‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 71 sur 226 · AU noi · texte numérisé non relu

AU noi

Dijon, It mai 15G2.

Sire, j\iy receu l'expédicion qu'il vous a pieu m'cnvoyer. et veu le peu de moyen que vous me donnés pour avoir argent, remectant le tout sur mon crédict, que je vous puis asseurer estre jà de long temps employé, mesmes que pour faire les levées de gens de pied, j'ay esté contrainct engager ung peu de vaisselle d'argent que j'avoys, ne trouvant à ceste heure ung seul grand blanc à emprunter sur mon bien cà cause du temps où nous sommes. Par quoy j'ay advisé de vous despecher ce porteur exprès pour vous supplier très humblement y pourveoir. Je fais lever quatre enseignes de gens de pied y comprins celle qu'avés donnée à Rully, et davantage faiz lever deux cens dix hommes qu'avés commandé pour les distribuer par les places. Le trésorier Butort avoit heu une assignacion en ceste ville pour payer une partye des dicts gens de pied, mais il s'en est retourné, parce qu'il n'y a poinct d'argent. Les levées se font avec grand'peines et n'y peult avoir quantité de bons soldatz, d'aultant qu'ilz sont tous dehors. Quant à m'ayder de l'argenterye des esglises, je y feray ce que je pourray, mais ilz ont heu une si grande paeur que cela est bien escarté et est besoing avoir une patente pour lever ce qui y sera (1).

(1) Charles IX lui répondit le 24 mai, m l'autorisant à se saisir, yu la gravité des circonstances, de l'argenterie des églises (Ms. 4632, f. 19).

Au demeurant, Sire, pour vous dire Testât de ce pays, j'ay descouvert que si je n'eusse préveu à faire ce que j'ay faict, l'entreprise estoit de saisir les villes de la frontière et avec rartillerye qui est dedans battre les chasteaulx, chose facille à faire, car il y a prou de pièces de batteryes. Toutes lesdictes villes sont du tout en vostre obéissance, fors Chàlon et Mascon, qui sont desbordées comme les aultres, encoires qu'ilz soient les deux tiers du menu peuple de l'ancienne religion. Rully est entré "audict Chàlon, mais il n'ose bouger de son logis. Je n'y suis point allé par faulte de force. S'il vous plaict me prester les Suisses, quant ilz passeront, pour six ou sept jours, je leur auray tantost faict parler ung aultre langage, car elle est en fort maulvais estât. Mais il fauldroit, affin de ne faire séjourner lesdicts Suisses, envoyer icy en dilligence commissaire, canonyers et l'argent qu'il fauldra pour conduyre l'artillerye, laquelle nous pourrions faire mener une partye par eaue et l'aultre par terre. Voste Majesté y pourra penser comme aussi à me secourir d'argent, car vous sçavés que sans cela, l'on ne peult assaillir, ny deiïondre. Je vous supplie très humblement vouloir penser que ceste nécessité pourra plus préjudicier à Vostre Majesté que personne.

Sire, jiî prie à Dieu vous donner en santé très longue et très heureuse vie.

De Dijon, ce xiiii» niay 156Î.

Itihl. Nitl. — Fonds fi-ançais. — M«. 1635, f. H. — Minute.

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