‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 198 sur 226 · A MM. nr l»AliLi:Mi:.NT DI- l»lJt).N |i · texte numérisé non relu

A MM. nr l»AliLi:Mi:.NT DI- l»lJt).N |i

Messieurs, j'ay toujours désiré rendre compte de luiilt3S mes actions devant un;;" si honnorablo et

(t) lltMiri tll lli'lli* lollre cl les liois suivante-* oui trait aux avonturus ilo Jeun l'omiiie tfoiivoriieur d*Auiouiie. (Cf. Icd Atémoires de Tavducij un. 1;)jI, lliGU, 157i.)

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renommé sénat que le vôtre, espérant les faire congnoistre si claires et nettes que personne, de quelque qualité qu'il soit, ne pourra avoir prise sur moy ni faire son prol'lit de mon désadvantage. De ce qui sera de mes déportements, m' estant proposé pour le but de tous mes desseings d'avoir le droit et la raison de mon costé, c'est à quoy je veille et occupe mon esprit, ayant esté ainsi enseigné de feu Monsieur le mareschal de Tavanes; les vestiges et préceptes duquel je veux entièrement suivre non seullement aux alTaires particulières, mais à servir mon Roy aux commandements qu'il me donnera, et garder ma patrie de surprises, invasions et tous autres périls et dangers qui se pourroient présenter, et qui, avec ce que JTieu m'a donné de providence, viendront à ma congnoissance; ne voullant pour satisfaire à mon devoir nédl^er aucunc^s advertissements pleins d'apparence etverisimilitude, dont le mépris apporte après soy beaucoup d'inconvéniens, lesquels prévenantz on remporte beaucoup plus de louange que en encourant les elTectz on acquéroit de blâme et vitupère.

C'est pourquoy Sa Majesté, se reposant sur ma fidélité et vigilance de la ville et chasteau d'Auxonne pour les tenir en bonne et seure garde, m'ayant à ceste occasion commis au gouvernement desdites places importantes pour le service de Sadite Majesté et repos de toute la Bourgogne, comme j'estime qu'ung chascun devons. Messieurs, les congnoit non moings que Calais, lîoulogne, Metz, Carmaignolle et autres places de ce royaume faisans frontières d'icelluy, i)our estre les dernières opposées voire

enclavées au conté de Bour^^oc^ne, munies de beaucoup d'artilleries et autres munitions tant de guerre que pour Fentretenement des soldats restans en garnison et de ceux qui à ung besoing seroient appelles pour la seureté d'icelles, je n'ay pu moings pour mon honneur, sur les advertissementz qui m'ont esté donnés de beaucoup de parolles et esfectz tendans à trop de désobéissance, et sur la congnoissance que j'ay de longtemps des mauvais déportementz de Boillaud et Deneret habitans d'Auxonne et le pernicieux desseing que je me suis apperceu depuis mon arrivée en icelle qu'ilz estoient délibérés et tousprestz d'exécuter, de les mettre en lieu où, après les avoir accusés, je peusse rendre compte d'eux à cetix â qui la congnoissance et punition du fait appartient; ce que je pense avoir fait si à propos que si je l'eusse tant soit peu retardé il m'eustesté impossible d'empescher la sédition qu'ilz avoient de longue main pourpensée et conduite jusques à son période; laquelle ilz entreprenoient d'aultant plus hardiment sur Tasseurance qu'ilz ont, encor que l'auctorité m'appartienne, d'estre les plus fortz comme ilz se vantent en leurs commungs langages; s'estans les offectzd'icelle démontrés si clairs, encor que les choses fussent arrestées et en lieu où ilz ne pouvoient nuire, que sans la considération que ceulx de leur faction ont que de leur emprisonnement et le peu de moiens qu'ilz avoient de les en tirer pour estre en lieu seur et bien gardé, aussi que je leur ay fait congnoistro (pie je ne les redoubtois aucunement, ains avois moyen de les ranger à la raison s'ilz se fussent eslevés, je ne failz aucune

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double qu'elle n'eust pris son cours et n'en fût venu un«( scandalle trop préjudiciable au service de Sa ^lajesté et à vous très odieux. Ce qu'ayant préveu il ne se peult dire que je ne Tayc fait avec beaucoup de raison et de justice ; le continuel port des armes la nuit précédente et jour ensuivant, le tirennent d'arquebuses, les bruitz qu'ilz faisoient courir qu'il y avoit des trouppes aux environs de ladite ville et l'advertissement que beaucoup avoient de prendre les armes, outre les assurés rapportz que j'ay de leurs jactances pleines de rébellion et sujettes au

crime de lèze Majesté en donnant très asseuré et fidèle témoignage.

Je remetz à vos jugementz, ^lessieurs, si tant de raisons n'estoient sufisantes pour me résoudre à évi" ter parle moien le plus doux ung inconvénient de telle importance, principallement en ce temps que l'on tient y avoir une armée d'Espaignols, antiens ennemis de ceste couronne et qui couvent en leur cœur un appétit de vengeance de ce que Monsieur frère du Roy occupe es Pays-Bas, prestz à passer à une lieue de moy ; considérant aussi la condition et estât de plusieurs de ce royaume, je croy qu'il n'y aura ung seul de qui n'approuve qu'il vault mieux opprimer les séditions, factions et esmotions populaires à leur naissance que, leur laissant prendre racine, mettre son bonneur et salut publicq enbazard. Et quant j'eusse usé de remèdes plus violents à l'endroit des séditieux, je n'eusse esté le premier qui l'eusse fait soubz de simples soupçons, et pense que l'auctorité que lelloy m'a donnée en ceste dicte ville le permettoit si j'en estois pressé, y représentant

comme je faitz sa personne avec pareil pouvoir que Messieurs les gouverneurs du pais en leur absence. Ceux qui m'ont précédé au gouvernement de ceste dite. ville comme les sieurs de Godefroy, Rouvray, Torpes et de Saulx et au chasteau les sieurs de Bois, Desmoulins, Vergallant, Marville et Pussey ont souvent ayec beaucoup moindres considérations, et sur des sugotz qui n'estoient de telzpoix, mis des liabitans d'icelle en leurs prisons, comme je m'asseure que une bonne partye d'entr'eux l'advoueront s'ilz veuillent dire la vérité. Je n'ay doncq rien innové en prenant lesdilz Boillaud et Deneret, lesquels je n'ay arrestés comme officiers de la ville, mais comme perturbateurs ennemis du repos et tranquilité publique. Que si j'ay mandé venir à moy les maires et eschevins en corps, c'estoit parce que ceux-làestoient du nombre, sçachant bien que si je les eusse mandé séparément, ilz ne fussent comparus à mon mandement, parce qu'ilz sentoient leurs consciences cautliérisées, ainsi que je désirois faire entendre comme je litz audit maire et autres officiers en leur présentant l'occasion qui me mouvoit de les retenir, à ce qu'ilz n'en [)rétendissent cause d'ignorance, cl (pie de leur paît ilz continssent le peuple et empescbassent qu'il n'advint aucune esmolion. Je croy qu'ilz ne seront pour m'en desdire. Je les appellay au cbasteau, parce que si je l'eusse fait dans la ville une sédition cstoit inévitable, comme il m'a esté raporté que leurs partisans se le disoient, .ren advcrlis aussitost Monsieur le Grand (1), limU-iiaiil ^iiiôialpeui'

(1) Lo comte de Cliuruy.

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Sa Majesté en ce pais, comme d'une affaire que j'eslimois debvoir venir à sa congnoissance et n'estre sugette aux formalités de justice, et depuis luy ay envoyé des mémoires sur lesquels de son auctorité il a ordonné estre informé par le lieutenant au siège' de ceste dite ville; dont lors qu'estimèrent estre nécessaire avoir la congnoissance et que verres par efiect les crimes importans dont les prisonniers sont accusés et prévenus.

Je m'asseure que loucrés ce que j'ay fait pour obvier à ung grand mal , et non par vengeance, comme j'ay entendu qu'il vous a esté exposé; car ce n'esta l'endroit de telles gens sur lesquels on a puissance et commandement pour le service du Ptoy que l'on use de revanche , moings encor par animosité, pour estre lesdilz Boillaud et Deneret (îe si bas lieu qu'ilz ne me peuvent en leur particulier aucunement nuire ny aider, s'exerceant ordinairement la vengeance et animosité entre pareilz; et vous supplie croire. Messieurs, que je veux non seullement n'empescher la justice, mais l'assister et fortiffier de tout mon pouvoir, sçachant bien que ceux de ma qualité ont l'espée à la main principallement pour ce premier devoir, vous priant croire que, toute passion mise en arrière, je ii'ay rien devant les yeux que le service du Iloy. Si feu Monsieur le mareschal de Tavanes ne se fût saisy, au commancemant des premiers troubles de ce royaume, de ceux qu'il fit par ung longtemps retenir dans le chasteau de Dijon, il s'en fut sans doubte ensuivy des efforts si pernicieux en ladite ville que la mémoire en seroit encore lamentable. Je croy que

les mandant venir à luy ce fut avec quelque sujet trop esloigné de son intention pour ne les en mettre en soupçon. Ayant suivy ce mesme chemin, il me semble n'avoir point failly et que n'en seray par vous blasmé, ayant tant de congnoissance de vostre sagesse et intégrité en la justice que je m'asseure recevrez mes raisons de bonne part, et n'aurez donné les deux oreilles aux accusations de ceux qui pour avoir gaigné le devant pensent de leur tort en faire le droit.

Aussi croy-je que les bons de ceste ville ne voudront ad vouer ce qui vous pourroit avoir esté dict de moy contre la vérité par un g nommé Lamart, advocat, qui s'est joint avec lesditzBoillaud et Deneret, et contre lequel il y a grand soupçon qu'il soit de la meslée, puisqu'il s'en mesle si avant, oultre ce que ses actions vous sont assez congnues en divers procès es quelz son honneur a balancé et trébuché plusieurs fois, selon que pouvez mieux sçavoir. Je ne veux toutesfois que ces propos me servent d'excuses, mais seuUement pour vous faire congnoistre de quele condition sont mes partyes et accusateurs, désirant respondre sur chascun des pointz qu'ilz ont proposé contre moy pour ne vous laisser les marques et vestiges de la mauvaise impression qui demeure contre ceux qui, a[)rùs avoir été faucement accusés, ne font entendre leurs justiftications; en quoy j'espère, avecTayde de Dieu, vous rendre contentz et satisfaitz, vous suppliant croire, Messieurs, que je ni'essaieray toujours de diriger mes actions de sorte qu'elles ne me puissent rendre indigne de riionneur que j'ay d'estre du corps d'une si honora-

X\0 connESPONDANcr:

ble ot vertueuse compaignie que la vostre, à laquelle j'ay le serment (1).

Je vous envoyé quelques articles des auctoritez vi prééminences qui ont de tout temps appartenu aux gouverneurs deceste dite ville, lesquelles je possède aussi. Encor je vous supplie les vouloir bien considérer, afin que considériés que je n'ay en rien outrepassé les bornes de ma puissance et que j'ay seullement pris deux personnages pour en rendre com[)te au Roi, à vous et à toutes personnes à qui je doihz honneur et respect de leurs actions et maligne entreprise, de laquelle en toutes autres semiblables je prie Dieu vous voulloir exempter et vous donner ses grâces avec oiïre, Messieurs, de perpétuel service et humble obéissance envers vous.

Yostre huiidjle serviteur et collègue à vous obéir,

Le viconte de TAVANES.

Bibl. Nal. — Fonds fiançu.^. — Ms. 17281, f. 54. — Copie.

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