‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 30 sur 226 · AU DUC DE GUISE · texte numérisé non relu

AU DUC DE GUISE

19 avril loo7.

Monseigneur, monsieur le marquis de Montebelle fut hier icy et s'en retourna à Ascoly faire faire les monstres de ses gens. Il m'a teins propos de marcher en avant jusques à la rivyère de Ornano, et qu'il trouveroit moyen que la plus grand part du pays viendroit à nostre dévotion. Je luy ay faict respoiice qu'il n'rstoit bcsoing de se mectrc en ceste pcync, et (pie jà tous estuient vonuz rendre obéissance, mesmes que la ville de Tormo, qui est la principalle du pays, avoit faict le serment entre mes mains. Il m'a dict (]u il ne suflisoyt pas et qu'il lailloit mectre garnison par tout, de peur que les ennemys s'en saisissent, ce (pio à mon advis ilz n'ont garde pour avoir assez allaire ailleurs. Ad ce que j'entendz, il y vouldra mectre les siens en gar-

nison et on a jà dépesché des commissions commeiidaiit absolument. Il peult estre que c'est pour tousjours s'empatronir de tout, et que ayant ce pays en garde ou autrement, ainsi que ses gens en font estât, il vous en soit moings obligé. Parquoy, Monseigneur, il vous plaira me commander comment vous vouliez que je m'y gouverne, mesmes s'il vous plaist que je obéisse ou que je commande; car vous sçavez que pour le service de Sa Majesté, il est besoing que ce soit l'un ou l'autre. Je luy porteray au demeurant tout l'honneur qu'il me sera possible, ainsi qu'il vous a pieu me commander. S'il vous eust pieu faire ung voyaige jusques icy, ainsi que je vous ay escript, il me semble que vous seriez beaucoup plus résolu, ou bien que vous feusse allé trouver pour entendre, avant qu'il face marcher ses gens, à ceste heure que nous povons commander si avant ce qu'il vous plaira qui soit faict. Ceulx de la Montaigne commencent à venyr et en est jà venu ung aujourd'huy.

Monseigneur, j'avoye donné charge au sieur de Buyron de s'enquérir des ennemys; je vous envoyé une Jectre et quehiue petit advertissement qu'il a eu d'ung homme qu'il treuve bien seur. Hz font tousjours bruyt que l'on veult habandonner Attrya, à cause de quelque grosse pièce d'artillerye que l'on a tyré du dedans, (jui est à mon advis pour* en secourir Pesquere, ou pour ce qu'elle ne sert de rien là, pour n'avoir le temps de la loger. 11 est malaisé qu'ilz la veullent abandonner, car Hz y besongnent tousjours, mesmes les soldatz. Il est arrivé à ce seoir ung homme i\m partit de Naples, il y a

aujourd'huy huict jours, et dict qu'ilz estoient partis de Naples avec le duc d'Attria seize estaiidars de cavallerye qui arrivèrent samedy à Cainpobacho (1), et à Salemone estoient leurs lansquenetz; à Petorana, la Roqua de Lorasa et Valescoro les Espaignolz. Le bruyt estoit qu'ilz s'en retournoient en arrière avec ledict duc d'Albe, lequel avoit trouvé les choses de la guerre par deçà fort mal en ordre, et arriva samedy en s'en retournant à Salemone.

Monseigneur, encores que ce soyt une très dangereuse chose que laisser fortiliier ung grand lieu, si est ce que d'en laisser ung derrière, c'est une espine au pied, et d'aller et revenyr par ung mesme chemyn, c'est ruyne de pays et manquement de vivres; et m'est avis, puysque l'exemple de ceste ville est faicte pour les villes non lorliriiées, et (]ue à ceste occasion toutes nous viennent faire omaige, i[uc l'on ne les doyt pour ceste heure envoyer fous- 1er de garnysons quelzcon(iues mesmes italiennes qui sont très mal vivans, et (]ue cella se doyt réserver pour le soullaigement de voslre armée. Bien pourrez-vous faire laiie quelque cavalcade en gros [)uui' les tenyr eu bonne voullonté, et à ceulx tenans nostre party cpii doubleront les ennemys, leur bailler (pielcfues gens, telz (pf il/ demanderont pour leur ayder à garder, comme j'ay fait sce jour d'uy à

(l) Campo-naséo, diff-licu ilo la province de co nom (ancieuuo MolUe), li 8G kil. «le Naplo:^.

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couz do Lamorro qui m'ont demandé des haquebuziers pour les secourir, prometant qu'ilz mouront tous Françoys; et pour cest cfect ramparent tant qu'ilz peuvent. Je leur ay envoie les dys liarqucbuziers. Il sera bon touttefoys de s'asseurer de ceste ville et de Termo qui sont les cocz de la paroisse. Pour toutes ces choses là, si vous vouUiez que l'on parlast à vous, et y faire trouver ledict marquis, me semble, sauf toutesfoys vostre advys, que seroyt bien faict, en luy mandant que ses gens ne bougeassent de leur garnyson jusques à ce que vous en ayez autrement résollu. Tout est à vous jusques à Atria, et ne fuult point sce mettre en peine de pancer qu'ilz sce veuUent révolter, voyant les forces de l'ennemy sy debilles. J'en voirez à ce soyr veoir naus voysinz pour veoir s'il y en aura enchères qui aye bon corps pour franchir le sault du hault en bas; car ils en font coustume.

Monseigneur, je prie à Dieu, etc. Monseigneur, depuys mes lectres escriptes, est arrivé le sieur de Gipierre, lequel, comme je vous avoys jà escript, j'avoys envoyé jusques près d'Attrye avec deux cens chevaulx, principallementpour asseurcr le pays, pareillement pour essayer d'attraper deux enseignes de gens de pied qui sortent ordinairement aux facines, assez loing de la ville. Il a esté de bonne heure à l'ambuscade ordonnée; mais de malheur lesdictes enseignes s6 sont arrestées tout auprès de la ville à faire de meschantes fascines, puys s'en sont retournez. Voyant cella et qu'il estoyt haulte heure, ledict sieur de Gipierre a faict donner vingt chevaulx jusques aux portes de

la ville, duquel lieu il est sorty quelques-ungs qui ne se sont jamais advancez de cinquante pas. Et a faict descouvrir tous ses gens en ung lieu bien advantaigeux tout exprès, affin de donner craincte à ceulx qui sortent ainsi souvent pour faire le gast. Il n'a point recongneu la ville, pour vous en rendre compte asseurement, et a trouvé par tout les chemyns, mesmes jusques à ung villaige qui est tout auprès, que tout le monde crye : France. .Monseigneur, vostre trompette est aussi arrivé à ceste heure. Je m'estime bien heureux du contantement que vous avez de moy de si peu de chose. J'avoys donné charge à ceulx que j'envoyé dehors ceste nuyct de regarder pour du boys près de là ; je iray demain moy mesmes. D'avoir charroy pour conduire fascines par deçà, c'est une chose impossible. Je vous advertiray tousjours de ce qui surviendra, vous sup]:)liant trrs humblement me commander tousjours vostre voullonté.

Quant je voulluz faire faire la fidelitté à ceulx de Termo, ilz demandirent temps et ung lieu honorable pour sce faire ; je leur respondiz (jue le plus honorable estoyt souz naus enseignes. Voiant cella ilz demandirent à veoir ma palanlte pour les recebvoir. Je leur diz que ma patante estoit celle que je portoie au costé, (jui avoil fait obéir ceuz de Cam[)ly, et (ju'ilz dissent soudein s'ylz voulloient estre amys du ennemys. Hz esleurent en sce prosternant de faire sce que l'on vouldroit. Je leur fiz à l'instant lever les meins et laire le sermant au roy, comme sessubjel/. Hz estoient environ cent liommes de ladilte ville (pii s'en retornèrent fort cou-

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tans. Pour sce, Monseigneur, que je ne sçay les serimonies de telles choses, il vous plaira ordonner comniant vous vouliez qu'il en soit fait,

Bibl. Nat. — Fonds français. — Ms. 4634, f. 33. — Minute.

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