‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 74 sur 226 · A LA REINE-MEHE · texte numérisé non relu

A LA REINE-MEHE

Camp devant Mùcon, 16 juin \o">i.

Madame, j'ay receurexpédission qu'il vous a pieu m'envoyer avecqucs tel avantage et honneur que je me suys tousjours promys de vous, bien marry que les affaires du roy et les vostres ne portte que je vous puisse servir sans endommaiger de toutte partz vaus subjectz, d'aultant qu'il fauldra que j'empruntte des uns ouz par manière de dire que je les pille pour faire la guerre aux aultres. Madame, je me trouve terriblement honoré de sce bien, sy esse que je serois bien fortugné de avecque moins de honneur vous pouvoir faire servisse sans fah^e mal à vostre peuple, ouz je prévoy ugne infinitez d'opressions, car je crains au lieu de lever des gens de guerre pour estre mal payés je lève des briganz, comme ugne infinitez d'aullres qui sont à présent par sce royaulme, et que cella ne préjudissie à ceste estime etsouvegnansse que vous avés tousjours eue de moy, mais quoy qu'il en soit je trouveray tousjours bon tout sec qu'il vous plaiia me comander, et n'espargneray jametz ma vye ny tout sce que j'ay en sce monde pour vous le faire congnoistre.

Madame, je prie Dieu, etc.

Sce xvi« (le jninp, du caïup prôs de Mascou. (Lottro communiquée par M. Edouard du Uarlholumy. —Original.)

7i. AU ROI

Camp ilovanl MAcon, 18 juin 1j62.

Sire, suyvant ce que je vous escrips avant hier que pour la désobéissance de ceulx de Mascon, j'avoys faict venir icy troys canons et quelques longues et bastardes, en fin encoires que la muraille fust extrêmement forte, j'avoys faict faire une l)resche assés raisonnable, et estant sur le poinct de lever les llancz de deux grosses tours, deux de mes canons ont tant empirez leurs affuz et rouages, pour estre vieux, qu'il n'y a plus eu moyen d'en tirer sans les rabiller, de sorte que je n'ay voulu souffrir que Tassault se soyt donné, tant à l'occasion des susdicts flânez que aussi que j'ai peu de gens et tous nouveaulx. Hz ontremparé leurdicte bresche, par quoy sera nécessaire de commancer ailleurs, ce que je n'ay voullu faire sans vostre commandement et que je soys mieulx accompaigné. Je renvoyé les susdicts canons et grosses pièces pour mectre le tout en estât, et oultre cela j'en fais tenir prest d'aultre, tant à Dijon que Seurre, qui pourront estre en tout jusques à huict canons, quatre longues et quatre bastardes avec de la municion à l'équipolent; lesquelz je ne feray toutesfoys amener plus prés que Chàlon, sans vostre commandcmant. Pour autant que faisant jouer ce gros jeu, cela esbranlcra bien les pouldres et bouUets de la frontière davantage, il m'a semblé ne devoir sortir ung tel équipage et le mectre si prés de Lyon, sans en vous en advertir.

J'ay envoyé devers le sieur de Maugeron pour veuir s'il se vouldra venir joindre avec moy, suyvant ce que m'avés mandé. J'ay aussi escripl au sieur de Somnierive qui, à ce que j'entens, est bien loing de moy (1). Je vous adverliray de leur responce et me tiendray prest, sans esloigner ceste ville, pour faire ce qu'il vous plaira me commander.

Au demeurant. Sire, ayant entendu queceulx dudict Mascon font leur excuse d'estre ainsi désobéissans, disans que je n avoys point de pouvoir, je leur ay voullu faire monstrer ce j(mrd'huy, mais ilz l'ont refusé et dient que ce qu'ilz font, c'est par vostre commandemant. Je tiens que les princippaulx sont cause de n'avoir point voulu que le susdict pouvoir fust veu, de peur que le peuple s'en aperceut, auijiiel ilz font acroyre que toutes choses se font à vostre dévocion. J'ay ad visé de vous envoyer ce porteur exprès pour vous faire entendre toutes choses; aussi que à l'occasion dudict Mascon, je n'ay point prins le chemin du Daulphiné que Vostre Majesté m'avoy t mandé. Je ne fauldray à obéyr à tout ce qu'il vous plaira me commander.

Au demeurant, Sire, je vous avois aussi escrit que à raison (pu; les esglises sont sacagées, lein\s argenterios mesmcs, j'ay avisé de faire desemprunlz sur ceul\ (U; la nouvelle religion, d'aiillant (ju'ilz sont cause des séditions et tiennent les villes emparées.

(1) a liios Qiilrcsi Icllrcs de Tavanrs érriles à Sommerirc el aux

ûiili'»'s chff-i.li'- Prov.iiiMii\ fur»Mil siirpru-so!» ( par reii\ »!•' I yon\ par h'S.puîlU's ils oxliorluiciil à faire ililigenctf, m (Hi-.zk, Hutotit eccUsia^itiquef liv. xi.)

98 COURESPONDANCE

Je vous supi)lio très humblement, Sire, s'ilz vont à vous, les me renvoyer et m'en faire expédier une ampliation, nffin d'éviter le retardement des deniers et le désordre (jui s'en peult ensuyvre. Sire, etc.

Du camp devant Mascon, ce xyiii» juing 1562,

Bibl, Nat. — Foiuls français. — >!•<. :G3o, f. 7. — Minute.

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