AU DUC DE MAYENNE
[Fin de IM'6.\
Est-il possible, I\[onseigneur, que vous ayant servy avec tant dalTeclion et de preuve d'amitié dont les marques sont si apparentes vous m'abandonniés, ne m'estant rien resté que je n'aye bazardé pour vous? Où sera ceste belle résolution que je vous ay veu
(Ij Jeau lie Tavaucs 6toil chevalier dliocneur au l'arlemeut.
prendre de mourir pour vos amis? tant d'offres de parolles et d'escutz? Souvenés vous de la puissance qu'ont eu vos lettres sur moy, faites quelque chose pour mes prières, affin que nous qui avons fait la guerre pour vous, n'aient fait la paix pour vous seul. C'est vostre propre querelle et non la mienne, car je [ne] me perds que pour vous avoir servy et par ce qu'on reconnoit en moy encores ceste aifection emprainte, et que, quoy que vous me faciès, elle ne s'effacera jamais, tenant ma vye et ma perte bien emploies, puisqu'elle sera sacriffièe pour le service de vous que j'ay tant honoré. Je vous suppliray ceste fois encor par démonstration faire paroistre que ne pouvés endurer que vos amis soient si mal traités, que vous quitterés plus tost tout et viendrés à leur secours, m'asseurant que si vous parlés encor franchement, comme vostre bien et mon mal vous y obligent, je tiens certain que vous ferés tout changer; et si vous estiès sur la paix, ce que je ne croy, je m'asseure que, priant instamment le Roy de vous excuser si ne me pouvés abandonner avec vos serviteurs pour tirer raison de Pluvault et de ceux d'Auxonne et que vous faciès la moindre aparence de force, que le Roy vous accordera que je sois remis. Quehjues ungs, suyvant leurs inclinations selon lesquelles ilz tournent les conseils qu'ilz vous donnent, vous veuillent faire agréer que Rochefortet Pluvault demeurent à Auxonne sur cjuelques promesses qu'ilz veuillent faire. Ce seroit trop de pusillanimité traiter avec ceux qui vous ont tellementoflencôenla guerre et en la paix à la ruyne de vos vrays amis et serviteurs. Ne vous pourroient-ilz pas tromper? Mesmes
ilz ont jà traité avec vos ennemis, et le baron de Lux faisant semblant d'estre amy de Monseigneur vostre frère veult abuser Monsieur le président Jeannin, que Ton m'a dict se rendre autheur de si bonteuse et dangereuse pratique. Que si cela est, mandés le moy si vous en prenés aucune résolution, affin que je vous aille trouver et que me donniés ung coup de dague. Et pour cela on me veult rendre odieux à vous, disant que je veux entreprendre sur Saulx-le-Duc; vous sçavez quelle apparence il y a; car non seullement en ceste place, mais je voudrois mourir pour vous en acquérir d'autres et que l'on ne chercbe vostre ruyne soubz umbre de paciffier tout en Bourgogne à vostre honte et à quelque pris que ce soit.
Je vous envoyé un advis que j'ay donné sur la paix à Monseigneur vostre frère. Pensés que vous ne pouvés plus rien par amitié et faveur, et regardés quelle différence il y a de demeurer en sa maison chef d'un party, appuyé de bons amis tant en France qu'ailleurs, prest à embrasser toutes occasions, au pris d'estre à la cour vous sixiesme préparant vous mesme vostre malheur. Vous ne devés donc rien signer et ne faire paroistre aucun mescontentement, et si vous estes forcé à la paix cependant advertir vos amis et alhés qu'avés esté circonvenu et n'entreprendre rien qui soit contre le service du Roy, comme je m'asseure que n'avés pas délibéré, et ceux qui vous disent que l'on vous ruynera ilz se troml)ent. Vous n'entrés aux villes que bien accompaigné de vos serviteurs et n'y a rien qui vous deust faire signer la paix et aller à la cour, si ce n'estoit qu'eus-
siés des provinces entières que je m'asseure Tonne vous donnera point.
Il est temps de mander maintenant si vous voullés, et ce, non seuUement pour mon procès, mais pour mes estatz qu'on m'a ostés. Monstres doncq que vous vouUés vous servir de moy et que vous m'en sentes digne, et croire que vous n'y serés aucunement trompé, et m'ose vanter que je puis servir de quelque chose en Bourgogne et ailleurs. Faites doncq que je congnoisse vostre affection à ce coup ou jamais, car les prières que vous faites au Roy ne me servent de rien, vous suppliant de vous garder des conseils affectés et de ceux qui ont intelligence avec vos ennemis, qui palient vostre ruyne soubz des espérances vaines sans que le congnoissiés ; prenés le comme venant de vostre serviteur et m'aydés en ceste qualité. Je sçay que si vous voullés vous pouvés par les moiens susdits et pour vostre honneur et pour vostre bien; opposés vous entièrement aux desseings de La Croisette et Pluvault, car quiconque vous conseille de traiter avec eux est un chelme (1). On ne me peult que dire que Pluvault sera malaisé à jetter dehors de là où il est. Je ne suis point prince, mais je ne vous diMuande que vous empeschiés seullement (pie le Uoy ne s'en mcsle, et dans deux mois je vous y feray obéir pour mille raisons et engageray ma vyo là dessus; et ([uant à la faceon de négotier avec le Roy pour ce qui touche la {Ydix et vostre manutention, les choses en sont
(1) Mol allemniul schclm, qui sigiiiiio fripon, fourbe.
3;ii COURESPONDANCI-:
très facilles sans que pour cela vous donniés moyen d'entreprendre sur vous.
Notés que c'est par la permission du Roy que Rochefort et Pluvault traictent avec vous; ne doublés point que si vous tenés bon, que dans deux mois on en viendra à bout par cinquante raisons que je vous diray si me le commandés et sans qu'il soit besoin^ que veniés en Rourgo^me pour cela. Ce pendant que Pluvault a fait ce lâche tour de traictié, et qu'il s'est sauvé dans Auxonne de peur des arquebusades de Dauphiné, ceux de Montélimart luy ont déliait toute sa compaignie entière à la perte de son honneur. Ne vous sera-ce point de honte de laisser entreprendre telz coquins sur vous sans vengeance ? Je ne faudray de vous aller trouver, si vous me le commandés, pour vous descouvrir plus amplement là dessus.
RiM. Nat. — Fonda français. — Ms. 17281, f. 60.