A LA REINE-MERE
Dijon, 25 janvier IbGI
Madame, j'ay receuz les lettres qu'il vous a pieu
m'escribre du de sce raoys, par lesquelles j'ay
bien congnu que n'aviez receu les mienes par La Richardie, lequel vous aura peu faire entendre commant toutte chose passent pour le fait dont m'escribvez, et n'eusse du tout creu les dilicultés que me faisoit ledit La Richardie pour l'exécussion de l'entreprise; mays ayant advertissemant d'aUieurs conforme aus siens, je vous en mandez mon opignion par luy, et affin que rien ne debvieure par laulte d'entreprendre et exécuter. J'ay envoie quérir deuz gentilhomme gens bien advisez et de cervisse, lesquelz je feray partir aprez demein et se retireront devers Senamy, pour veoir quel moien il y aura d'exécuter laditte entreprise. Hz sonderont dudit Senamy et aultres moiens qu'ilz pourront treuver sans découbvrir ledit Senamy ; je m'aprocherez d'eulx à sys heues plus prez que je ne suys, car je ne puis aller plus avant de peur de les mettre en sopsson, et feray tegnir gens pretz à mesure; les susditz genlilhommes m'advertiront, vous assurant,
Madame, que je n'oblieray rien de sce qui s'y peult faire, et n'espargneray jametz ma vie ny tout sce que sera en moy pour votre servisse. Il me semble que user de surprise seroit beaucoup le meilleur sy font malvais guet, atandu que la mayson n'est pas forssable sans artillerie, comme je vous ayja mandé; touttefoys je feray reconnoistre enchores laditte mayson ; sy elle sce peult forcer , je le feray entreprandre. J'ai ordonné à l'ung desdits gentilhommes, sy trouve les choses fort dificilles, passer oultre vers vous pour vous faire entendre le tout, affm de n'eatreprandre rien que Ton ne puisse exécutter ; laditte entreprise ne sera point descouvertte à LaRichardie einssy que m'escribvez. Sy vous adviez fait quelque aultre desliberassion despuis que vous l'aurez ouy parller, il vous plaira m'en advertir. Madame, j'ay entendu que celluy dont est question sce fie que sy l'on fait entreprise fortte conttre luy il en doit estre adverty de la court, et sy l'on la fait foible, qu'il est en lieu pour s'en garder (1).
Madame, etc.
De Dijon, ce xxv«janvicr 15C0 (15G1).
Bibl. Nat. — Fonds français. — Ms, Wij, f. 4i bis et '.3. — Minute.
Imprimé dans loa piâcea jusiificativos do Jean de Fcrriércs, par L. de BasUrd.
(1) On a encore sur celle affaire une lellre de Calherine, en dale du 8 février (Ma. kG'M, f. 85); elle iusisle auprèa de Tavanea pour qu'il mène h l)onno lin rcntr«'[»rise ; mais oelui-ri lonail à n'en pas encourir la rcspousubililé, el il d'arraugea, eu doliuitive, de façon à la faire avorler.