AT liOI (1) Mars lo
Sire, par commandement exprès deVostre Majesté, j'ay veu et visité les villes et aultres lieux de conséquence qui sont en cinq bailliages du gouvernement de Bourgongne, délaissant le surplus à la charge du sieur de Missery auquel avés adressé semblable commission; et me suis essaye satisfaire à vostre intention avec toute la fidélité et diligence qu'on pourroit désirer en un bien alTectionné subjet de ceste coronne, n'ayant rien obmis de tous les articles contenus en vos lettres.
Et premièrement en la ville de Dijon, capitale du pais, j'ay fait venir devant moy aucuns des principaux habitans que cognoissois estre mieux zélés et affectionnés au service de Yostre ^lajesté, à la conservation du repos public, puis les Maire et eschevins, après eux vos officiers establis pour rendre la justice et ceux commis au maniement de vos finances, comme aussi aucuns ecclésiastiques de meilleure vie et de ceux ayant degré ej, autorité en leurs églises; auquels et à chacun d'eux en particulier ay
(1) Charles IX. Guillaurac de S.iulx était alors en Bourgogne « lieutenant de Sa Majestt^ en Tabsence de M. le duc de Mayenne et du comte de Charny. Après s'(5trc employé sincèrement à la visite des villes cl bourgs de son pouvornciucut, il fut à la cour faire son rapl)<)rt ati Uoi et à l'asseniblr-e (de Saint-Germain-en-Laye). » (Mémoires (le Gnillnumc de Tnvnnc^, liv. il.) Il a inséré dans ses Mémoires UD résumé de la pièce importante qui suit, sous la forme d'un discours au Roi.
fait entendre que Yostre ^Injesté avoit tel soin de maintenir entre tous ses subjetz l'union et concorde avec un repos et tranquilité bien assurée; qu'elle désiroit estre instruite par la voix d'un cliacun, de quelqu'estat et condition qu'il fut, s'il y avoit rien en l'administration de la justice, au maniement des finances, es charges et fonctions publiques et autres choses nécessaires à Tentretenement de la société commune de leur ville, de leur famille et maison, qui pût altérer l'ordre establi par la police de voz édicts et changer ou troubler aucunement la tranquiUté publique.
Me suis en outre informé doucement et secrètement des déportemens et actions d'un chacun; si les factions passées n'avoient rien délaissé d'inimitié et contention en aucuns subjetz mal affectionnés; si entre eux, mesmes entre les gentilshommes voisins, estoient restées aucunes quereles pour quelque cause que ce fût (|ui fussent de consécjuence; s'il n'y avoit aucunes secrètes mutineries, partialités, mauvaises intelligences, et de tous ces points ou d'îuicuns d'iceux ay fait soigneuse recherche d'un chacun, selon que cognoissois qu'il en estoit mi(uix instruit, ou que sans déguisement et avec lil)erté j'espérois en tirer la vérité.
^l'informant des magistrats polili(iues et d'aucuns notables personages et bourgeois de la ville si la justice estoit bien sincèrement administrée par ceux auquel/ l'avez commise, s'ils usent point contre vos ordonnances de longeurs et demeures qui soyent préjudiciables aux parties , s'ils sont subjetz à faveurs, concussions et corruptions, ainsi me suis
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ciiquis aux ungs des charges des autres, puis en général de ce qui regardoit le crime de ce qui touclioit les services institués à l'honneur et louange de Dieu; s'ils esloient continués ou non, ce que l'on pouvoit désirer en la vie aux meurs des ecclésiastiques, et particulièrement me suis instruit d'eux s'ilz estoient point troublés en la jouissance de leurs bénéfices, ne délaissant rien qui peut aparteniràce que désiriés sçavoir dont ne me suis informé et en les oiant que n'ay adjouté foy des remontrances selon que cognoissois estre nécessaire pour le bien de vostre service, m'aidant à cest effet d'anciens mémoires et instructions qui me furent délaissés par feu Monsieur le Mareschal mon père lors de son décès, et de la cognoissance de plusieurs notables et bien affectionnés personages desquelz il se servoit pour estre instruit et fidellement adverti de tout ce qui se faisoit en chacune ville et en chacun lieu du gouvernement de Bourgongne.
Je n'ay trouvé en eux sinon une cordiale dévotion et sincère obéissance avec laquelle ilz sont, vous rccognoissent pour leur prince naturel, vous honorent et révèrent comme l'image du Dieu vivant, louent et aprenent grandement vostre bonté et le soin que vous avés estre instruit et adverti de ce qui les offence ou peut pervertir l'ordre establi et nécessaire pour vivre en tranquilité. Ce qui leur fait espérer que voluntiers recevrés les plaintes et doléances qu'ilz ont jette entre mes mains avec assurance, si elles viennent jusque à vos oreilles, que leur mal sera du tout guéri, du moins de beaucoup allégé et amoindri.
Aucuns des ecclésiastiques se plaignent du trouble et empeschement qui leur est fait en la jouissance de leurs bénéfices. Pour ce regard les évesques ou leurs vicaires ont dressé procès verbaux qui contiennent les troubles particuliers, la qualité des bénéfices et des bénéficiers auquelz l'empeschement est fait en la perception de leurs revenus. Le peuple se plaint que pour raison de ladicto non jouissance les services acoustumés d'estre faits ne sont du tout continués; que la vie et les meurs des ecclésiastiques n'est remplie de sainteté et religion pour servir d'exemple, mais plutost sont adonnés à tous vices; qu'entr'eux se commet et exerce publiquement un trafiq et commerce des bénéfices comme si avec la corruption des meurs telle marchandise estoit apreuvée et rendue licite.
Avec mesme regret ils se plaignent de ce qu'ilz voyent la place des magistratz et de tous ceux qui tiennent les charges publiques estre occupée par ceux qui ont plus de pouvoir et moiens pour les bien achepter et non par ceux qui ont plus de bonne volunté, suffisance et capacité pour les bien et fidellement exercer, lesquelz debvroient estre recerchés et tirés de leurs maisons pour estre emploies au service du public. Adjoutent davantage que le grand nombre desdicts officiers retourne à la foule et oppression du peuple, en ce que la justice leur est phis chèrement vendue et que par le moien de ce ({ue lesdicts officiers sont exempts des tailles, subsides et autres charges publiques, le rest(^ du juMqilo en est d'autant surchargé. Et ce dernier mal (]u'ilz reçoivent par la charge des subsides, impositions,
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cnpruntz est celui, comme ils tUent, qui les blesse plus fort et (ju'à l'occasion desdites charges ilz sont réduit/ cil si grande pauvreté qu'il ne leur reste sinon l'esprit miséraljle et soufrcteux, combien qu'ilz aient resenti une stérilité continuelle de plusieurs années, qu'ilz n'aient rien à suffisance de ce qui est nécessaire à la commodité de la vie, que le nombre de ceux qui sont exempts desdictes tailles et impotz soit plus grand (ju'il ne fut oncques, à cause de la multitude des officiers et autres privilèges; néantmoins que les charges croissent et augmentent tous les jours si grandes et inusitées qu'ilz croient Vostre Majesté n'en estre advertie; que leur ville desjcà pour les charges du passé et qu'il a fallu supor- . ter à l'occasion des troubles est beaucoup endebtée, et ne leur reste moyen pour se dégager, si par la diminution des char^jes ordinaires et extraordinaires qu'ilz suportent ilz n'ont (juelque loisir de respirer. Hz se plaignent encore de la grande vexation qu'ilz reçoivent par le passage et séjour (jue les compagnies de gens de pié et de cheval font es villages et lieux circonvoisins, lesquels n'estant paies de leur solde vivent sans rien paier et à discrétion pillent et rançonnent les pauvres villages, exercent sur eux comme s'ilz estoyent ennemis tous actes d'hostilité; et ne s'en osent plaindre, comme ilz dient, par crainte que le feu mis en leurs maisons par la vengeance du soldat ou gendarme courroucé de leur plainte ne leur oste ce que par le pillage et rançonnement ilz n'auroient peu emporter.
Auquelz, pour apaiser aucunement leurs plaintes, j'ay fait entendre que la corruption des meurs qui
estoit en la justice, le défaut de piété et sainteté qu'ilz reprenoient justement es ecclésiastiques provenoitplutostde Tinjui'e et misère des siècles passés que par vostro connivence et dissimulation ; que n'aviez jamais tant désiré sinon que ces deux fermes colonnes et appuitz de ceste coronne, la piété et la justice, fussent maintenues en leur entier; qu ilz se pouvoient bien assurer le commancement du repos desjà ])ien establi soubz vostre estât debvoir corriger et déraciner ce qui péchoit en cest endroit; que feriez incontinent lever et cesser tous empeschementz mis aux bénéficiers en la jouissance de leurs revenus. Quant aux gendarmes qui courent les champs, qu'il estoit aisé de remédier, pourveu que les gouverneurs du païs ou leurs lieutenants en leur absence en fussent advertis incontinant , ou bien que informations en fussent faites et mises entre leurs mains pour y pourveoir; que c'estoit l'intention de Vostre ^lajesté (pi'iiz fussent exemptz de telles charges et que la violence et injure de ceux qui contreviendroientà vostre volunté fût chastiée avec peines rigoreuses au regard des tailles et impositions ; qu'ilz dohvoient comme bons et loyaux subjelz considérer les charges que vous aviés treuvé venant à la coronne; (pie de[)uis elles estoient accreues et augmentées par le moien des troubles cpii avoient aporté iurniie (lé|)ener ; (jut» n'aviés épaigué aucun soin et diligence non pas mesmes vostre propre patrimoine pour les faire vivre en repos et apaiser toutes tlissentions civiles: ninsi (ju'il estoit raisonable qu'eux qui resentoiriit le [n'olit de ccste tranquililé publique fussent aussi rendus participans
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des charges qui en provcnoicnt ; que de nouveau vostre épargne et autres moyens avoient de beaucoup esté épuisés pour subvenir aux frais du voiage et appareil de vostre frère le Roy de Poloigne; que c'estoit le debvoir de bons et affectionnés subjetz de départir libéralement tout aide à leur prince, duquel ilz recevoient une assurée protection et toute douceur et bon traitement; s'ilz sçavoient bien le désir que vous avez de les soulager et les justes causes qui vous contreignent à tirer secours d'eux , qu'ilz diroient d'une voix rien n'avoir esté fait jusques ici que la nécessité et raison n'aient enseigné de faire; qu'ils doibvent ù l'advenir attendre mieux et s'assurer de tout bon traitement d'un prince si bénin et soii:^neux de leur conservation.
Hz m'ont après adjouté que leurs plaintes estoient très humbles prières de loiaux et affectionnés subjetz, non pas volunté mauvaise de rébellion et conspiration qu'ilz n'heurent jamais, et qu'ilz désiroient seulement Vostre Majesté en estre advertie afin que, cognoissant leur impuissance pauvreté et nécessité, ilz reçoivent de bons secours que l'on peu espérer d'un bon prince.
J'ay fait semblable remontrance aux Maire, eschevins, officiers de la justice et autres principaux habitans de la ville de Bcaune, après m'estre secrètement et doucement informé d'eux en particulier et général et cognu qu'ilz faisoient les mesmes plaintes que ceux de la ville de Dijon, adjoutant davantage qu'ilz voioioiit souventefois ceux qui avoient esté de la nouvelle opinion et qui depuis en avoient fait
abjuration s'assembler et conférer comme en secret les ungs avec les autres; néantmoins, encores qu'ilz fussent fort vigilans et en quelque soupçon de telles conférences, qu'ilz n'avoient rien découvert qui fût contre vostre service et le bien du public; qu'ilz se sentoient bien offencés de ce qu'aucuns d'entr'eux qui avoient abjuré leur nouvelle opinion et fait protestation de vivre en l'obéissance de la relidon catholique et romaine s'en estoient distraitz depuis; mesmes qu'un citoien de leur ville nommé... Virot, dès longtemps suspect d'avoir esté factieux, n'aiant en ce suivi vostre édict de pacification, après avoir fait ladicte abjuration, s'estoit relii'é en la ville de Genève où il faisait à présent sa demeurance ; cpi'ilz craignoient qu'à l'exemple d'iceluy le semblable fût fait par autres d'aussi mauvaise volunté. Et quant aux ecclésiastiques ilz se sont aussi plaints de ce qu'ilz ne jouissoient entièrement de leur revenu, sans toutefois déclarer par le menu et particulièrement le trouble et empêchement qui leur estoit fait, s'en remettant comme ilz disoient aux procèsverbaux qui en ont esté ou seroient dressés par commission de leur évesque.
Du lieu de Beaune me suis transporté en la ville d'Autun, siège d'un évesché et d'un bailliage, où j'ay receu mesmes plaintes, principallement pour les tailles, subsiiles, impositions et passages do gendarmes, nous remontrans que l'impuissance, nécessité et pauvreté les contraignoit supplier Vostre Majesté de les soulager, d'autant qu'ilz estoient en un pais stérile qui ne produisoil rien et qui estoit destitué
de toutes les commodités nécessaires à la vie. Quant au peuple, gentilhonnnes voisins et autres. de quelques qualités et religion qu'ilz fussent, qu'ilz vivoient doucement les uns avec les autres, sans que pour raison de passé ou pour autres rancunes et inimitiés il y eust querele entr'eux qui peu porter préjudice au publiq. Quant aux ecclésiastiques dudict lieu, pour l'absence de l'évesque le grand vicaire d'icelui s'est présenté devant moy assisté d'un nombre de chanoines et autres ayant dignité en l'église catédrale du lieu, lequel s'est exxusé de ce qu'il n'avoit encor dressé procès- verbal contenant par le menu le trouble et empeschement qui seroit fait à un chacun des bénéficiers estant soubz le diocèse dudict évesché d'Autun, suivant mes lettres qu'il avoit dès longtemps receu à cest elTet pour l'exécution de vos commandemens; disant que ladicte demeure estoit advenue à l'occasion du difleremd qui se Lraitoit pour la régale entre l'archevesque de Lion et l'évesque d'Autun, et qu'il ne faudroit, après s'estre diligemment informé de ladicte non jouissance de la continuation ou intermission des services acoustumés estre fait en l'honneur et louange de Dieu, en dresser procès verbal et me l'envoyer pour estre présenté à Vostre Majesté.
Puis me suis acheminé en la ville de Charroles. Avant que d'y arriver, adverti sur le chemin mesmes au bourg de la Tanière que le lieu estoit infesté et gasté par les courses et voleries d'aucuns insignes voleurs, assas?ineurs et boutefeus qui faisoient leur résidence es environs et lieux prochains, comman-
(lai soudain au prévost des maréchaux, auquel je donnai force se saisir d'eux; ce qu'il fit de deux personnages de mauvaise réputation et par la commune voix des habitants du lieu grands voleurs, l'un portant qualité de gentilhomme, l'autre de soldat, enjoignant audict prévost leur faire en toute diligence leur procès, sans user d'aucune connivence à la punition des crimes qui se trouveroient bien vérifiés. Arrivé que fus en la ville de Charroles, avec les mesmes moiens discourus ci-dessus m'informay doucement des actions et déportemens d'un chacun, du maniement de la justice, de rinclinatlon du peuple et autres articles concernans le commandement de Vostre Majesté. Hz continuent aux mesmes plaintes des autres et les accompagnent de très humbles prières qu'ilz désirent estre portées jusques à vos oreilles. Les ecclésiastiques pour la non jouissance d'aucuns de leurs bénéfices se remettent au procès-verbal (]ui sera dressé par le grand vicaire de l'évesque d'Autun.
Cy après me suis transporté en la ville de Mascon où j'ay trouvé les habitans (jui se resentent encore de leurs anciennes calamités et les maux (lu'ilz ont soutfert à l'occasion de la prise de leur ville. M'ont (lii't et lait eiili'ii(li(> [>;ir la bouche d'aucuns plus signalés (it mieux zélés habitans et de leurs magisti'alz si leur calainilé passée (jui se ri'[»résentoit assés devant mes \c\\\ ne i»arloit pour eux et rendoit témoignage de leur [Kuivrelé; ([u'ilz adjouteruicMit le mal qu'il/ reçoivent et oui reeeu par la continuelle stérilité de plusieurs années, la mullipli-
cation des charges ordinaires et extraordinaires qu ilz suportent par les empruntz, tailles et subsides qui les ont du tout ruiné et mis à extrême pauvreté : suplioient Vostre Majesté que leur impuissance seroit d'excuser à Tadvenir pour amoindrir le fardeau qu'ilz ont porté jusques ici et que l'on a tousjours continué à leur faire porter avec charges beaucoup plus pesantes, combien que leurs forces fussent diminuées, afoiblies, et prescjue réduites à rien.
Hz se plaignent aussi, comme en général fait tout le pais, des pilleries et rançonnement des gendarmes. Et particulièrement les ecclésiastiques, outre le procès-verbal que l'évesque a dressé pour le trouble qui est fait à aucuns bénéficiers en la jouissance du revenu de leurs bénéfices se deulent de ce qailz sont empêchés de tirer les revenus qu'ilz ont en gain, à cause de leurs bénéfices au pais de Bresse estant de l'obéissance du duc de Savoie, et qu'on les contraint de le vendre sur le lieu encores qu'ils eussent destiné les grains de leursdicts bénéfices à leur nourriture et entretenement; qui leur vient à grand préjudice, d'autant qu'ilz sont contrains le vendre audict pais de Bresse à fort vil prix et l'achepter chèrement après au païs de Màconnois pour la stérilité, disette et rareté des grains et autres élémcntz nécessaires à la vie. Que néanmoins les gentilhommes ecclésiastiques et autres estans de l'obéissance du duc de Savoye ne sont empêchés de jouir librement et faire conduire comme bon leur semble et où ilz veulent les grains et autres fruitz provenantz du revenu qu'ilz ont au Màconnois.
Au mesme instant j'ay veu et visité la citadelle
dudict lieu, afin de ne rien oublier de ce qui pouvoit apartenir au service de Vostre Majesté; où les capitaines et soldats se sont plaintz bien fort de ce qu'ilz n'estoient payés de leur solde, que pour la cherté et nécessité de toutes choses il leur estoit impossible continuer le service s'ilz n'estoient payés. Aussi le lieutenant de ladicte citadelle m'a fait entendre qu'il estoit heutenant du gouverneur et capitaine de la ville et citadelle ; qu'à cause de sa charge il devoit commander en l'absence du gouverneur : toutefois
qu'un citoien delà ville prétendoitestre pourveu
par lettres de Vostre Majesté du tittre de capitaine pour commander en la ville en l'absence du gouverneur, qu'il vouloit à cause de ladicte charge commander et donner le mot de guet aux sentinelles, rondes et corps de garde qui se font pour la seureté de la ville, ce qui venoit à la diminution de son estât et pouvoit aporter quelque péril pour la mauvaise intelligence qui seroit entre les deux guetz, celui de la citadelle de la ville, à cause qu'ils n'auroient bien souvent un mesme mot. Au contraire voz officiers estabUs audict lieu ceux de la ville disoient avoir tant de confiance en la fidélité de leur capitaine, qu'ilz ne pouvoient souffrir en l'absence du gouverneur le commandement d'autre que de lui pour l'assurance qu'ilz avoyent en se reposant sur lui de la conservation de leur ville; sur quoy je leur ordonnay juscjuesà ce qu'autrement y fût pourveu que pour éviter toutes contentions et le péril qui pourroit advenir à l'occasion d'icelles que les choses fussent conduites comme elles avoyent acouslumé. N'oubliant au surplus à leur faire remontrance
ûOi CORRESPONDANCE
en ^cm'i'al et parliculier sur toutes les duléances qu'ilz in'avoieiit fait.
Clontiiuiant le voyage je me suis transporté en la ville de Tornus, où j'ay receu les mesmes plaintes pour le regard des tailles et impositions et leur ay fait aussi mesmes remontrances que dessus. Puis en la ville de Chàlon où m'estre doucement informé de la justice, des finances, des services institués en l'honneur de Dieu, de la non jouissance des bénéficiers et l'inclination du peuple. Hz m'ont aussi présenté les mesmes plaintes, de ce que la multitude des officiers et bien souvent l'ignorance et peu d'expérience de ceux qui estoient pourveus des offices mettoient la confusion et le désordre à la justice, la rendoient plus chère, subjette aux longeurs et corruption et tous mauvais artifices; que les meurs des ecclésiastiques aportoient un scandale aux gens de bien, occasion d'impiété et de se révolter de l'église aux médians; que les passages des gendarmes mettoient les pauvres villages affligés es infinies calamités au dernier désespoir; que les grandes charges, impositions, tailles, emprunts avoyent presque réduit tout le peuple à mendicité, non seulement les artisans mais aussi ceux qui estoient les plus aisés ou par biens amassés avec leur industrie ou déchéances délaissées parleurs aïeux; que l'on avoit quelques fois esté contraint, f lisant des départements des empruntz, charger tels habitans qui n'avoient moyen d'amasser leur quote en dix ans de leur revenu ou de ce qui provenoit de leur industrie, tant les charges estoient excessives que l'on ne
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pouvoit treuver faire sinon de charger aisés et non aisés; que les clameurs et plaintes estoient inutiles de ceux qui disoient résister par justice à l'excès et immensité de leurs griefs. Les remontrances que je leur ay fait au contraire n'ont empêché qu'ilzne ra'ayent suplié vous présenter leurs très humbles plaintes et doléances.
Les villes de Seurre, d'Auxonne, Saint Jehan de Losne, où depuis me suis transporté, continuent aussi mesmes plaintes pour le regard des tailles et impositions. Dient tous en général qu'ilz suplient Vostre Majesté assembler voz Eslats généraux, qui sont composés de voz subjetz de toute qualité , très enclains et affectionnez à vostre service ; que vous 4)résent et que Dieu a establi pour leur commander en soyez le chef, afin que leur grande affliction et leur mal qui croit tous les jours vous soit cognu, lequel ils pensent vous estre caché, de peur qu'en cognoissant la cause comme prince très débonnaire, juste amateur du bien et repos de vos subjetz, ne leur donniés guérison qu'ilz attendent et ne peuvent espérer, si vous mesmes n'y mettes la main bien avant et ne vous rendes après [garant] de leur bien.
Uihl. Nul. — FoiiJâ français. — Port. Foiilolk- XWIX^, f. 210-211».