire porter avec l'escorte, tousjours manderay-je à Monsieur de Prie de bailler une partie de sa bande et quelque des gens de pied (jui sont là pour les conduire, et pour ce que le chemin à travers la Bourgongne est ung peuscabreulx, semble que ce seroit le meilleur de les conduire droict à Sainct-Disier. Le cappitaine Riolas les conduiroit depuis là juscpies à Tlioul ou à Metz, et ceulx dudict Metz ou Marsault à Strausbourg; mais il fauUlroit (jue monsieur le IMnce baillast une douzeine des siens pour ayder à ladicte escorte avec leur trésorier, pour conter l't [)orter ledict argent, aflin de n'entrer point en dispute sur les expesses. Sy Vostredicte ^lajesté treuve cest expédiant bon, elle pourra envoyer viM's ledict sieur de Prie pour gangner temps, car il y a vingt cinij lieues d'icy à Tanlay, et dudict Taulay, il n'y en a (juc vingt jus-
ques à Saiut-Disicr. Vostredicle Majesté en conimendera sa volunlé pour eslre très humblement hobéye. Monsieur de Berbczieux pourroit aussy bien faire cela que ledict sieur de Prie, d'aultant qui traverse la Cliampaigne.
Sire, je prie à Nostre Seigneur vous donner en santé très bonne et longue vie.
De Arc-sur-Thine près Dijon, ce ve jour de juillet ISfiS.
Quant aux espions que ledict sieur prince dict qu'il a en ses mains, je ne sçay qui les y a envoyé. L'on m'a dict que ce sont quelque povre bélitre fort ignorant.
Vostre très humble et très hobéissant subject et
serviteur,
TAVANES
^ Bibl. Nat. — Fouds français. — Ms. lo5l7, f. 13. — Miuulo.