‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 72 sur 226 · A M. DE RULLY (l · texte numérisé non relu

A M. DE RULLY (l

21 mai lot52.

Monsieur de Rully, j'ay receu voz lectres. Quant à ce que me mandés d'ung cappitaine qui se disoyt commis par le Roy à Ghàlon, je m'esbays que ceulx de la ville avec vous ne luy avés faict monstrer sa commission, affin si elle n'estoyt vaillable le retenir prisonnier pour en faire la pugnicion, mesmes que le pouviés fuire d'aultant que dictes que ceulx de la ville se protestarent tous de vivre et morir avec vous avec bonne affection; de quoy je suis bien ayse, estimant que ceste réconciliacion de Vous et eulx apportera toute obéissance à nostre maistre. Quant à ce que me mandés qu'il doibt arriver quelques gens en brief en ladicte ville, vous adviserés de faire si bon guet à voz portes qu'ilz n'y puissent entrer, combien [que], si se sont gens qui viennent pour nuyre, je les tiendroys, si n'estoyt le dommage de la ville, en plus belle prise dedans que dehors. Si se sont gens qui viennent en gros, j'ay fort bien de quoy payer; il n'en y a point de ce costé l.'i qui ne sçache bien que nous nous congnoissons fort bien.

(1) Lieutenant du roi à Chalon. A ce moment, les huguenots de celte ville avaient déjà pris prétexte du passajjje dnns leurs murs de la compncinle du duc de Savoie pour prendre 1rs armes et imposer leurs volontés. (Lettres des •'•chevins et liahitiuits de Chalon àTavanes, 7, 12 et 19 m.ii. — Ms. 4G36, f. 28-3i.) Lo ItMidcmain du jour où cette lettre fut écrite, ils «'emparèrent de l'arsenal et de la maison de ville, et abolirent pnr!'>:^l la messe. (Cf. Vlliustre Orbandale, par le P. Ber- TACT, éd. in-/i», t. Il, p. 796-798.)

Si est-ce que j'estime qu'ilz seront si empeschez avant qu'il soit quinze jours qu'ilz se pourront contenter de se pouvoir defYendre, sans assaillir.

Au demeurant vous me mandés que vous me renvoyés vostre commission, rnaièje ne Tay point veue. Je ne sçay si vous faictes bien de ne faire point vostre compaignie, car si bien elle ne faict besoing pour Chàlon, elle pourroit servir ailleurs, car le Roy en faict lever de tous les costez. Si vous ne la levés, renvoyez moy ladicte commission pour en adverlir le Roy, et si avés en argent pour la levée, fauldroyt aussi le renvoyer, affm que si Sa Majesté commande de le bailler à ung dultre, que je le puisse faire. Touchant ce que me mandés qu'avés permis de prescher à ceux de la nouvelle religion à Sainct-Anthoine, vous sçavés que c'est contre le vouloir du Roy, et que vous ny moy n'avons ceste puissance. Par quoy vous ferés bien d'y remédier. Mandés moy le plus souvent que vous pourrés entendre des nouvelles du costé de Lyon.

Bibl. .Na(. — Fonds français. — Ms. 463 J, f. 117. — Minulo.

7!. .\rx MAGISTRATS DE CIIALON

Dijon. Il mai l^S.

Messieurs, j'ay receu voz lectres dattées du jour d'hier, et ay esté bien aysc d'entendre la bonne volunté en (juoy tous ceulx de la ville se sont trouvez pour servir le Roy soulz le gouvernement de monseigneur d'Aumalle, de moy et la charge du sieur

99 COnnESPONDANCE

de Rully, encoires plus, qu'estimés vos forces suffisantes pour hi (lelTence de voslre ville, siuon que plus grand/ alïaires vous surviennent desquelles dictes par vos dictes lectres que me advertirés tousjours; en quoy faisant vous ferez vostre devoir, affin que par vostre négligence ne demeuriés à estre secouruz des forces que je pourray avoir pour le service de Sa Majesté et la conservacion de vostre dicte ville. Quant à ce que m'escripvés des reliquiaires et argenterye des esglises fault nécessairement que Messieurs de Sainct-Vincent et aullres esglises m'en baillent ung inventayre de ce qu'ilz en ont, comme aussi ferez de vostre part de ce que vous en avés. J'en fais autant par toute la Bourgongne par le commandement du Roy. Par quoy vous ne fauldrés d'en faire ce que monsieur le lieutenant vous en ordonnera, suyvant une commission que je lui en ay envoyée. Touchant le restablissement des eclesiastiques, vous avés fort bien faict de faire publier que nul cust à les empescher à retorner à l'exercice de leur religion, mais le princippal est de l'exécution, car si l'on ne leur laisse leur maison franche, ainsi qu'ilz l'avoient auparavant, ilz n'ont garde d'y retourner. Davantage monsieur de Rully m'escript qui s'est faict (juelquc presche à Sainct-Anthoine. Vous sçavés que c'est contre la volunté du Roy et que la désobéissance est la scuUe chose qui peult ruyner vostre tranquilité. Par quoy vous y ferez en sorte que Saditu Majesté puisse estre contente. Quant aux armes des gentilhommes dont je vous avoys escript, si elles sont à enlx, vous ne les pouvés retenir. Et quant à ce (|ue me mandés des gens que dictes

que l'on lieve par ce pays, que les ungs estiment que ce soyt pour la deffence du pays, les aultres que ce soit pour courir sus à ceulx de la nouvelle religion, lesquelz se tiennent sur leur garde, et qui seroyt à craindre qu'ilz ne passassent plus ouUre, si. ne les conteniés, je vous veulx bien advertir que je fais lever des compaignies par le commandement du Roy pour mectre aux villes qui ne sont si bien garnyes de gens que la vostre. Par quoy s'il s'en treuve quelques-ungs qui soulz commission de moy se lievent, il ne leur fault courre sus, à peine d'estre chastiez comme désobéissans. Et au demeurant, touchant ce que me mandés que vostre ville est paisible et que n'y voyés que paix et concorde, c'est tout ce que Sa Majesté désire avec l'obéissance de ses subjectz. Dieu vous fasse la grâce de vous y longuement conserver.

De Dijon, ce xii» may 1562.

Bibl. Nat. — Foods français. — NU. ^31, fol. 116. — Minute.

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