‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 29 sur 226 · AU DUC DE GUISE · texte numérisé non relu

AU DUC DE GUISE

Monseigneur, j'ay veu par vos lectres que le marquys de Montebelle est party avec le payement des Italliens, qui sera assez bien employé aux chevaulx légers; mais quant aux gens de pied je croy que cest argent [est] fort bazardé, car de quinze cens hommes que devoyt amener le gouverneur d'Ascoly avec moy, il n'en sceut jamais meclre que cinq cens

(1) « Estant sa di^libéralioi) (du duc de Guise) d'entrer audit

royaume (de Naples) {)ar ce [)aY5 de l'Ahriizzo , il envoya devant, pour recongnoi.-*lre l'ennemi, tous nos chevaul.\ léuers avec cent hommes d*armes en deu\ compagnies, et trois enseignes francoyses, touH harquebiizitTs, le loin ciMvIuict par les héritiers de Tavaniies et Sci[»ierre, ausqiielz la fortune fut si favorable sur l'entrée, (jiie à di.x mil dedans le pay^j ilz prindreut, par surprinse et escallade, une ville et chameau nommée Sampio, dont le butin a été estimé à pins «le

deux mille cscin I/on tient à merveilles cette prinse sans ar-

lillerye, pour le nombre d'hommes, desquelz il fut rapporté pour trophée deux en.^oignes. n ( Dép*^c,he d' Romo , insérée dans les Mémoires-Journaux du duc de Guise.)

ensemble ; et le jour que je partys pour aller recongnoistre Civitelle, il n'y en avoyt pas demouré cent. Je croy que vous avez sceu par le trompette comme de là ilz s'en retournèrent tous, réservé la compaignye du conte de Ladmyrandolle que j'ay reteins avec moy. Je n'ay pas trouvé que durant qu'ilz ont esté avec moy, ilz m'ayent donné ung seul adverlissement; il peult estre que ledict sieur marquis trouvera quelque bon moyen de quoy je m'ayderay en ce que je verray estre le meilleur.

Depuis la partye dudict trompette, j'ay mandé à ceulx de Tesmo (i) qui est une grande ville à troys mille d'icy qu'ilz eussent à venyr rendre obéissance, ce qu'ils ont faict. L'on m'a dict que cette ville là et ceste-cy sont des meilleures villes de la Prusse (sic pour l'Abruzze). Il est venu tout plain d'autres chàteaulx qui sont de delà la rivyère du Toreyne se rendre, de sorte que tout est à vous jusques à la rivyère d'Ornano. Je n'y ay vouUu envoyer personne, parce que je ne puys déi>artyr les forces que j'ay. Les ennemys ont esté ces deux nuyclz passées recongnoistre les passaiges pour cuyder mectre dedans Civitelle vingt sommes de pouldre et force boullelz, et les avaient amenez jusques assez près de Terme ; mais je leur tiens les passaiges si empeschez la nuyct qu'ilz ne l'ont osé entreprandre, et s'en sont retournez à Atlrya {2) avec cinquante chevaulx qu'ilz avoient pour escorte. J'ai esté adverty

(1) T»;ramo , aiiiMPuno Inloramiia, clicMicu île la province de ce nom ( mil'. Abnizz»' ullrrieuro).

(i) Alri, aiiciiMiiH' Atlri;i. à ;»0 kil. tic Tor.imo.

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que le3 eiinemys font tousjours ce qu'ilz peuvent pour faire le gast devant nous, et vont transcourant de l'un à l'autre; occasion que j'envoyeray demain dehors le sieur de Cipierre avec deux cens chevaulx et noz harquebuziers à cheval, qui donnera jusques à dix ou douze mille d'icy, pour favoriser le pays. L'on m'a adverty ce jourd'huy de troys ou quatre endroictz qu'il y a eu grande disputte à Attrya entre le duc d'Alba et Ascaigne de La Corne pour la fortiffication dudict Attrye, laquelle il a trouvée maulvaise, et ont esté en doubte de l'abandonner. Toutesfoys ils y besongnent tousjours, et ceulx qui entrent dedans ilz les prennent par force et les font besongner, de sorte que les espyes que nous envoyons dedans n'en peuvent ressortyr. Le gouverneur de là a faict entendre au duc d'Albe qu'il ne craindroyt point bazarder sa vie en campaigne, mais que de tenyr en une place mal achevée, il n'y sçauroit avoir guères d'honneur.

Monseigneur, ce porteur m'a dict que vous partez. 11 me semble, sauf toutesfoys vostre advys, quant vous aprocherez de Terme, que sera bien raisonnable que faciez une cavalcade jusques icy, afin de povoir résouldre plus saynement, ayant veu le pays, ce que vous vouldrez assaillyr le premyer. Et où vous ne vouldriez prendre la peine, il me semble qu'il est bien nécessaire que je parle à vous avant que de rien résouldre; vous verrez venyr avec les gens de vostre maison fort aysément, car tout est seur. Je pourray envoyer au-devant de vous jusques à Tendroyt de Civitelle; duquel heu le jour que nous primes cestu ville, s'en gecta envyroii cent hommes

par les murailles. Il en est venu icy troys qui estoient de ce nombre, qui (lient que si les cappitaines ne se feussent trouvez au devant à coups d'espée, qui n'en feust pas demouré ung.

Il m'a semblé vous devoir promptement envoyer ce courrier, affm de vous tenyr adverty de ce que je sçay. Quelques-ungs m'ont adverty que le duc d'Albe est jà party d'Attrye; toutesfoys je ne le tiens pas encores pour certain. Je vous advertiray d'heures à autre de ce qui surviendra.

Bibl. Nat. — Fonds français. — Ms. 433'», f. Z'J. — MiauU.

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